Davantage de femmes sur les panneaux de signalisation

Espace publicEn accord avec le Canton, Genève féminise des panneaux représentant des hommes devant les passages piétons.

La maire de la Ville, Sandrine Salerno, et le conseiller d’État Serge Dal Busco.

La maire de la Ville, Sandrine Salerno, et le conseiller d’État Serge Dal Busco. Image: C.B.

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L’invitation à la presse a de quoi titiller la curiosité. On annonce ce jeudi matin la «féminisation des panneaux de signalisation». C’est la maire de la Ville, Sandrine Salerno, et le conseiller d’État Serge Dal Busco qui convient les médias.

Faut-il s’attendre à voir tous les «stop» et les «cédez le passage» transformés pour cause de masculinité trop prononcée? Les flèches indicatives seraient-elles trop viriles? La conférence de presse se tenant au Musée d’ethnographie, on peut s’attendre à toutes les remises en cause.

Le projet est en fait plus modeste. Il s’agit de féminiser un seul panneau, celui qui annonce, sur fond bleu, un passage piéton et où l’on voit un homme traverser la rue. Sur les cinq cents panneaux de ce type qui fleurissent sur la commune de la Ville de Genève, la moitié sera remplacée.

Six pictogrammes ont été conçus. Quatre d’entre eux représentent la silhouette de femmes. Un quatrième montre une personne marchant avec une canne, sur le dernier figurent deux femmes se tenant la main, suggérant peut-être un couple de lesbiennes.

«Pas un gadget»

Anticipant d’emblée les questions, Sandrine Salerno débute ainsi: «Ce projet peut paraître anecdotique et symbolique, mais les symboles sont importants dans la vie politique. La feminisation des panneaux n’est pas un gadget mais une manière de montrer que la société évolue et de questionner la place des femmes et des hommes dans l’espace public.»

La maire rappelle que cette place n’est justement pas égalitaire. Que les espaces publics sont d’abord conçus pour les hommes. Dans les préaux d’école, par exemple, les garçons monopolisent l’espace au centre pour taper dans le ballon, les filles restant confinées au bord. Les hommes, poursuit-elle, flânent dans la rue en se sentant chez eux alors que les femmes sont rarement seules et mettent en place des «stratégies d’évitement».

«Redonner la place aux femmes»

Féminiser les panneaux est donc une manière de «questionner la visibilité des femmes dans l’espace public et de leur redonner une place.»

En aparté, Sandrine Salerno reconnaît que si cette initiative peut ne pas paraître cardinale, elle a mis en place toutes une série de mesures depuis treize ans pour l’égalité homme-femme, ce qui lui donne une légitimité pour ce type d’action.

Unijambiste

Question posée: pourquoi ne pas plutôt avoir démasculinisé les panneaux actuels (en montrant un homo sapiens asexué)? Et ne court-on pas le risque de voir des minorités revendiquer elles aussi leur effigie? En clair, à quand un panneau pour les transgenres ou les unijambistes?

«Nous avons une chouette diversité et nous préférons montrer cela, répond Sandrine Salerno. C’est la diversité et le changement qui sont intéressants. Ils offrent des perspectives et contribuent à des remises en question.»

Le Canton s’est associé à cette démarche. «C’est une initiative très heureuse et nous avons décidé d’y souscrire avec bienveillance, affirme Serge Dal Busco. Nous devons aller vers une société plus équilibrée.»

Loi très restrictive

Les panneaux étant régis par une législation fédérale très restrictive, la marge de manœuvre est étroite. «Il n’est pas possible de modifier des panneaux prescriptifs», explique le magistrat. Le panneau «passage piéton» est l’un des rares qui se prête à l’exercice.

L’opération a coûté 56'000 francs, soit les coûts de production et de pose. Le design a été fait à l’interne.

Cette démarche est une première en Suisse. Seul Zurich a modifié ses panneaux, temporairement durant la Pride de l’année dernière. Les deux magistrats encouragent les autres communes à faire de même.

Créé: 16.01.2020, 14h00

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