Deux pilotes paraplégiques s’envolent ce dimanche pour un incroyable tour du monde

AventureSeuls à bord de deux petits coucous, ils partent de l'Aéroclub de Genève, dans le but de promouvoir l’intégration des handicapés.

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Ils n’ont pas froid aux yeux! Chacun seul aux commandes d’un avion ultraléger, Guillaume Féral et Mike Lomberg s’envoleront ce dimanche à 14 h de l’Aéroclub de Genève pour un tour du monde qui durera neuf mois. Soit, au total, 80 000 kilomètres, jalonnés par 150 escales dans 40 pays. Particularité de ce défi: ces pilotes, certes chevronnés, sont paraplégiques.

À la base de cette aventure hors du commun baptisée «Handiflight around the World» – qui a nécessité plus de deux ans de préparation – des anciens de Solar Impulse. Son instigateur, Daniel Ramseier, met d’emblée les choses au point: «Il ne s’agit pas d’une chasse au record ou d’un projet purement aéronautique. Notre objectif est d’une part de récolter des fonds pour Handicap International, d’autre part de promouvoir l’intégration des handicapés dans chaque ville où nous ferons halte. Aujourd’hui, on estime à 100 millions le nombre de personnes à mobilité réduite en attente d’une prothèse ou d’un fauteuil roulant.»

Hébergés chez l’habitant

Tout a été prévu pour que le message passe efficacement. Ainsi, à chaque escale, pilotes et accompagnateurs seront hébergés par des membres des Lions Clubs. «Pas question d’aller à l’hôtel, nous voulons être le plus possible en contact avec les «indigènes», poursuit Daniel Ramseier. Avec près de 1,5 million de membres dans le monde, les Lions Club représentent un formidable réseau de contacts avec les autorités et les employeurs locaux. C’est précieux, car dans certains pays, presque rien n’est fait pour les personnes handicapées.»

Le carnet de route de la petite équipe comprend également des visites dans des centres de réadaptation pour paraplégiques. «L’objectif est de leur délivrer un message d’espoir. Leur montrer que même avec un handicap, on peut réaliser ses rêves.»

Du rêve à la réalité

Piloter, Guillaume en rêvait, justement. Ce Français de 58 ans désirait même en faire son métier. «C’était en 1985. Avant de me casser en deux, glisse-t-il. Je voulais passer mon brevet de pilote privé, j’avais déjà 126 heures de vol, il en fallait 200. Une bonne façon d’y parvenir était de tracter des planeurs. Mais pour cela, il fallait d’abord apprendre à piloter un planeur. À ma deuxième sortie solo, à Beynes, près de Paris, je me suis écrasé au sol.»

Depuis, ce passionné d’aviation se déplace en fauteuil roulant… quand il n’est pas dans les airs! Son compteur affiche désormais 1800 heures de vol et il est pilote professionnel depuis cette année. «Vous savez, être handicapé, c’est seulement mettre un peu plus de temps que les autres à faire les choses», sourit-il. Son compère sud-africain Mike, ex-pilote d’essai, le surpasse allègrement avec 3500 heures. Lui, c’est un accident de voiture qui l’a cloué dans une chaise. D’autres pilotes paraplégiques effectueront quelques étapes du voyage.

Tous bénévoles

Rencontrés quelques jours avant leur départ, les deux aviateurs semblent sereins. «Ce n’est pas la première fois qu’on volera en solo», confient-ils, alors que Mike s’apprête à faire un dernier essai accompagné d’un instructeur. «On sera chacun seul à bord, mais on volera ensemble, ce qui apporte de la sécurité», indique Guillaume.

À chaque fois, ils seront suivis par un avion accompagnateur, un petit Comanche datant de 1963, où prendront place deux personnes, dont Daniel Ramseier, cofondateur de Handiflight. Président de l’Aéroclub de Genève et lui aussi ancien de Solar Impulse, Laurent Wülser sera du voyage. Tout comme le chef instructeur de l’Aéroclub, Joseph Rais, employé chez Skyguide, partenaire du projet. Des météorologues chevronnés les seconderont. «Et nous sommes tous bénévoles», précise Laurent Wülser.

18 h au-dessus du Pacifique

Tous les continents seront abordés, au fil d’étapes de durée très variable. «De quarante minutes de vol pour les plus courtes jusqu’à dix-huit heures pour la plus longue», précise Guillaume. Cette dernière reliera l’île de Pâques à Valparaíso (Chili) en survolant le Pacifique. Un sacré challenge pour un avion aussi petit et léger qu’un CTLS (342 kilos à vide, 6,6 m de long pour une envergue de 8,6 m). «Mais on a prévu et testé toutes les situations, y compris se poser en plein océan!» souligne Daniel Ramseier.

À bord de ces appareils équipés de commandes manuelles (des malonniers), on trouvera par exemple un canot pneumatique gonflable et du matériel très sophistiqué permettant de vivre plusieurs jours seul sur l’eau, dans l’attente de secours. «Par ailleurs, ces avions ont déjà effectué un tour du monde il y a dix ans», poursuit le cofondateur d’Handiflight.

Recherche de partenaires

Seul ombre au tableau de bord, le budget – 500 000 francs – n’est pas encore totalement bouclé. «C’est vrai, nous recherchons encore des partenaires, entreprises ou privés, relève Daniel Ramseier. Nous espérons les trouver en route… Mais de toute façon, nous partons de Genève ce dimanche à 14 h.» Et le public pourra suivre l’avancée des avions sur le site www.handiflight.com. (24 heures)

Créé: 17.11.2018, 10h35

Handiflight est née au Collège Sismondi

Sur le site internet officiel de Handiflight, on découvre
que cette association est née en Gruyère (FR) il y a onze ans, en 2007. En réalité, tout est parti de Genève, plus précisément du Collège Sismondi. Daniel Ramseier l’avoue du bout des lèvres: «C’est vrai, c’est ma fille Sarah qui, pour son travail de maturité, a eu l’idée de réunir des pilotes paraplégiques, après avoir lu deux livres de Dorine Bourneton, «La couleur préférée de ma mère» et «Au-dessus des nuages». Cette auteure est elle-même une jeune pilote paraplégique.»

Depuis, Handiflight a pris son envol. Une première réunion s’est donc tenue en 2007 sur l’aérodrome de la Gruyère, puis une autre… Aujourd’hui, cette manifestation est devenue le plus grand rassemblement au monde de pilotes handicapés. Ces derniers ont ainsi le loisir de partager leurs expériences de pilotage tout en volant
dans le cadre idyllique des Alpes à bord de divers engins (avions, parapentes, montgolfières, planeurs, etc.) spécialement adaptés.

Avec le projet «Handiflight around the World», l’association désire cette fois explorer de nouveaux horizons, mais toujours dans le but de promouvoir l’intégration des personnes handicapées. X.L.

D'étonnants petits coucous

Les avions ultralégers à bord desquels s’embarqueront
les pilotes paraplégiques sont des CTLS, produits depuis 1997 par la firme allemande Fligth Design. Ils sont entièrement construits en matériaux composites.

Un CTLS consomme jusqu’à trois fois moins de carburant qu’un avion traditionnel et produit jusqu’à six fois moins d’émissions polluantes.

Ces appareils pouvant atteindre 301 km/h sont équipés d’un système de sauvetage intégral comprenant notamment un parachute balistique. Pour ce tour du monde, en plus des commandes manuelles, des équipements supplémentaires de navigation et de communication ainsi que du matériel de survie seront embarqués.

Pour les plus longues étapes, un réservoir additionnel de carburant prendra place sur le siège passager, inoccupé puisque les pilotes seront chacun seul à bord de leur appareil. X.L.

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