Drame de La Pâquerette: l’enquête est encore reportée!

Meurtre d’Adeline M.La commission d’enquête parlementaire s’apprête à demander un quatrième délai. Gros malaise.

La commission d’enquête parlementaire s’est notamment plongée dans les archives, semble-t-il inexplorées, de l’unité de sociothérapie La Pâquerette, fermée après le meurtre, en 2013, de l’une de ses employées, Adeline M.

La commission d’enquête parlementaire s’est notamment plongée dans les archives, semble-t-il inexplorées, de l’unité de sociothérapie La Pâquerette, fermée après le meurtre, en 2013, de l’une de ses employées, Adeline M. Image: PASCAL FRAUTSCHI

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C’est une histoire sans fin. La commission d’enquête parlementaire (CEP) chargée de faire toute la lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit au meurtre en 2013 de la sociothérapeute Adeline M. par un détenu s’apprête à demander un quatrième report de ses conclusions, a appris la Tribune de Genève. Les quinze députés chargés de cette mission ont désormais près d’un an et demi de retard sur le calendrier.

La CEP avait promis en août dernier de remettre son rapport au Grand Conseil pour la session des 26 et 27 janvier. Pourtant, rien ne figure à l’ordre du jour. Et pour cause, elle n’a pas fini d’écrire son rapport. Que se passe-t-il? Au sein de la commission, le silence des députés reflète un certain embarras. Seul habilité à parler, le président Jean-Marie Voumard (MCG) se refuse à tout commentaire.

Près de 800 pages écrites

Ce nouveau retard résulte en tout cas de la complexité de la tâche et de nombreux écueils. Il a d’abord fallu trouver trois experts jamais sollicités dans cette affaire. Les députés ont de leur côté choisi d’auditionner tous azimuts. Des dizaines de personnes, dont certaines n’avaient jamais été débriefées après le drame, ont témoigné, parfois en pleurs. Tous les échelons ont été concernés: du gardien aux sociothérapeutes en passant par des conseillers d’Etat, anciens et en fonction, comme Pierre-François Unger et Pierre Maudet. Il a fallu aussi attendre longtemps, jusqu’en mai 2016, pour avoir accès aux archives de l’unité de sociothérapie La Pâquerette, semble-t-il jamais analysées auparavant.

La matière collectée représente des milliers de pages contenues dans des classeurs remplissant une armoire entière. Le travail d’analyse est colossal. Des défaillances ont marqué en parallèle le fonctionnement de la CEP. En juin dernier, le président de l’époque, Jean Sanchez (MCG), a, contre toute attente, quitté la politique et donc le navire. Puis le rapporteur, Pierre Conne (PLR), a présenté durant l’été à ses collègues un document jugé insatisfaisant, créant la panique à bord. Il a finalement laissé sa place à la fin du mois de septembre à Roger Deneys (PS) et Thomas Bläsi (UDC). Les deux rapporteurs ont dû tout reprendre de zéro pour s’atteler à l’écriture, aidés par un comité de rédaction composé du président et d’autres députés. La première version produite comportait entre 600 et 800 pages… Et la rédaction n’est pas finie. La synthèse s’annonce périlleuse.

Les points sensibles touchant aux dysfonctionnements, aux responsabilités et aux recommandations font par ailleurs l’objet de tiraillements entre les représentants des partis au sein de la CEP. En cherchant le consensus, le risque est d’aboutir à un résultat édulcoré.

Plus d’un million de francs

Aux termes de ses travaux, la commission devra soumettre son projet de rapport aux autorités et aux personnes qui seraient mises en cause, en leur laissant une période raisonnable pour se déterminer. Le document sera aussi transmis au Conseil d’Etat, puis finalement au Grand Conseil. Quel délai les commissaires comptent-ils cette fois réclamer au Grand Conseil? Difficile à dire. Le rapport parlementaire sortira-t-il avant ou après le nouveau procès du meurtrier? Plus personne n’ose désormais faire de pronostics.

Et pendant ce temps, le compteur tourne. Les quinze députés sont payés 110 francs de l’heure. Selon nos sources, le coût total de la CEP atteint désormais plus d’un million de francs. (24 heures)

Créé: 20.01.2017, 23h10

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Consternation

Le nouveau retard de la CEP, chargée d’enquêter sur les causes institutionnelles ayant conduit à la mort d’Adeline M., suscite la consternation. «Sa mission consiste à faire la lumière sur des dysfonctionnements supposés de l’Etat. Soit cette mission est extrêmement difficile, soit ils sont allés trop loin dans leur mandat», estime le député Vert François Lefort. De quoi l’inquiéter. «Si le sujet n’était pas si grave, il faudrait lancer une commission pour analyser les dysfonctionnements de cette CEP-là!» C’est un nouveau coup dur pour les proches de la victime. La semaine passée, ils apprenaient la récusation des juges et la tenue d’un nouveau procès du meurtrier. «Ces deux nouvelles nous donnent l’impression que cette affaire dépasse tout le monde, au niveau politique comme judiciaire, réagit Aline Bachofner, membre du Collectif justice pour Adeline. Nous craignons qu’avec le temps qui passe, le fatalisme ne prenne le dessus. Mais nous restons mobilisés.» S.R.

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