Enquête interne réclamée dans l’affaire Ramadan

PolémiqueDes personnalités genevoises dénoncent une «omerta» au sein du Département de l’instruction publique.

Des voix s’élèvent à Genève alors qu’en France une troisième plainte a été déposée pour viol contre le prédicateur musulman.

Des voix s’élèvent à Genève alors qu’en France une troisième plainte a été déposée pour viol contre le prédicateur musulman. Image: Reuters

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La pression ne faiblit pas sur Anne Emery-Torracinta, cheffe du Département de l’instruction publique (DIP). Des féministes genevoises de gauche et du centre droit, des associations, des assistants sociaux mais aussi un député lui ont adressé dimanche une missive, ou plutôt un missile. Le groupe réclame l’ouverture d’une «enquête administrative pour analyser les dysfonctionnements de l’institution, qui n’a pas su protéger les élèves de Tariq Ramadan».

Quatre anciennes collégiennes genevoises ont dénoncé en novembre dans nos colonnes le comportement interdit de leur professeur, Tariq Ramadan, dans les années 80 à 90. «Je pense que le DIP a sous-estimé leurs témoignages», réagit Laurence Deonna, écrivain reporter, signataire du courrier. Plus récemment, d’autres femmes ont dénoncé les agissements de deux professeurs toujours en poste au Collège de Saussure, où Tariq Ramadan avait enseigné. «Une enquête interne est indispensable pour éviter que les abus d’enseignants ne se répètent! Malheureusement, aujourd’hui encore, on fait passer ces filles pour des aguicheuses. C’est inadmissible! Les mentalités doivent changer.»

Mesures insuffisantes

Une féministe genevoise, qui ne souhaite pas voir son nom rendu public, appuie: «Les abus de professeurs existent depuis longtemps et se répètent. Les mesures annoncées par le DIP ne sont pas suffisantes. Écouter les victimes, c’est bien, mais cela ne résoudra pas le problème du harcèlement.»

Rina Nissim, féministe de la première heure, Alix Heiniger, présidente de Viol Secours, ou encore le député Vert François Lefort ont cosigné, parmi une quinzaine de Genevois, ce courrier qui attaque frontalement le DIP. Le groupe relève qu’une doyenne du Collège de Saussure – en poste durant les deux dernières années où Tariq Ramadan enseignait – est aujourd’hui secrétaire générale du DIP. Les mots sont durs: «A ce jour, l’omerta institutionnelle n’est plus acceptable, elle constitue une insulte envers trop de jeunes élèves.»

Ce coup de colère s’ajoute à la question écrite urgente adressée à la fin du mois de février au Conseil d’État par la député PDC Anne Marie von Arx-Vernon. Celle-ci tient compte de l’affaire Tariq Ramadan et des cas plus récents dénoncés au DIP. «Y aura-t-il oui ou non une enquête administrative sur les dysfonctionnements, notamment au Collège de Saussure entre 1980 et 2017? Dysfonctionnements qui ont eu pour conséquences que des jeunes femmes qui se disent victimes d’abus d’enseignants ne se sont pas senties suffisamment soutenues par la hiérarchie, notamment du Collège, et du DIP, qui n’a pas relayé leur parole, voire dénoncé les faits au procureur?»

Ces voix s’élèvent à Genève alors qu’en France une troisième plainte a été déposée pour viol contre le prédicateur musulman. Me Eric Morain, avocat de l’une des plaignantes, Christelle (prénom d’emprunt), réagit à la possibilité d’une enquête interne genevoise. «Il pourrait être extrêmement gênant que ce soit la justice française qui demande à l’administration genevoise d’exhumer de ses dossiers des éléments qu’elle savait extrêmement compromettants à l’encontre de Tariq Ramadan. Un devoir de transparence serait le bienvenu, compte tenu du retentissement mondial de cette affaire et des charges particulièrement lourdes qui pèsent sur Tariq Ramadan et qui ont justifié son placement en détention provisoire en France.»

La magistrate réagit

La conseillère d’État Anne Emery-Torracinta réagit dans nos colonnes à la divulgation de la lettre, ce soir, dans l’émission Forum. «Une enquête administrative ne peut être ouverte qu’à l’encontre d’un collaborateur», rappelle-t-elle. Or, Tariq Ramadan n’est plus en poste depuis quatorze ans. «La seule chose que nous pouvons faire aujourd’hui est de comprendre comment cela a pu dysfonctionner. Sur les quatre témoignages d’anciennes élèves, un seul a été corroboré par le directeur du collège de l’époque. L’affaire était restée à son niveau. C’était malheureusement une autre époque, et ce n’est heureusement plus possible actuellement.» Aujourd’hui, rappelle-t-elle, une ligne téléphonique a été mise en place pour écouter les élèves abusées. «Nous avons pris des mesures pour s’assurer que leur parole soit prise en compte et il n’y a aucune volonté de cacher quoi que ce soit.»

Choquée par les termes employés par les signataires, elle met en garde: «Il est très grave de parler d’omerta institutionnelle. Nous allons étudier cette lettre car des termes sont probablement diffamatoires.» (24 heures)

Créé: 11.03.2018, 22h53

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