Genève est priée d’agir face aux munitions immergées

LémanForte d’éléments nouveaux, une députée demande un «assainissement complet» du lac.

Les images d'Odysseus 3.1 montrent que les munitions sont visibles sur le lit du lac.

Les images d'Odysseus 3.1 montrent que les munitions sont visibles sur le lit du lac. Image: DR

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«Je ne comprends pas comment on peut être aussi lénifiant, je veux des réponses.» Salima Moyard ne mâche pas ses mots pour dénoncer l’inertie du gouvernement face aux munitions immergées dans le lac Léman, près de Genève. La députée lance aujourd’hui un projet de motion au Grand Conseil, une démarche ouverte à la signature de l’ensemble des membres du parlement.

Dans son texte, la socialiste demande à l’Exécutif une cartographie de l’arsenal noyé ainsi qu’une liste des armements concernés avec une étude quant à leur dangerosité et à la surveillance adéquate. La parlementaire demande enfin à l’État de préparer un «assainissement complet» du site. Son argumentaire s’étoffe d’immersions supplémentaires par rapport à celles déjà connues et de facteurs susceptibles d’accélérer la corrosion de ces encombrants déchets.

Des caisses bien visibles

Pour rappel, c’est en mars 2017 que la «Tribune de Genève» a, sur la base d’études universitaires, révélé au grand public l’existence d’un vaste arsenal immergé dans le Léman genevois, comme d’autres lacs suisses en ont reçu. Spécificité locale: les rejets n’ont pas été le fait de l’armée, mais d’une entreprise, la défunte Hispano Suiza, qui était basée aux Charmilles, ce qui rend le Canton responsable de gérer la situation. Les largages se seraient déroulés jusqu’au début des années 1960 dans une zone d’une douzaine de kilomètres carrés au large de Bellevue et Cologny. Ils auraient concerné de 150 à 1000 tonnes de munitions.

Salima Moyard a questionné le gouvernement dès le printemps 2017. L’Exécutif avait justifié en premier lieu son inaction par le fait que les munitions seraient «actuellement situées à plusieurs dizaines de centimètres au-dessous de sédiments lacustres qui se sont déposés depuis leur abandon», situation qui tendait à la fois à neutraliser leur dangerosité et à rendre leur repêchage dommageable. Or, cet automne, l’association française de plongeurs Odysseus 3.1 a filmé des caisses de munitions, nullement enfouies, reposant éventrées sur le fond lacustre, facilement repérables à 50 mètres de la surface. Et à 150 mètres d’une prise d’eau potable.

À nouveau interpellé par Salima Moyard, le gouvernement a reconnu que les images constituaient un élément nouveau mais a persisté à prôner l’inaction, arguant qu’une «forte probabilité d’atteinte à l’environnement et à l’homme n’existe pas». Dans la même réponse, l’Exécutif admet ne pas disposer d’une liste des armements immergés ni de leur nature.

«Je ne veux pas donner dans le catastrophisme ou affirmer qu’un problème se produira demain, mais tôt ou tard, ces munitions contenant des substances toxiques s’ouvriront, réplique Salima Moyard. Personne ne sait quand. Le principe de précaution doit s’imposer. Une attitude responsable commande de mettre au point un plan d’action.»

Intruses récentes et rejets anciens

Pour la socialiste, la seule publication des nouvelles images justifie qu’on secoue le gouvernement. Mais il y a plus. Ces images révèlent que les caisses de munitions sont colonisées par des moules quagga, une espèce invasive repérée dans le Léman dès 2015. Génératrice d’activité bactérienne, cette présence nouvelle pourrait accélérer la corrosion des matériaux, juge la députée. De plus, un historien a repéré d’autres largages. Découvertes en 1928 dans une usine chimique en faillite de Montfleury, près de Vernier, 83 bombes de phosgène ont été jetées dans le Léman, suscitant déjà la polémique. Moins connu que le gaz moutarde, le phosgène a causé le décès de 85% des morts par arme chimique lors de la Première Guerre mondiale.

Plus tôt, en août 1919, le ministre français de l’Armement a ordonné le rejet dans l’Arve de 5000 tonnes de perchlorate produite à Chedde (Haute-Savoie). Le projet de motion relève que c’est justement une contamination au perchlorate (un explosif et un perturbateur endocrinien), sans doute issue de la même usine, qui est à l’origine de l’interdiction en 2017 de puiser l’eau potable des Genevois dans la nappe phréatique de l’Arve, seule alternative à l’eau d’un lac qu’on sait infesté de munitions. Et Salima Moyard de fustiger: «Le plan A qu’est la nappe phréatique a été pollué et on hésite à assainir le plan B qu’est le lac, tout en sachant qu’on n’a pas de plan C.»

Créé: 16.01.2020, 07h11

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