Genève inaugure, non sans peine, son dispositif antismog

PollutionPeu de véhicules sont déjà dotés du macaron, sésame pour rouler au centre en cas de pic. L'incertitude plane sur ses ventes. Les restrictions sont reconduites ce vendredi.

Ce jeudi, les véhicules les plus polluants avaient l’interdiction de rouler dans le coeur de l’agglomération genevoise. Une première dans le canton.

Ce jeudi, les véhicules les plus polluants avaient l’interdiction de rouler dans le coeur de l’agglomération genevoise. Une première dans le canton. Image: LAURENT GUIRAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une journée hors du commun et pourtant si ordinaire. Genève a déclenché jeudi pour la première fois ses mesures de circulation différenciée, interdisant aux véhicules les plus polluants de rouler dans le cœur de l’agglomération alors qu’une pollution de particules fines était attendue. Mais, au ras du bitume, cette restriction historique n’a pas semblé émouvoir outre mesure les automobilistes, ce d’autant que le dispositif est en période transitoire, sans velléité de répression, laquelle serait de toute façon interdite par la justice en attendant qu’elle ait tranché sur un recours.

Il est 9h du matin sous le stratus blafard qui surplombe la route de Chêne, à son croisement avec l’avenue de l’Amandolier. On est aux portes de la zone centrale où le trafic est restreint selon les performances écologiques des véhicules, de 6h à 22h, comme le signale un panneau escamotable, flambant neuf. On observe. Il faut de l’attention pour vérifier sur chaque pare-brise qui file la présence ou l’absence du macaron Stick’air (ou de son jumeau français Crit’air), censé indiquer le caractère plus ou moins écologique des rares véhicules qui l’arborent. Nettement minoritaires, ceux-ci sont souvent immatriculés en France, pays déjà rompu au système, à la différence de Genève.

«On l'achète où?»

«Non, je ne suis pas au courant, dit une conductrice, seule au volant d’un gros SUV Mercedes. C’est quoi, ce macaron? On l’achète où?» Tout aussi dépourvu qu’elle d’autocollant, le fringant conducteur d’un autre SUV allemand, de marque Audi, plaide l’immunité. «Il paraît qu’il y a une loi qui fait que ça ne s’applique pas», croit-il savoir. La conductrice d’une Jeep haut-savoyarde est, elle, conforme: «J’ai acquis le macaron dès l’achat de ma voiture, il y a cinq mois. Je suis toujours en règle!»

Chargé du dispositif, le Service cantonal de protection de l’air (Sabra) affirme que les soucis d’approvisionnement du macaron (dont bruisse la ville) sont en voie de résolution mais que le nombre d’exemplaires vendus ne peut être communiqué. Plus tard, la RTS cite le même service pour annoncer une rupture de stock suite à la vente de 100’000 unités. Recontacté, le service précise que ce stock a été distribué aux points de vente (il y en a 83), mais qu’aucun retour n’est disponible quant aux ventes réelles. Reste qu’on est loin de couvrir le parc genevois. À comparer au parc genevois: 316'000 véhicules dont 220'000 voitures de tourisme. La police a sensibilisé hier les conducteurs, sans sanctionner.

Dispositif reconduit

Le déclenchement de la mesure était pris à titre préventif, en raison d’un pic de particules fines prévu au Foron. Jeudi, trois des quatre stations de mesure genevoises signalaient une pollution «significative», excédant la norme légale. Quel sens y a-t-il à préserver le centre-ville des véhicules sales alors que la pollution est attendue en banlieue? «On cherche à agir sur les émissions polluantes, qui émanent en premier lieu du centre-ville pour le trafic routier, même si elles peuvent ensuite être captées en périphérie, explique Paul Royo, chef de secteur au Sabra. La mesure a toute sa pertinence. Nous sommes conscients qu’il faudra du temps pour que les gens soient sensibilisés. L’idée est que toutes les voitures soient équipées d’un macaron d’ici à fin mars.»

Le dispositif antismog est reconduit à l’identique ce vendredi. En présence des mêmes conditions anticycloniques, on s’attend à ce que les plafonds légaux pour les particules fines soient dépassés aux stations du Foron et de Necker (centre-ville). Une amélioration de la qualité de l’air est toutefois espérée en fin de journée.

Créé: 23.01.2020, 19h12

Articles en relation

Un dispositif antismog interdit les véhicules polluants à Genève

Environnement Les conducteurs doivent acheter un macaron indiquant si leur voiture peut circuler ou non lors de pics de pollution. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.