L’avocat qui a fait du ciel son chemin quotidien

Ces Genevois qui se déplacent différemment (3/6) Le Valaisan Grégoire Rey vole trois à quatre fois par semaine entre Genève et Sion aux commandes de son avion.

Dans son avion personnel, Grégoire Rey avale les trajets par les airs depuis dix-huit ans.

Dans son avion personnel, Grégoire Rey avale les trajets par les airs depuis dix-huit ans. Image: D. D’Angelo

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Lorsqu’on a sollicité Grégoire Rey pour qu’il participe à notre série d’été sur les moyens de transport inédits, sa réponse a été directe: «On dirait que c’est fait exprès!» Comme si l’avocat, dont l’étude a des bureaux à Genève et à Sion, s’était retrouvé dans cette thématique. En ville, on peut le voir filer à près de 35 km/h sur son monocycle gyroscopique. Et trois à quatre fois par semaine, quand il doit relier le bout du lac au Valais, c’est aux manettes de son avion personnel qu’il fait le déplacement.

C’est sa vie de pendulaire du ciel qui nous a attirés. «Sans ça, je ne pourrais pas assister le même jour à deux audiences dans les deux villes», justifie celui qui avale les trajets par les airs depuis dix-huit ans. Vingt minutes de vol lorsqu’il fait beau, un peu plus si le temps est capricieux. A 300 km/h, forcément, tout devient plus proche. «Il y a des moments jouissifs, comme lorsque, le dimanche soir, je passe au-dessus des bouchons à proximité du Bouveret.»

Vols partagés

Un privilège qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Grégoire Rey estime que l’heure de vol lui coûte environ 400 francs, tous frais inclus (assurances, maintenance, etc.). Soit 133 francs pour un Genève-Sion. A titre de comparaison, un billet de train en 1re classe sans demi-tarif vaut 86 francs. Mais pour un voyage six fois plus long. Alors, pour l’homme de loi, tout devient relatif. Comme lorsqu’on l’interroge sur l’impact sur l’environnement. «Mon avion consomme en moyenne 50 litres par heure. Donc moins de 25 litres pour un Genève-Sion. Ce n’est pas beaucoup plus qu’une voiture classique.»

Il arrive que le Valaisan annonce ses plans de vol sur son compte Facebook. Pas pour s’en vanter. Mais pour inviter les intéressés à se joindre à lui et leur faire découvrir, vu du ciel, «l’un des plus beaux paysages du monde». Au menu: les Alpes valaisannes, les Dents-du-Midi et un retour sur le lac avec le Jet d’eau à travers le hublot. Un cadeau, puisqu’il ne fait pas payer la course. «Cela me permet d’annuler le vol en cas d’impératif. Et je veux faire partager ces moments qui sont d’une grande intensité.» Dans sa cabine se succèdent étudiants et retraités, classes supérieures et populaires. Là-haut, témoigne le pilote, l’émotion du panorama n’épargne personne.

Ces derniers temps, les invitations se font rares. «Je dois changer l’hélice, soupire Grégoire Rey. Mon appareil est cloué au sol depuis trois mois à Ecuvillens, vers Fribourg.» Mais le temps commence à devenir long: «Voler me manque vraiment.» Dans une confession presque thérapeutique, il explique que l’aviation est presque une addiction. «A l’instar de quelqu’un qui a une dépendance aux jeux vidéo ou à la drogue, pour moi, piloter un avion est un accélérateur de temps. Les dix-huit minutes de vol passent comme s’il n’y en avait eu que deux. Je suis un pathologique de l’aviation.»

En constante activité

L’avocat valaisan a attrapé le virus tout môme. Par son père. Mais aussi par Bruno Bonvin, le fondateur d’Air-Glaciers, qui le promenait à travers les airs. Ado, il pilotait des planeurs. Puis, à l’armée, il a passé le brevet de pilote. Plus tard, il s’est offert un petit appareil quatre places, un Robin tout en métal. Désormais, c’est un Piper Comanche qu’il pilote. Deux fois plus rapide, avec six places à bord et capable de voler aux instruments par tous les temps. «J’entretiens un rapport personnifié avec lui, dévoile-t-il. On confie sa vie à son avion.» Aujourd’hui, il a à son actif plus de 3000 heures de vol, qui l’ont mené en vacances comme au travail. Parfois, il embarque des amis pour rendre service. Le pilote Franco-Genevois de Formule 1 Romain Grosjean a ainsi été passager de Grégoire Rey entre deux circuits.

Comme en course automobile, voler n’offre pas de répit. «On est en constante activité, mais c’est une hyperactivité nécessaire. Il faut toujours calculer les trajectoires, la déviation du vent, l’impact de la vitesse… On a des fois des décisions très difficiles à prendre, surtout quand il y a d’autres personnes dans l’avion.» Une pression avec laquelle il aime composer. Mais l’avocat l’assure dans un éclat de rire: «C’est la dernière de mes dépendances. Et celle-ci est légale!»

(24 heures)

Créé: 09.08.2017, 08h55

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