La tentation jurassienne de deux villages bernois

SuisseBelprahon et Sorvilier suivront-ils l'exemple de Moutier en changeant de canton? Réponse dimanche dans les urnes.

Un drapeau jurassien sur une grange dans le village de Sorvilier. Le vote s'annonce très serré dans cette localité voisine de Moutier.

Un drapeau jurassien sur une grange dans le village de Sorvilier. Le vote s'annonce très serré dans cette localité voisine de Moutier. Image: Anthony Anex/Keystone

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Rester dans le giron bernois ou rejoindre le Jura? Trois mois après le vote historique du 18 juin à Moutier, deux autres communes décident ce dimanche de leur appartenance cantonale. Belprahon et Sorvilier comptabilisent à eux deux moins de 500 votants. On ne retrouve guère, dans ces paisibles villages, l’agitation et le climat passionné qui ont précédé le scrutin de Moutier. Mais les tensions demeurent vives entre les camps autonomiste et antiséparatiste.

C’est à Belprahon que l’issue du vote s’annonce la plus serrée. Le 24 novembre 2013, la proposition visant à créer un canton du Jura réunifié avait débouché sur une égalité des voix dans cette localité voisine de Moutier. «Cette fois-ci, ça va se jouer à deux ou trois bulletins près», prédit Werner Lüthi, chef de file des probernois. Il décrit une atmosphère pesante dans le village: «Les gens s’évitent. C’est désagréable. Je ne souhaite ça à personne.»

Pourquoi cette opposition au Jura? «Oh, je n’ai rien contre les Jurassiens, se défend-il. J’ai plein d’amis dans le nord et j’y vais souvent. Mon problème, c’est le porte-monnaie. Le Jura est dans les profondeurs de tous les classements en Suisse!» Werner Lüthi a fait ses calculs: entre les impôts, l’assurance-maladie et d’autres frais administratifs, il affirme qu’être citoyen du canton du Jura lui coûterait 3000 francs de plus par année. «Alors c’est non.»

Pour Claude Gigandet, de telles peurs ne sont que des mensonges éhontés. Ce militant de la première heure fait partie du comité «Belprahon dit oui», qui se démène pour faire basculer la commune dans le Jura. «Nos adversaires jouent à effrayer les gens, estime-t-il. Ils isolent des chiffres et les interprètent à leur guise. Des experts reconnus disent que notre situation sera meilleure si nous quittons Berne.»

Scrutin sous condition

Aux yeux de ses partisans, l’adhésion est à la fois une affaire de cœur et de raison. «Nous avons une communauté de destin millénaire avec Moutier. Pas question d’avoir une frontière cantonale avec notre ville centre», clament-ils, inquiets de voir les collaborations avec la cité prévôtoise compromise en cas de non. Ce à quoi Werner Lüthi rétorque: «Nous avons toujours eu des partenariats avec les communes voisines, en matière d’école ou de service du feu. Cela va continuer!»

Une ombre plane sur ce débat: les autorités de Belprahon ont décidé de ne soumettre la question au vote que si Moutier changeait de canton. Or le résultat du 18 juin n’est pas encore officiellement entériné. Des recours et une procédure pénale, dénonçant diverses irrégularités, sont en cours de traitement (lire ci-dessous).

La presse alémanique et romande a relayé cette polémique ces derniers jours. De quoi perturber le double scrutin du 17 septembre? Pierre-André Comte craint que oui. L’emblématique secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ) dénonce «une manœuvre politicienne grossière, une fuite organisée une semaine avant l’échéance, alors que l’on sait depuis trois mois que le Parquet bernois a été saisi de l’affaire». Le préfet du Jura bernois, Jean-Philippe Marti, admet que «les gens ne voteront pas en complète connaissance de cause». Mais, à son avis, «les opinions sont faites».

«Un séisme»

A Sorvilier, un recours a été déposé avant même le vote décisif. Des citoyens accusent l’Exécutif local – à majorité autonomiste – de partialité. Cependant, l’incertitude paraît moindre. En 2013, le statu quo l’avait emporté par 54,1% des votants. Aujourd’hui, rares sont les observateurs misant sur un revirement, qui ferait de Sorvilier une petite enclave jurassienne en territoire bernois. «Les nouveaux habitants arrivés ces dernières années sont en majorité probernois», convient Pierre-André Comte.

Mais alors, comment expliquer la mainmise des séparatistes sur la politique villageoise? «C’est courant dans le Jura méridional, répond le dirigeant du MAJ. Les gens élisent des autonomistes car ils gèrent bien les affaires communales, mais dès qu’il s’agit d’appartenance cantonale, ils les renvoient à la niche.»

Pas question pour autant d’envisager la fin de la Question jurassienne. Certes, le cadre institutionnel défini en 1994 pour régler le conflit s’effacera une fois ces ultimes scrutins validés. «Mais toute commune conserve le droit de solliciter son retour dans le Jura, martèle Pierre-André Comte. Le choix de Moutier est un séisme dont les effets se feront sentir longtemps, dans toute la région.» (24 heures)

Créé: 15.09.2017, 07h27

Soupçons de tricherie à Moutier

Le 18 juin, à Moutier, 137 bulletins ont fait pencher la balance en faveur du «oui au Jura». Douze recours et une procédure pénale pèsent aujourd’hui sur ce scrutin. Au total, 32 citoyens prévôtois demandent un nouveau vote. Parmi eux, Marcelle Forster: «Nous voulons savoir si les irrégularités constatées sont des cas isolés ou si elles ne représentent que la pointe de l’iceberg», précise l’actuelle présidente du Conseil du Jura bernois, une institution chargée de veiller au maintien des spécificités régionales dans le canton de Berne.

L’accusation la plus grave concerne l’achat de voix de certains électeurs. Comme elle est de nature pénale, elle a été transmise au Ministère public bernois, qui mène l’enquête. Le préfet du Jura bernois, Jean-Philippe Marti, traite lui-même les autres prétendues «irrégularités». Elles ont notamment trait au registre officiel des votants: des plaignants suspectent des autonomistes de s’être établis à Moutier peu avant le scrutin, pour quitter la ville aussitôt après. D’autres recours s’attaquent à des interventions des autorités, qui auraient influencé l’opinion de manière incorrecte. Par exemple un courrier du maire à ses collègues enseignants et un éditorial dans le journal communal.

«Je dois examiner tout cela à la lumière de la jurisprudence. L’instruction prend du temps», relève le préfet. Il espère boucler ce travail avant le 30 novembre, date de son départ à la retraite. «C’est une lourde responsabilité. Quoi que je décide, il y aura beaucoup de mécontents…»

Côté projurassien, on rappelle que des mesures de sécurité exceptionnelles avaient entouré le vote du 18 juin. Tête pensante des autonomistes, Pierre-André Comte ne croit pas une seconde à la menace d’une annulation. «Ces recours n’ont aucune chance d’aboutir. Ils sont dénués de tout fondement juridique et politique.»

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