Quand les seins se passent de soutien

TendanceDe plus en plus de Romandes délaissent leur soutien-gorge, par confort mais aussi par féminisme.

Comme en 1969 à San Francisco, des femmes délaissent 
le soutien-gorge.

Comme en 1969 à San Francisco, des femmes délaissent le soutien-gorge. Image: Getty Images

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Les baleines sont en voie d’extinction. Entendons celles qui donnent leur nom aux armatures des soutiens-gorges. En effet, de plus en plus de femmes les boudent. Si les boutiques de lingerie s’adaptent et proposent davantage de modèles sans coques (lire ci-dessous), beaucoup de Romandes laissent simplement leur poitrine libre sous les vêtements.

Fortes poitrines toniques

«J’avais 17 ans et je regardais la TV quand j’ai compris que décrocher mon soutien-gorge pour ne pas avoir la cage thoracique comprimée n’était pas normal», se rappelle Sarra Ammar, laborantine de 38 ans. La Vaudoise mettra encore cinq ans à se passer «définitivement» de cette pièce de lingerie. Leïla*, 27 ans, réceptionniste à la tour de la RTS, fait le même constat: «La première chose que je faisais en arrivant chez moi, c’était décrocher mon soutien-gorge. J’ai arrêté d’en porter depuis deux ans.» Toutes racontent «les marques et les rougeurs», voire les «allergies provoquées par les armatures», à l’instar de Selver Kabacalman, 30 ans, journaliste au «Courrier». Maria*, 26 ans et étudiante à la HEAD, portait «les plus petits soutifs qui existaient» jusqu’au collège. Lasse de voir qu’ils ne servaient à rien, elle n’en remettra «plus jamais». Floriane, 22 ans, étudiante en histoire à l’UNIGE, a laissé tomber les siens il y a plus d’un an. «J’ai commencé en hiver, ça se voyait moins sous les pulls. L’été arrivant, j’ai finalement osé assumer, notamment après des discussions entre copines.»

Même celles qui ont une poitrine opulente constatent une «meilleure tonicité» de leur décolleté. «J’ai 38 ans, ma poitrine s’est un peu affaissée, mais moins que celle de femmes de mon âge qui ont toujours porté un soutien-gorge», confie Sarra Ammar, qui estime sa taille à un «bon bonnet C». Selver Kabacalman, dont les mensurations varient «entre 90C et D», assure n’avoir «jamais eu mal au dos», démentant l’idée que les fortes poitrines souffriraient d’un manque de soutien.

Ni pilule, ni soutif

Point commun inattendu entre les cinq femmes: si elles sont toutes hétérosexuelles, aucune n’utilise la contraception hormonale, ni un stérilet. «Ça va de pair avec l’idée de vivre son corps», assure Leïla, qui se réjouit de sentir les variations de volume de ses seins au gré de son cycle menstruel, dont le poids se fait plus sentir sans soutien-gorge. «Les talons, les push-up, l’épilation… toutes ces douleurs que s’infligent les femmes pour répondre aux injonctions de beauté me semblent étranges», confie Sarra Ammar. Si certaines partagent entièrement ses revendications féministes, d’autres ne veulent surtout pas y être associées. C’est le cas de Maria et de Leïla, qui voient dans les femmes «seins nus» de la grève du 14 juin un message contradictoire: «On veut justement exister pour autre chose que pour notre physique.»

Les seins nus, précisément, étaient un symbole de libération de la femme dans les années 70. Les femmes d’aujourd’hui font-elles du topless à la piscine? Non, répondent-elles toutes, conscientes de «la dimension érotique» des seins. «Je ne porte pas de soutien-gorge pour mon propre confort et non pour montrer ma poitrine», explique Floriane. Un sentiment partagé. «Quand je mets une chemise blanche où l’on pourrait apercevoir mes tétons, je porte un soutien-gorge sans armature», avoue Leïla. Tandis que Selver confie enfiler «un top tout simple» sous ses t-shirts, de manière à ce que l’aréole soit «moins visible». Sarra Ammar choisit ses vêtements en fonction des tissus «de façon à ne pas laisser voir la couleur des tétons».

Quel type de réaction leur choix suscite-t-il? Les femmes «posent des questions pratiques», tandis que les hommes ne font proportionnellement «pas plus de remarques» qu’avec un soutien-gorge.

Quant à savoir si elles se sentent plus ou moins féminines, leurs avis divergent. «Le soutien-gorge, comme le maquillage, implique une féminité plus objective», assurent Maria et Leïla, disant «ne pas correspondre à ce modèle». Quant à Floriane, elle a «changé son regard» et trouve les poitrines libres «plus sexy, sauvages et puissantes» aujourd’hui.

*Prénoms modifiés

Créé: 16.07.2019, 10h30

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