Révolution en vue dans les soins aux détenus

PsychiatrieUn rapport pointe les failles du système de soins psychiatriques pour les condamnés et propose des solutions novatrices.

L’Unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire, intégrée à Curabilis, est suroccupée.

L’Unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire, intégrée à Curabilis, est suroccupée. Image: LAURENT GUIRAUD

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Pour la première fois, un diagnostic global de la situation des soins psychiatriques dédiés aux condamnés est réalisé à Genève. Son auteur, Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical à la prison-hôpital Curabilis, pointe les failles du système et plaide pour une plus grande cohérence. Dans un rapport que nous avons obtenu, il propose la création d’une entité faîtière de psychiatrie forensique placée sous la responsabilité du Département de la sécurité. C’est une révolution.

La psychiatrie forensique a trop longtemps été négligée, relève le professeur Giannakopoulos. La prise en charge complète d’évaluation et de soins des personnes condamnées à des mesures thérapeutiques en prison - et de celles suivies en ambulatoire - doit être repensée. Cela touche 150 détenus répartis à Curabilis, Champ-Dollon, La Brenaz et à l’hôpital psychiatrique de Belle-Idée, et autant de condamnés à un suivi ambulatoire confiés à la psychiatrie publique. Pour faire face à leur augmentation et prévenir les risques, le spécialiste propose d’importants changements.

Des réglages à Curabilis

Dans les unités de mesure de Curabilis, accueillant les prisonniers les plus dangereux de la Suisse latine, «un pourcentage de 15-20% de détenus évolue très favorablement dans des délais relativement courts», relève-t-il. Mais l’objectif poursuivi n’est pas clair: «Les acteurs de soins et ceux de la détention doivent définir si leur énergie coordonnée sera investie sur les sorties les plus rapides de Curabilis, sans progression à l’intérieur de l’établissement.» La question de sorties accompagnées n’est pas non plus réglée. Quant à l’Unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire (UHPP), intégrée à Curabilis et accueillant détenus et non-détenus, elle est suroccupée.

Psychiatres dans les prisons

Faute de place à Curabilis, des détenus sous mesure restent dans les prisons standards. Or seuls cinq psychiatres officient à Champ-Dollon, La Brenaz et La Clairière. Il faut trouver des solutions novatrices pour «prodiguer des soins de crise psychiatriques à l’intérieur de la prison», pour une courte durée, préconise le professeur. «Un tel maillon est actuellement manquant et pourrait permettre de protéger l’UHPP.»

Besoin de foyers de transition

Pour les personnes condamnées qui ne remplissent pas les critères de dangerosité nécessitant de les placer en milieu fermé, Belle-Idée n’offre pas de places suffisantes. «Il est urgent de mettre en place des structures intermédiaires dans la communauté, sous l’égide du Département de la sécurité et de l’économie (DSE), permettant leur admission ou leur transfert de Belle-Idée avant le passage vers une obligation de soins ambulatoires. Sur ce plan, le canton accuse un retard considérable», par rapport à la Suisse alémanique.

Sociothérapie et radicalisation

Suite au meurtre en 2013 d’une sociothérapeute de La Pâquerette par un détenu qu’elle accompagnait seule en sortie, la sociothérapie a été suspendue (Voir notre dossier). Le professeur remet à plat le projet et identifie trois besoins. Une unité dont l’ouverture est prévue à Curabilis en fin d’année doit être «spécialement dédiée aux détenus entre 18 et 25 ans avec peines ou mesures», pour prévenir l’installation de la délinquance, mais aussi de la radicalisation, a révélé dimanche la RTS. Un phénomène qui n’épargne pas les prisons genevoises, en manque de solutions. Second volet: mettre en place une «équipe mobile de réinsertion psychosociale» au sein des prisons standards de Champ-Dollon et La Brenaz. Troisième volet: renforcer le programme de réhabilitation à la sortie. Dans tous les cas, la sociothérapie doit être confiée à des équipes mixtes formées de psychologues, assistants sociaux, éducateurs et infirmiers.

Affiliation unique à la Sécurité

A Genève, les équipes médico-soignantes restent rattachées au Département de la santé. A Curabilis, en particulier, l’articulation entre le personnel de santé et de sécurité pose problème. «Une affiliation unique au DSE avec passage de l’ensemble des équipes médico-soignantes œuvrant auprès des détenus-patients» permettrait la «suppression des doubles hiérarchies avec possibilité de la mise en place progressive d’une culture commune», relève le professeur Giannakopoulos. Il s’appuie ainsi sur le modèle en vigueur en Europe du Nord. Ce scénario aurait l’avantage de la «cohérence interne» mais pourrait créer une levée de boucliers du personnel de la santé, craignant de perdre son indépendance.

Création d’une entité

Pour éviter le patchwork de structures sans ligne hiérarchique commune, le professeur Giannakopoulos préconise la «création d’une entité faîtière de psychiatrie forensique placée sous la responsabilité du DSE et bénéficiant d’un fort lien avec les HUG».

Son projet sera examiné mercredi par les chefs des Départements de la santé et de la sécurité, Mauro Poggia et Pierre Maudet. Vu la sensibilité du sujet, le Conseil d’Etat dans son ensemble sera peut-être amené à se prononcer. (24 heures)

Créé: 14.06.2016, 07h52

La prise en charge complète d’évaluation et de soins des personnes condamnées touche 150?détenus répartis à Curabilis, Champ-Dollon, La Brenaz et à l’hôpital psychiatrique de Belle-Idée, et autant de personnes astreinte à un suivi ambulatoire.

Le professeur Giannakoupos a identifié trois besoins.
1) Une unité dont l’ouverture est prévue à Curabilis en fin d’année doit être «spécialement dédiée aux détenus entre 18 et 25?ans avec peines ou mesures», pour prévenir l’installation de la délinquance, mais aussi de la radicalisation. Un phénomène qui n’épargne pas les prisons genevoises, en manque de solutions.
2) La mise en place d'une «équipe mobile de réinsertion psychosociale» au sein des prisons standards de Champ-Dollon et La Brenaz.
3) Le renforcement du programme de réhabilitation à la sortie.

Dans tous les cas, la sociothérapie doit être confiée à des équipes mixtes formées de psychologues, assistants sociaux, éducateurs et infirmiers. (SRo)

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Une étude tardive?

Pourquoi cette étude sur la situation des soins psychiatriques en milieu de détention à Genève paraît-elle aujourd’hui? Elle aurait pu être menée bien avant l’ouverture, il y a deux ans, de Curabilis, cette prison-hôpital destinée aux détenus sous mesures thérapeutiques. Elle aurait aussi pu être lancée juste après le meurtre d’une sociothérapeute de La Pâquerette en 2013, qui a bouleversé les plans de fonctionnement de Curabilis. Un rapport sur la dangerosité des détenus avait alors été commandé par les Hôpitaux universitaires de Genève, mais il est resté sans suite. En fait, il a fallu attendre l’ouverture de Curabilis, et voir ce centre pavillonnaire s’enliser dans une crise multifactorielle, pour que les ministres de la Santé et de la Sécurité, Mauro Poggia et Pierre Maudet, demandent un audit sur son fonctionnement.
L’analyse confiée en décembre au nouveau responsable médical de Curabilis, le professeur Panteleimon Giannakopoulos, va plus loin. Le spécialiste diagnostique l’ensemble de l’organisation des soins psychiatriques destinés aux condamnés, qu’ils soient emprisonnés ou laissés libres. Ses propositions chamboulent l’ordre établi. Un peu tard?
S.R.

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