«Nous avons eu des hauts, des bas, et beaucoup d’émotions»

Procès des sept de BriançonÀ Gap, six mois de prison avec sursis ont été requis contre Théo et Bastien. Les plaidoiries ont duré une bonne partie de la nuit. La défense en appelle aux principes fondamentaux.

Pour le procureur de la République, les Genevois Théo (à gauche) et Bastien ont commis un délit d’aide à l’entrée de personnes irrégulières sur le territoire français.

Pour le procureur de la République, les Genevois Théo (à gauche) et Bastien ont commis un délit d’aide à l’entrée de personnes irrégulières sur le territoire français. Image: Georges Cabrera

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«Nous espérons fortement la relaxe»

Le Genevois Théo réagit à l’issue du procès devant le Tribunal correctionnel de Gap, où il était jugé en compagnie de 6 autres militants. (Vidéos Georges Cabrera)


À 1 heure du matin passée de quelques minutes, même lui, le ténor du barreau, l’homme qui a défendu les causes les plus nobles de la récente histoire de France n’en peut plus. «Je suis las, j’ai décidé de tout balayer», lance Me Henri Leclerc. Mais quand il se lève, sa voix se met à résonner solennellement dans le tribunal de Gap. «Je vais quand même vous dire ce que j’ai sur le cœur: il n’est pas possible que vous les condamniez.»

Après dix-sept heures de débats, les visages défaits et les yeux rougis de tous ceux qui composent ce procès vont puiser dans les mots de l’homme de loi de 84 ans. Avant lui, le procureur de la République Raphaël Galland s’est affairé à démontrer que les 7 de Briançon, parmi lesquels les Genevois Théo et Bastien, ont commis un délit d’aide à l’entrée de personnes irrégulières sur le territoire français.

Pour le contrer, la défense a fait de ce procès un symbole en convoquant les grands principes. «Dignité», «fraternité», «solidarité», «Droits de l’homme»… Juste avant, le représentant du Ministère public avait requis des peines de 6 mois de prison avec sursis à l’encontre de cinq des militants, parmi lesquels les deux Suisses. Il a requis une peine plus sévère à l’encontre de deux autres hommes (4 mois de prison ferme) en raison des antécédents pour l’un et d’actes de rébellion pour l’autre. «Appliquer la loi est ma seule légitimité. Vous pouvez ne pas être d’accord avec elle, mais vous ne pouvez la violer», martèle Raphaël Galland, procureur de la République.

À droite, Me Henri Leclerc, avocat de la défense.

«Je vais quand même vous dire ce que j’ai sur le cœur: il n’est pas possible que vous les condamniez»

Me Henri Leclerc, avocat

Relaxe, plaide la défense. Pour cela, les six avocats ne font pas que citer Victor Hugo ou Jean Cocteau. Après des heures de débats et de visionnage de vidéos confuses, ils soutiennent que la responsabilité individuelle des sept prévenus ne peut être prouvée. Oui, ils étaient bien là à manifester le 22 avril sur la frontière franco-italienne, mais ce n’était qu’une réaction spontanée aux rassemblements identitaires et aucun élément ne permet de conclure qu’ils ont personnellement emmené des migrants de l’autre côté de la frontière. Quant à l’aggravante de la bande organisée, initialement retenue par le procureur, elle est abandonnée en cours de route, faute de preuve.

Enfin, il y a le contexte français. Quand le Ministère public brandit le code pénal, la défense verse à la procédure un autre document. Le rapport publié par la Commission nationale consultative des droits de l'homme dénonce «des restrictions multiples aux droits fondamentaux des droits des étrangers au nom d’une prétendue efficacité de la lutte contre l’immigration irrégulière». Constat sévère. Le procureur de la République, lui-même, l’admet.

Les trois juges du Tribunal correctionnel auront la lourde tâche de trancher. Plusieurs fois dans ce procès fleuve, sa présidente a entendu combien «on n’aimerait pas être à votre place». Elle semblait acquiescer de la tête.

Son jugement sera rendu le 13 décembre. (24 heures)

Créé: 09.11.2018, 10h50

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