Un giratoire, est-ce utile? Les experts en débattent encore

Ronds-points: notre sérieLe giratoire est-il la solution à tout, ou est-ce une mode chez les ingénieurs et les politiciens? Les spécialistes en transport ne s’accordent pas sur tous les points. Tout dépend du but recherché.

L’un des giratoires qui jalonnent les routes de Suisse romande.

L’un des giratoires qui jalonnent les routes de Suisse romande. Image: Jean-Paul Guinnard

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En quarante ans, 3334 giratoires ont été aménagés sur les routes de Suisse. Les cantons et de nombreuses communes ont beaucoup investi dans ce type de carrefour, mais sont-ils vraiment efficaces? Les critères d’évaluation sont subjectifs, selon les experts. On ne pourrait mesurer leur pertinence qu’en fonction des buts fixés pour chaque emplacement.

Ces choix peuvent aussi être influencés par une volonté politique. «Parfois, ce sont des arguments comme «la population voudrait un giratoire», sans plus d’explications, commente Micaël Tille, chargé de cours à l’EPFL. J’ai eu aussi des demandes ainsi formulées: «La commune voisine en a un, pourquoi pas nous?» Les cantons et communes jonglent avec les arguments techniques et les utilisent en fonction leur agenda. Revue des bonnes et mauvaises raisons de construire un giratoire.

Diminuer les accidents

Les avantages
Le giratoire fait globalement baisser les vitesses. Le nombre d’accidents diminue après sa mise en place, selon les premiers résultats d’une étude que mène le Bureau de prévention des accidents. Surtout, leur gravité diminue fortement (moins de morts et de blessés graves). Le nombre de points de conflit passe de 32 dans un carrefour à feux à 8 dans un carrefour giratoire. «Le giratoire est très efficace, car vous n’avez plus d’impact direct latéral, mais des impacts parallèles, estime Olivier Michaud, ancien ingénieur cantonal à Fribourg. Si des voitures s’approchent et se touchent, c’est du froissement de tôle la plupart du temps.»


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Les inconvénients
Les vélos et les piétons n’y gagnent pas en sécurité. «Le piéton n’est pas très perceptible dans un giratoire, note Micaël Tille. Ces accidents ne baissent pas, contrairement à ceux des voitures.» Sans compter que le piéton doit faire un détour, car les passages doivent être au minimum à 5 mètres de la sortie du giratoire. Pour les vélos, ces carrefours sont peu sûrs et peu confortables. Les cyclistes doivent rouler à droite, mais ils ont le droit de se placer au milieu pour ne pas se faire coincer et être perçus. Une manœuvre peu rassurante, selon François Derouwaux, directeur de Pro Vélo Neuchâtel: «Avant d’y arriver, le cycliste doit faire sa présélection pour se placer au milieu. Il doit regarder derrière lui et éventuellement attendre qu’une voiture passe. Cela l’empêche de se concentrer sur ce qui se passe devant lui et il peut aussi perdre l’équilibre. Il se retrouve ensuite au milieu de la chaussée, avec un sentiment d’inconfort. On a l’impression qu’un automobiliste peut nous foncer dedans sans faire exprès.»

Réduire la vitesse

Les avantages
Le giratoire permet de modérer le trafic en obligeant les usagers à ralentir. Ce n’est plus la loi du plus fort: on est forcé de regarder si quelqu’un arrive. «Le trafic est naturellement modéré selon le diamètre et le nombre d’entrées de branches, estime Laurent Tribolet, chef de la division entretien des routes du canton de Vaud. Sur une route cantonale, on considère que le giratoire fait ralentir à 30-40 km/h.» Au contraire d’un carrefour à feux où, «si c’est vert, les automobilistes passent vite en espérant passer avant le rouge», observe Pascal Christe, ingénieur en mobilité à Yverdon. Les cyclistes, eux, apprécient les mini-giratoires où l’on ralentit à 15-20 km/h. «Sur des routes de quartier, c’est moins dangereux qu’un stop ou un cédez-le-passage», estime François Derouwaux.


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Les inconvénients
Il est difficile d’harmoniser les vitesses de toutes les catégories d’usagers. «L’art du giratoire, c’est de le faire suffisamment grand pour les camions et les bus, mais suffisamment petit pour qu’il n’y ait pas de différence de vitesse avec le piéton et le vélo», résume Philippe Bovy, le rédacteur du «Guide suisse des giratoires». Or il est souvent prévu pour fluidifier le trafic, pas le ralentir et créer des files d’attente.

Augmenter la fluidité

Les avantages
C’est «l’utilité principale: augmenter la capacité d’un carrefour, estime Pascal Christe. Souvent, le giratoire permet d’écouler plus de flux de trafic que les feux ou la priorité de droite.» Avec des comptages aux heures de pointe, on peut mesurer ces charges et vérifier le fonctionnement attendu du carrefour à l’aide de calculs. «La simplification des points de conflit permet d’avoir des créneaux plus courts entre les voitures, explique Laurent Tribolet, donc de faciliter l’insertion des véhicules, donc d’accroître la capacité et de diminuer les temps d’attente.»


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Les inconvénients
Il ne permet aucune gestion du trafic. Aux sorties d’autoroute, par exemple, les ingénieurs préfèrent installer des feux. «À Morges, quand vous sortez de l’autoroute et qu’il y a un gros trafic sur la route cantonale, la file risque de refouler sur l’autoroute, explique Pascal Christe. Avec des feux, vous pouvez mettre une boucle de détection, qui s’active s’il y a des voitures derrière elle et déclenche le feu vert pour écouler le flux.» À Sion, capitale suisse du giratoire, on préfère des feux aux entrées de la ville. «Pour que celle-ci ne soit pas asphyxiée, explique Georges Joliat, ingénieur de ville. Si je les enlève, les files d’attente se font dans les rues des quartiers, au lieu de colonnes d’attente sur la T9.»

Le concept de fluidité du trafic laisse sceptique le professeur en urbanisme Jérôme Chenal: «En circulation, plus on fluidifie, plus on a de monde sur les routes. Une fois le giratoire construit, on ne peut pas dire si ça va mieux ou pas. On fait des calculs de flux, et on se dit que la situation s’est améliorée.» Pour l’urbaniste, «la congestion est le meilleur moyen de limiter le trafic, mais politiquement, on ne peut pas dire qu’on va laisser agir la congestion».

Et les transports publics?

Les avantages
On peut choisir de donner la priorité aux transports publics. «Le long de l’EPFL, on a construit les voies de bus pour qu’elles soient prioritaires sur les voies de trafic individuel, explique Laurent Tribolet. Le bus peut remonter toute la file du giratoire.» On peut aussi combiner feux et rond-point, comme au carrefour de la Sallivaz, à Chavannes-de-Bogis (VD): lorsqu’il n’y a pas de bus, le giratoire est «libre», et quand le bus approche, des feux rouges arrêtent le trafic à chaque branche. À Genève également, certains giratoires à feux permettent le passage des trams.


A lire aussi : Les cyclistes, trop souvent victimes des giratoires


Les inconvénients
En réalité, sur la plupart des giratoires, les bus ne sont pas prioritaires. Le carrefour à feux est plus favorable à la mobilité douce, estime Jérôme Chenal. «Avec des feux, vous pouvez donner la priorité aux piétons et aux transports publics. Avec les giratoires, la priorité est aux voitures.»

«Le carrefour à feux est plus favorable à la mobilité douce»

(24 heures)

Créé: 09.10.2018, 16h33

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