Un incendie hors du commun met à la rue près de 100 personnes à Genève

GenèveL’incendie a pris dans les combles d’une barre d’immeubles donnant sur la rue de la Servette. Il a fallu évacuer en urgence, tout en assurant l’hébergement de dizaines de familles pour une durée indéterminée.

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Non pas un immeuble, mais des immeubles, formant un îlot entier, bordant la rue de la Servette, s’alignant à la perpendiculaire des rues Antoine-Carteret et des Lilas, 150 mètres plus haut en remontant en direction de Meyrin.

Non pas un appel au 118 mais une bonne centaine. Tous annoncent, ce dimanche après-midi, quelques minutes après 16h, que des panaches de fumée sortent par la toiture du bâtiment, au niveau des numéros 69, 73 et 75.

Les pompiers arrivent en voisins, avec un premier train d’extinction complet - cinq véhicules et 15 hommes. Ils sont partis de la caserne secondaire des Asters, située à 400 mètres. «A notre arrivée, les flammes étaient déjà en train de percer la toiture, explique le commandant Nicolas Schumacher. Nous avons été confrontés à un sinistre très violent, se développant horizontalement et poussant vers les deux extrémités de la barre d’immeubles.»

Des renforts sont aussitôt engagés. Décision est prise de déclencher l’alarme générale, et de boucler la rue de la Servette dans les deux sens pour permettre l’acheminement des engins d’intervention, dont quatre autoéchelles déployées immédiatement sur plusieurs façades. Faire de la place au sol pour assurer le repli des locataires, tous évacués, qui vers le nid de blessés, qui vers un regroupement préparant un transfert ultérieur dans les abris de protection civile. Six impliqués sont pris en charge par l’équipe sanitaire, une personne est acheminée en ambulance à l’hôpital.

Mais les regards sont inquiets, chez les gens arrachés à leur logement comme chez les sapeurs. Car le feu continue à n’en faire qu’à sa tête: le rayonnement de chaleur est impressionant, et la chute de matériaux dangereux, projetés hors du toit par la vélocité de flammes atteignant, ici et là, au plus fort de l’embrasement, jusqu’à 10 mètres de hauteur, oblige les forces de l’ordre à reculer à plusieurs reprises le périmètre de sécurité.

En s’éloignant, on prend la mesure de l'espace sinistré et des moyens déployés pour contenir l’incendie. Ils sont aériens et bien visibles, des lances dans chaque nacelle arrosant sans discontinuer les multiples foyers; ils sont à pied, gravissant les huit étages des différentes allées pour y dérouler leurs tuyaux et prendre le feu de l’intérieur afin de tenter, coûte que coûte, de le stopper. «Une heure après notre arrivée, nous avons réussi à couper l’incendie pour éviter qu’il ne passe sur la rue des Lilas», poursuit le commandant du SIS.


Vidéo: Steeve Iuncker-Gomez

Au rapport opérationnel de 18h, les ordres continuent à circuler vite et les hommes repartent à la bagarre. En maints endroits, les flammes se cachent et poursuivent leur travail de sape. Il s’agit de les combattre sur des dizaines de mètres, en arpentant cette surface piégeuse qui forme une surtoiture totalement détruite. Les structures portantes n’ont pas résisté à la charge thermique, les risque d’effondrement au niveau de la dalle sont réels, si ce n'est déjà effectifs.

Le maire de Genève, Rémy Pagani, est sur place et attend lui aussi la première évaluation de l’ingénieur civil. Elle tombe à 20 h: la dalle a tenu. Enfin une bonne nouvelle, qui s’ajoute à celle confirmant plus tard dans la soirée le fait qu’aucune victime n’a été retrouvée dans les décombres. «L’effort se concentre sur le relogement d’urgence, poursuit Rémy Pagani. Une centaine de personnes, accueillies chez des proches, à l’hôtel et dans les abris de protection civile.» Ces mêmes personnes qui, fin janvier, étaient informées que leurs baux allaient être résiliés. Soit un total de 84 logements, tous voués à la démolition, pour permettre la construction de nouveaux immeubles. «Cela a fait l’effet d’une bombe atomique, racontait alors une locataire. Il y a beaucoup de personnes âgées ici. Elles y habitent parfois depuis plus de quarante ans et paient des loyers modestes. L’idée de devoir quitter leur logement est comme un coup de massue.»

Il vient de s’abattre pour de vrai. Le ciel est tombé une deuxième fois sur la tête de cet îlot en sursis. Dans la nuit éclairée par les feux bleus des secouristes, les visages redoublent d’inquiétude. Une femme âgée, le corps tremblant, rejoint le nid de blessés entre deux ambulanciers. Un jeune homme court d’une allée à l’autre avec sa cage à chat. Vide. «Il est resté à l’intérieur, je l’ai signalé aux pompiers, ils sont tous occupés…»

Occupés à faire le contrôle systématique de chaque appartement, de chaque local commun ou technique pour s’assurer d’abord qu’il n’y a pas de victimes humaines. « Nous resterons sur place toute la nuit, la rue de la Servette sera fermée à la circulation jusqu’à demain matin en tout cas», indique le chef de l’intervention.

Au point de situation de 20 heures, nous avons appris que la rue de la Servette restera fermée dans les deux sens, entre la rue de la Poterie et l'avenue Wendt, jusqu'à lundi matin six heures en tout cas. Des déviations seront mises en place par la police. Mais il est d'ores et déjà déconseillé d'emprunter cet axe névralgique en direction du centre-ville.

(24 heures)

Créé: 11.03.2018, 22h35

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