L’antispéciste exige 68'000 francs de dédommagements

Tribunal de policeAu deuxième jour du procès, les avocats des militants plaident l’acquittement et réclament de gros montants pour la détention.

Une défense particulièrement structurée et résolue a plaidé. Pour Me Léonard Micheli-Jeannet, le dossier repose uniquement sur «des soupçons qui confinent à l’arbitraire».

Une défense particulièrement structurée et résolue a plaidé. Pour Me Léonard Micheli-Jeannet, le dossier repose uniquement sur «des soupçons qui confinent à l’arbitraire». Image: Patrick Tondeux

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Les preuves sont-elles suffisantes pour condamner les trois activistes antispécistes? Sur le fond, leur combat n’est-il pas en accord avec les sensibilités de la population? Après le réquisitoire du procureur Adrian Holloway, qui a demandé des peines fermes de 18 et 12 mois pour les deux principaux prévenus, les avocats de la défense ont instigué le doute et ouvert la question idéologique dans ce procès particulièrement suivi.

Entre mercredi soir et jeudi matin, ils ont parcouru la totalité des infractions retenues dans l’acte d’accusation. Près de 300'000 francs de dégâts au total, entre des vitrines de boucheries caillassées au Molard, à Carouge ou au Eaux-Vives, le saccage de l’abattoir de Perly ou l’attaque des locaux du Service vétérinaire de l’État de Fribourg.

Incertitudes vs. «traces incontestables»

À chaque stade de la procédure, les preuves font défaut, soutient la défense, particulièrement structurée et résolue. Mes Olivier Peter et Léonard Micheli-Jeannet en ont la conviction: les soupçons des enquêteurs ont conduit à «monter un dossier» pour confondre le militant de 28 ans et sa camarade de six ans sa cadette. «Des soupçons qui confinent à l’arbitraire», soutiennent-ils. Mais, dans le cas de l’abattoir de Perly, les outils utilisés n’ont-ils pas été retrouvés dans le refuge où logeait le premier des prévenus? «La perquisition a eu lieu trois mois après. Beaucoup d’autres personnes passent en permanence dans ces locaux», relève Me Peter, plaidant le doute. «Le jour du saccage, mon client était observé et suivi par la police. Si c’est bien lui qui a attaqué l’abattoir, la police n’a rien vu, elle plaide donc son incompétence.»

Au terme de leurs plaidoiries, les avocats ont demandé l’acquittement et des dédommagements pour chaque jour passé en prison préventive (200 francs par jour). Le principal prévenu ayant patienté onze mois derrière les barreaux, la facture pour l’État pourrait atteindre 68'000 francs.

Mais l’affaire n’en est pas encore là. Le dossier renferme pour l’heure une liste de dix-huit opérations de vandalisme. À charge, des traces «incontestables» pour le Ministère public – ADN et signaux téléphoniques – confondent ces militants qui se donnent la main et s’étreignent à chaque fois qu’une pause dans le procès le leur permet. À décharge, ils n’ont jamais été pris en flagrant délit (sauf pour l’occupation d’un abattoir Bell dans le canton de Soleure) et contestent les faits (hormis quelques tags dans les toilettes d’un McDonald’s).

«Mobile honorable»

Enfin, il est revenu à Me Laïla Batou d’invoquer la justification politique. Son client, le troisième prévenu, est appelé à la barre pour s’être enchaîné dans le plus grand abattoir de Suisse. Il est également l’auteur de tags dans les toilettes d’un McDonald’s. «Deux symboles de la consommation effrénée de viande», expose l’avocate, convaincue de la légitimité et de l’avant-gardisme de ces préoccupations. Si elle reconnaît que les pratiques des abattoirs sont légales, la désobéissance civile pour «un mobile honorable» mérite bien un acquittement ou une réduction de peine.

La lecture du verdict est attendue vendredi à 17h.

Créé: 07.11.2019, 17h22

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