Avocate, elle est devenue paysanne par amour

PortraitLa Neuchâteloise Anne Challandes accède à la présidence de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales.

Anne Challandes a été élue ce jeudi à la tête de l'Union des paysannes et des femmes rurales.
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Son parcours est atypique, à l’image de celui de beaucoup de femmes paysannes. Anne Challandes a fait des études de juriste et obtenu un brevet d’avocate, mais c’est dans une ferme du Val-de-Ruz (NE) que le destin l’a menée. «Je suis tombée amoureuse d’un agriculteur. C’est aussi simple que cela», lâche cette quinquagénaire à l’enthousiasme communicatif. Un milieu dans lequel elle se sent bien et qu’elle aura l’occasion de défendre. La Neuchâteloise a été élue ce jeudi 25 avril à la tête de la présidence de l’USPF, l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales. Elle était la seule candidate.

Cette profession proche de la terre, elle estime bien la représenter. «Aujourd’hui, on est paysanne de différentes façons. Il y a les épouses d’agriculteur comme moi, celles qui ont un brevet de paysanne, celles qui travaillent à l’intérieur de l’exploitation ou encore celles qui gardent un emploi à l’extérieur.»

Un pied à l’extérieur

De ces différentes vies, elle en a expérimenté plusieurs. «Au tout début, je travaillais encore à 100% comme juriste à la Confédération, raconte Anne Challandes. Mais à la naissance de notre premier enfant, j’ai décidé de rester à la maison.» Une décision assumée qu’elle ne considère pas du tout comme une chute sociale.

«Dans une ferme, on prend les choses comme elles viennent. Il faut une forte capacité d’adaptation. Mais je me suis vite sentie à l’aise avec les gens de ces milieux, mais aussi avec les animaux.»

Au départ pourtant, c’est à la maison qu’elle passe le maximum de son temps. Un deuxième enfant a rejoint la famille. Pendant plus de vingt ans, elle s’épanouira dans ce rôle de femme au foyer, de mère, et aidera aussi régulièrement son époux, éleveur de vaches à lait. Mais peu à peu, en parallèle, Anne Challandes remet un pied à l’extérieur. Elle travaille ainsi comme correspondante pour le journal «Agri-Hebdo» et s’engage au sein de l’USPF. D’abord dans la section de sa région, le Val-de-Ruz, puis au comité de son canton, Neuchâtel. En 2017, elle intègre enfin le comité national. La présidence est presque une suite logique. «J’ai aussi été encouragée par ma famille. Mes enfants ont grandi. À 15 et 21 ans, ils me soutiennent.»

Encourager les femmes

Accéder à la tête de la faîtière lui permettra presque de boucler la boucle. «Je connais bien la politique agricole, et mon expérience de juriste me permet peut-être de mieux saisir les enjeux des différents dossiers.» Car les défis ne manquent pas. Le plus important à ses yeux est «la meilleure reconnaissance du statut des paysannes». Dans sa nouvelle politique agricole, le Conseil fédéral propose en effet de lier l’octroi des paiements directs à l’existence d’une couverture sociale pour le conjoint actif dans l’exploitation. Aujourd’hui, beaucoup de femmes travaillent en effet «gratuitement» pour l’exploitation. Avec comme conséquence des lacunes dans les cotisations sociales. Sans parler du risque de se retrouver sans rien en cas de divorce.

«Notre objectif est aussi d’encourager les femmes en politique dans la perspective des élections fédérales de cet automne»

À Berne, les élues agricultrices sont peu nombreuses. Alice Glauser (UDC/VD) ayant décidé de ne plus se représenter, il ne pourrait plus rester que Maya Graf (Verts/BL) et Christine Bulliard-Marbach (PDC/FR). L’USPF est également moins puissante que son alter ego masculin, l’Union suisse des paysans (USP). «Nous n’avons pas la même force de frappe. Nous avons beaucoup moins de ressources en temps et en personnel, mais notre réseau existe», souligne Anne Challandes.

Un réseau dont il faudra faire usage dans le cadre de la nouvelle politique agricole. L’USP ne veut pas de la solution du Conseil fédéral, comme l’explique son directeur, Jacques Bourgeois, dans «Le Temps»: «Nous devons trouver une solution pour améliorer la situation, reconnaît-il. Mais nous ne voulons pas forcer les exploitations à payer leur famille.»

Les femmes paysannes peuvent cependant compter sur un soutien de poids, celui du ministre de l’Économie, Guy Parmelin. Dans une interview à la «Bauernzeitung», le Vaudois se montrait déterminé. «J’ai moi-même vu des drames. La situation actuelle des paysannes n’est pas tolérable. Il faut une solution minimale avec le moins de bureaucratie possible.»

Créé: 25.04.2019, 12h51

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