Bébé gravement blessé: sa mère est poursuivie

GenèveSuspectée de tentative de meurtre, elle a amené son enfant aux Urgences en taisant les lésions subies.

Selon le Parquet, la mère «a dissimulé au personnel des Urgences qu’elle avait infligé à son fils un ou des actes violents à la tête».

Selon le Parquet, la mère «a dissimulé au personnel des Urgences qu’elle avait infligé à son fils un ou des actes violents à la tête». Image: LUCIEN FORTUNATI

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La justice genevoise a enquêté durant des mois sur une affaire de bébé maltraité puis opéré d’urgence aux HUG après un grave traumatisme crânien. Selon nos renseignements, sa mère se retrouve poursuivie notamment pour tentative de meurtre, subsidiairement lésions corporelles graves. Les investigations viennent d’être bouclées par le Ministère public, qui a émis un acte d’accusation. Résultat: la prévenue sera jugée dans le courant de l’an prochain par le Tribunal correctionnel.

Séquelles irréversibles

Quant à l’enfant, qui a été en danger de mort, les dernières nouvelles sont peu réjouissantes. Selon les derniers éléments de l’enquête, les séquelles s’avèrent très importantes, voire pour certaines irréversibles. Mais que s’est-il passé ce triste jour du 26 juillet 2017 à Genève? À en croire les réquisitions du Parquet, que nous avons consultées, le contexte des lésions reste mystérieux. La mère vivait seule avec ses deux enfants, dont la victime, âgée de 5 mois. Mais à l’époque des faits, toute la famille était allée dormir quelques jours chez le père, dans un quartier de la Rive droite.

Dans son acte d’accusation, la procureure reproche à la prévenue «un ou des actes violents» sur le bébé: «Soit en le frappant avec un objet plat sur la tête, soit en le projetant sur une surface dure (mur, sol, meuble), soit en le poussant d’une hauteur élevée d’au moins 1 m 50, elle a intentionnellement tenté de le tuer, ou à tout le moins envisagé et accepté cette issue fatale au cas où elle se produirait.»

Médecins mal renseignés

Coups donnés? Chute volontaire? Et pourquoi? Un malheureux accident? Les juges trancheront. Après les faits, la prévenue constate que l’enfant ne mange plus, il est blanc comme un linge et ses lèvres se dessèchent. Elle l’emmène à l’hôpital le jour même à 17 h. Selon le Parquet «elle dissimule au personnel des Urgences qu’elle avait infligé à son fils un ou des actes violents à la tête».

Les médecins, mal informés, font d’abord fausse route: ils suspectent une méningite et procèdent alors à une ponction lombaire. Une intervention qui est contre-indiquée en cas de traumatisme crânien et qui a péjoré son état neurologique. Fracture, hématome, saignement: ces lésions sont constatées dans un deuxième temps. Le bébé sera donc opéré d’urgence, «étant précisé que sa vie a été mise en danger» et que l’enfant souffre encore aujourd’hui d’atteintes «aux fonctions motrices et au niveau cognitif». C’est pour cela que la procureure retient que la mère a violé son devoir d’éducation: «Elle a mis en danger son développement physique et psychique. [...] Elle a tout le moins envisagé et accepté que ce soit le cas.»

Dans son acte d’accusation, le Ministère public considère une seconde hypothèse. Si le tribunal devait écarter les infractions principales, dont la tentative de meurtre, la procureure propose des infractions subsidiaires, une sorte de plan B. À savoir lésions corporelles graves par négligence et exposition (exposer son enfant à un danger). «Elle a manipulé son fils de manière inadéquate et violente, soit en le faisant chuter d’une hauteur importante, soit en le cognant contre un objet plat.» L’accusation reproche à cette mère d’avoir violé les règles de prudence élémentaires en laissant le bébé seul, sans surveillance et sans dispositif de protection contre les chutes. Une imprévoyance coupable, écrit la procureure Lyuska Hulliger.

50 000 francs de tort moral

Un mois après les faits, la police a procédé à l’arrestation de la prévenue, qui a passé 16 jours en détention provisoire. Présumée innocente, elle est défendue par Me Michel Celi Vegas. Selon l’acte d’accusation, Me Vincent Spira, curateur de l’enfant, demandera aux juges du Tribunal correctionnel de condamner la mère à 50 000 francs de tort moral.

Aux yeux de Me Celi Vegas, «la tentative de meurtre n’est pas réalisée et le tribunal devrait tenir compte du contexte particulier dans la survenance des blessures et du comportement responsable de la mère qui a emmené d’urgence le bébé aux HUG». Me Spira ne souhaite pas faire de commentaires à ce stade de la procédure.

Créé: 08.11.2019, 10h29

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