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Les bisses de Nendaz charrient le lait des glaciers

Ces éléments du patrimoine valaisan représentent une œuvre collective toujours utile de nos jours tout en constituant un bel atout touristique pour découvrir la montagne. En vadrouille!

Les bisses permettent une grande variété de promenades aisément accessibles aux familles.
Les bisses permettent une grande variété de promenades aisément accessibles aux familles.
PhV

Arpenter les bisses de Nendaz, c’est l’assurance d’effectuer de belles promenades, faciles, familiales et pleines de charme. Le dénivelé reste faible, à l’ombre apaisante des résineux, les sous-bois prennent une profondeur magique comme «harrypotérienne»… Et au hasard d’une trouée, le regard embrasse un panorama vertigineux plongeant des sommets vers le Rhône et sa vallée majestueuse. Et quand les pas font sortir du couvert se dessine un paysage alpestre tissé de clairières, de prairies sèches ou de prés de fauche et constellé de mayens.

« Aujourd’hui, les bisses sont aussi devenues un important argument touristique qui permet d’étirer une saison démarrée aux premières lueurs du printemps jusqu’aux derniers feux de l’automne »

Enfin, l’ouïe n’est pas en reste. Trilles d’oiseau et rumeur de la forêt accompagnent la voix du torrent ou, toujours à devancer le randonneur, le murmure du courant colporté par les bisses. Ce ruissellement continu peut résonner comme une douce voix humaine. Une voix à la fois historique et actuelle, qui dit le travail entêté des hommes pour partager cette richesse de l’eau que la nature pourrait bientôt nous compter… Les bisses symbolisent en effet un long combat mené contre la sécheresse et leur origine nourrit encore la réflexion historique. À Nendaz, on en fait remonter les premières traces à 1435 pour dater l’achèvement de ce réseau en 1876. Les bisses sont aussi une œuvre communautaire. De chaque côté de la vallée, hommes, femmes et enfants ont été sollicités pour patiemment tirer ces canalisations vitales au maintien des cultures: céréales (blé, orge, seigle), arbres fruitiers (framboisiers et abricotiers) et même vignes.

Composer avec le relief

Que d’astuce pour gérer ces parcours! Les concepteurs des bisses ont appris à composer avec les contraintes du relief pour franchir divers obstacles tels que cours des petits torrents, étroitesse du chemin et autres sauts. Tantôt le bisse serpente canalisé dans des conduites ouvertes en bois ou en métal qui ont supplanté les troncs de mélèze évidés d’autrefois. Tantôt ils sont enchâssés dans le sol ou posés sur un réseau de poteaux en fonction du terrain. Parfois, le bisse se contente d’un petit canal creusé simplement dans la terre. Ailleurs, l’ouvrage est empierré. Ici ou là, on a eu recours à un tuyau, un peu comme une conduite forcée. À d’autres endroits, la paroi rocheuse oblige l’eau à se glisser sous les pas du promeneur qui profite de la passerelle aménagée pour sa progression.

Le réseau des bisses de Nendaz culmine à 2300 mètres d’altitude pour celui de Chervé qui a toutefois été vite abandonné. Et il descend jusqu’à 700 m d’altitude pour celui de Baar, toujours en activité pour étancher la soif des cultures. Mais pour faciliter son entretien, il est en grande partie enterré.

Aujourd’hui, les bisses sont aussi devenues un important argument touristique qui permet d’étirer une saison démarrée aux premières lueurs du printemps jusqu’aux derniers feux de l’automne. Mais réduire ces installations à leur valeur patrimoniale, c’est aussi faire peu de cas de leur utilité. Six d’entre eux sont toujours mis en eau dès la belle saison.

Chevelu hydrographique

Ainsi le bisse Vieux est toujours géré sous le régime du consortage car il sert à l’irrigation des abricotiers de Fey et de Bieudron, juste au-dessus de Sion. Les propriétaires organisent des «tours d’eau» qui permettent de définir leurs périodes d’irrigation. Le cours du bisse est alors interrompu pour que le «lait des glaciers» puisse s’écouler sur les coteaux afin de nourrir les terres. «Les anciens parlaient en effet de lait des glaciers en évoquant l’eau des bisses. Ils faisaient référence à sa couleur blanchâtre due aux sédiments en suspension», précise Yvette Martignoni, accompagnatrice en montagne et passionnée des bisses.

Sur d’autres parcours, tel le bisse de Vex, l’Association des amis du grand bisse de Vex gère et entretien ce patrimoine. Elle dispose même d’un gardien affecté à ce travail. Au fil des parcours, on peut tomber sur un système de vannes qui permet de stopper le débit de l’eau et de la rendre au torrent en cas de fortes précipitations.

Même si son cours est désormais régulé par le barrage du Cleuson, la rivière Printse, elle-même alimentée par les glaciers du Grand Désert, du Mont-Fort et de Tortin , est considérée comme la mère des bisses. Et, de part et d’autre du val de Nendaz, ce réseau tisse un impressionnant chevelu hydrographique aménagé par l’homme, dont les ultimes capillaires vont encore se perdre dans les champs.

Alors cheminer au long de la centaine de kilomètres de bisses qu’offre Nendaz, c’est assurément faire le plein de grand air, jouir des bienfaits et des énergies de la montagne tout en bénéficiant d’une jolie leçon de géographie humaine, grandeur nature.

Informations complémentaires: www.nendaz.ch/aupaysdesbisses

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