Les chasseurs d’autres mondes décrochent la lune

RécompenseLe Prix Nobel de physique a été attribué à Michel Mayor et à Didier Queloz, les astrophysiciens de l’Observatoire de Genève qui ont découvert la première exoplanète, en 1995.

Didier Queloz (à gauche) était le doctorant de Michel Mayor (à droite). Il est aujourd'hui professeur dans les universités de Genève et de Cambridge. Michel Mayor a fait l'essentiel de sa carrière à Genève.

Didier Queloz (à gauche) était le doctorant de Michel Mayor (à droite). Il est aujourd'hui professeur dans les universités de Genève et de Cambridge. Michel Mayor a fait l'essentiel de sa carrière à Genève. Image: Keystone

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Le 6 octobre 1995, un coup de tonnerre retentit dans le petit monde des astronomes. Pour la première fois, des chercheurs prouvent la présence d’une exoplanète (planète située hors du système solaire). Cette découverte, qui va révolutionner notre perception de la vie extraterrestre, on la doit à deux astrophysiciens de l’Observatoire de l’Université de Genève (UNIGE), Michel Mayor et son doctorant, Didier Queloz. Vingt-quatre ans plus tard quasi jour pour jour, un second coup de tonnerre secoue cette fois le bout du lac et rejaillit sur toute la Suisse. En ce 8 octobre 2019, les deux scientifiques se voient attribuer le prestigieux Prix Nobel de physique.

Ils partagent cette distinction avec le Canado-Américain James Peebles «pour ses découvertes théoriques en cosmologie physique», a annoncé mardi Göran Hansson, secrétaire général de l’Académie royale des sciences de Suède. Ce prix intervient deux ans après le Nobel de chimie décerné à un autre Romand de l’arc lémanique, le Vaudois Jacques Dubochet, pour ses travaux en cryomicroscopie électronique.

«C’est un honneur»

«Je suis actuellement à San Sebastián, en Espagne. J’allais partir pour l’aéroport quand j’ai ouvert mon portable une dernière fois. Et j’ai appris la nouvelle, confie Michel Mayor, que nous avons joint au téléphone. C’est un honneur incroyable parce que tant d’autres physiciens font des travaux merveilleux et mériteraient ce prix! C’est aussi une reconnaissance pour tous mes collègues qui ont contribué à développer des appareils dont la sensibilité a permis une telle découverte, poursuit le professeur honoraire de l’UNIGE, âgé de 77 ans. Je remercie enfin tous les organismes suisses et particulièrement l’Université de Genève, qui ont financé nos travaux et nous ont fait confiance dès le début de l’aventure, alors que pas grand monde n’y croyait.»

Il est vrai qu’en 1995, la traque de nouveaux mondes est un objet d’étude de niche. Autour du globe, ils sont moins d’une dizaine à s’y intéresser. Mais la découverte de Mayor et Quéloz et son retentissement mondial changent la donne. Une fois 51 Pegasi b – le petit nom de l’exoplanète – débusquée, l’argent afflue, des équipes dédiées se forment aux quatre coins du monde, le temps disponible pour les observations explose et la technologie s’affine: la chasse est ouverte.

Pour le duo à l’origine de cet engouement, rien ne sera plus jamais comme avant. «Soyons honnêtes, nous étions bien conscients que notre découverte allait faire du bruit. Mais nous ne nous attendions pas à un tel raz-de-marée médiatique. Nous pensions que les choses se tasseraient après quelques mois. Or ça ne s’est jamais calmé», racontait Michel Mayor en juin dernier.

La quête de la vie ailleurs

Dans l’optique d’un numéro spécial consacré aux premiers pas de l’homme sur la Lune et à l’espace publié dans nos colonnes le 13 juillet, l’astrophysicien était longuement revenu sur la découverte qui a changé sa vie. Attablé à l’Observatoire de l’Université de Genève, il confiait qu’il ne se passait pas un jour sans qu’on lui en parle. Nul doute que la distinction suprême va faire remonter le soufflé médiatique encore plus haut. Comme il est certain que les projecteurs du prix suédois vont vite faire ressurgir la vertigineuse question qui sous-tend la quête d’autres mondes et pousse tant de chercheurs à s’y consacrer: la vie existe-t-elle ailleurs dans l’univers?

Avec la découverte du binôme, les chasseurs d’autres mondes savent désormais où chercher. Pour tenter de percer le mystère, la recherche se concentre désormais sur de petites planètes rocheuses, situées dans l’espace dit habitable de leur étoile. Là où l’eau liquide peut exister en surface. Et où pourrait se nicher la vie extraterrestre. «Nous voulons savoir ce qu’est la vie. Est-ce un sous-produit inéluctable de l’évolution de l’Univers lorsque les conditions sont favorables? Ou, à l’inverse, s’agit-il d’un phénomène rarissime qui, pour des raisons incroyables, ne s’est développé que sur Terre?» s’interroge Michel Mayor, dont les travaux visent désormais à apporter des réponses à ces questions.

Observer les exoplanètes

Mais dans l’espace, les distances sont telles qu’il est impossible d’aller vérifier sur place. La recherche de la vie ailleurs doit donc se faire à distance. En analysant son spectre depuis la Terre, ou demain depuis un télescope en orbite ou encore qui serait installé sur la Lune. C’est dans cette optique que s’inscrit le prochain lancement du premier satellite spatial suisse, CHEOPS.

Avant lui, en un quart de siècle, une pléiade d’instruments ont été mis au point, entraînant des découvertes. En 2017 notamment, Didier Queloz (53 ans), aujourd’hui professeur ordinaire à l’UNIGE et professeur à l’Université de Cambridge, s’enthousiasmait pour sept exoplanètes tournant autour de l’étoile Ultracool Dwarf, dont certaines de taille et de température semblables à la Terre. L’astrophysicien genevois ne tarissait pas d’éloges aussi pour le télescope James Webb qui sera envoyé derrière la Lune, «l’idée étant d’avoir une centaine d’exoplanètes à observer et comparer afin d’engranger un maximum d’informations».

«Nous cherchons des biomarqueurs, des signatures dans l’atmosphère de ces planètes, qui indiquent que la vie s’y est développée», ajoute Michel Mayor, intimement convaincu que la vie n’est pas une exclusivité de la planète bleue.

Créé: 08.10.2019, 21h47

Autour d’une autre étoile que le Soleil

Une exoplanète est une planète qui orbite autour d’une autre étoile que le Soleil. Longtemps rêvée par la science-fiction, l’existence d’autres mondes, loin du système solaire, émerge dans les années 40 grâce aux travaux du physicien soviétique Otto Schmidt et sa théorie dite de l’accrétion.

Elle décrit la façon dont la matière, en tournant autour d’une étoile, s’agrège pour donner naissance à de plus gros objets: les planètes. Mais après plusieurs annonces de découvertes qui se révéleront fausses, la recherche d’autres mondes n’a pas la cote dans la communauté scientifique. Jusqu’au jour où Michel Mayor et Didier Queloz découvrent la géante gazeuse 51 Pegasi b grâce à un spectrographe «maison» installé sur le télescope de l’observatoire de Haute-Provence.

L’exoplanète orbite autour d’une étoile (51 Pegasi) à 51 années-lumière de la Terre. Planète brûlante située très près de son soleil, dont elle fait le tour en quatre jours, 51 Pegasi b, qui fait 150 fois la masse de la Terre, n’a pas été directement observée mais détectée. Concrètement, grâce à une technique développée par Mayor, le duo a calculé les légers mouvements de l’étoile provoqués par la planète et qui trahissent sa présence. Cette technique (dite des vitesses radiales) est encore très utilisée aujourd’hui. À ce jour, ce sont près de 4100 exoplanètes qui ont été découvertes. Michel Mayor en a déniché plusieurs centaines.

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