En colère, les maçons s'offrent le pont du Mont-Blanc

ConstructionUn peu moins de 2000 manifestants ont bloqué la circulation sur l'ouvrage genevois trois heures durant.

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Rassemblés dès 6 heures 30 mardi à la place des XXII-Cantons, environ 1800 travailleurs du bâtiment ont longuement occupé le pont du Mont-Blanc à partir de 7 heures 30, empêchant totalement son franchissement par la circulation. La manifestation n'a quitté les lieux que vers 10 heures et demie pour entamer un long périple dans la ville qui doit l'amener devant les sièges de différentes associations patronales afin de demander l'ouverture de négociations. Elle se terminera à 16 heures à la rue Malatrex par une assemblée générale qui devra décider de reconduire ou non la grève mercredi.

Un peu moins fournie qu'espéré par les syndicats, la manifestation s'est déroulée dans une ambiance bon enfant. L'appel à la grève lancé par Unia, le SIT et Syna vise à pousser le patronat à ouvrir de «véritables négociations» tant au niveau cantonal que national. Entamée lundi au Tessin, une série d'actions se déroulera partout en Suisse jusqu'au début du mois de novembre sur fond de renouvellement de la convention nationale du gros œuvre.

Blocage à Genève

«Le conflit au niveau national n'est pas étonnant, ce qui l'est davantage c'est ce qui se passe à Genève, a lancé aux manifestants Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia. Jusqu'à récemment nous avions toujours réussi à dialoguer, même si cela pouvait être musclé.» Les thématiques que veulent aborder les syndicats ne sont pas nouvelles. Il s'agit des licenciements de travailleurs de plus de 50 ans, du recours au travail temporaire sur les chantiers, ainsi que du paiement des arrêts de travail provoqués par des intempéries.

«À Genève, le taux de travailleurs temporaires sur les chantiers dépasse régulièrement les 50%, et des chiffres de plus de 70% sont désormais courants», enchaîne Thierry Horner, du SIT. Conséquence selon lui: cette politique a des conséquences désastreuses non seulement sur les salaires des maçons, repris comme temporaires sans prise en compte de leur qualification ni de leur ancienneté, mais aussi sur leur retraite anticipée généralement perdue en raison des trous entre deux missions. Il faut en effet cotiser en continu avant la préretraite pour pouvoir en bénéficier à 60 ans.

Relevons que la Fédération des métiers du bâtiment estime au contraire que les employeurs ont empoigné ces problèmes. Lundi, ses responsables ont rejeté la responsabilité du blocage sur les syndicats qui, affirment-ils, sont devenus intransigeants et donc incapables de négocier.

«Conditions inacceptables des patrons»

Sur le plan national, la situation n'est pas moins tendue. Après avoir refusé durant neuf mois de résoudre le problème de financement de la retraite anticipée autrement que par un relèvement de l'âge de la préretraite, la Société Suisse des entrepreneurs (SSE) est entrée en matière.

«C'est exact mais la SSE a posé des conditions inacceptables pour nous, commente Nico Lutz, responsable du gros oeuvre pour Unia Suisse. Elle exige une énorme flexibilisation du travail périlleuse pour la santé des travailleurs ainsi que la possibilité de réengager des collaborateurs sans tenir compte de leur salaire antérieur. Et ce n'est pas tout! Ils veulent également que les missions de moins de quatre mois sur les chantiers ne soient plus soumises aux salaires minima des conventions. Cela concernerait également les travailleurs détachés, ce qui ouvrirait grande la voie au dumping salarial .»

On le voit, les enjeux sont grands et multiples. Selon les syndicats, seules les pressions exercées sur les travailleurs expliquent que la mobilisation n'ait pas été plus forte. Une des associations patronales a même transmis une circulaire à ses membres leur suggérant de licencier les personnes qui se mettraient en grève.


(24 heures)

Créé: 16.10.2018, 12h24

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