Pour construire et décorer ses ronds-points, la Suisse a dépensé 1,6 milliard

Ronds-points: notre sérieLe prix moyen par ouvrage est estimé entre 500'000 et 750'000 francs. Une somme largement supportée par les Cantons et Communes.

La construction du giratoire sur la route du Rio-Gredon, à Saint-Légier, en 2013.

La construction du giratoire sur la route du Rio-Gredon, à Saint-Légier, en 2013. Image: GÉRALD BOSSHARD - A

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Quel est le prix d’un giratoire? Qui décide de sa construction? Ces ouvrages ont-ils un futur? Ces questions méritent d’être posée lorsqu’on sait que ces ouvrages ont poussé comme des champignons sur les routes du pays à partir années 1980. Plus de 3300 giratoires sont aujourd’hui recensés en Suisse.

Un premier constat s’impose. Ces carrefours ne sont pas bon marché. «Le prix moyen pour un giratoire construit sur route cantonale peut être estimé entre 500'000 et 750'000 francs», relève Yves Bellégo, chargé de communication au Département des infrastructures de Genève. Les coûts varient fortement en fonction de la nature des projets. Différents critères sont pris en compte dans le calcul: taille du giratoire, surface de terrain à acquérir, particularités propres (trams, feux, passage souterrain pour les piétons, etc.).

«Cela peut aller de 3 francs pour une pastille au pinceau, à plusieurs millions, si vous mettez une œuvre d’art au milieu, comme à Martigny, précise Vincent Pellissier, patron du service de la Mobilité, en Valais. Dans le détail, le gros œuvre représente environ 80% de la dépense, 10% pour le bureau d’ingénieur, qui met au point le projet, et 10% pour les aménagements finaux.» Un rapide calcul permet d’estimer les sommes investies dans ces constructions: 3300 giratoires à 500'000 francs équivalent à une dépense totale de 1,65 milliard de francs en Suisse, supportée à 90% par les Cantons et Communes. Cela fait beaucoup d’argent.

Les entreprises mandatées sont locales

Les giratoires sont essentiellement une question cantonale et communale. La grande majorité a été construite à proximité ou à l’intérieur des villes et des villages, soit sur des routes où l’aménagement est du ressort des Communes ou des Cantons. Cela a un impact sur le choix des entreprises mandatées pour dessiner ou/et bâtir des ronds-points. «Certains bureaux d’ingénieurs sont, par exemple, implantés à l’intérieur des communes et font l’ensemble des travaux, explique Jérôme Chenal, professeur d’urbanisme à l’EPFL. Mais cela est légal et ne me choque pas.»

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Lui est plutôt critique sur les volumes de travaux qui ont été réalisés dans le domaine. «J’ai l’impression que l’on s’invente parfois des besoins en Suisse, précise-t-il. On peut se poser des questions lorsqu’on voit que des ouvrages ne sont utiles qu’une heure par semaine, le vendredi soir…» Il s’inquiète de la puissance du lobby routier: «A Berne, les lobbys font croire qu’il faut construire des routes, des ronds-points et des tunnels partout, et ça percole jusque dans les Cantons et les Communes.»

La loi sur les marchés publics s’applique en matière de giratoires. «Les procédures d’adjudication des mandats d’études et de travaux sont menées en conformité avec les règles des marchés publics», confie Yves Bellégo. Cependant, cela ne garantit pas toujours la transparence, particulièrement pour les adjudications de gré à gré et sur invitation.

Les procédures d’attribution varient

Comment cela marche-t-il? Que ce soit au niveau fédéral, cantonal ou communal, trois procédures distinctes existent en matière d’attribution: de gré à gré, sur invitation et ouverte/sélective. Ces dernières sont liées aux montants en jeu et à la nature de la tâche à effectuer. Elles permettent de choisir le bureau d’ingénieur civil qui va diriger le projet, les sociétés qui vont fournir le matériel et les entreprises qui vont se charger des travaux. Des seuils de dépenses, qui vont globalement de 150 000 à 500'000 francs, sont prévus. Ces procédures d’attribution servent de cadre général et varient selon les Cantons et Communes.

Pour les montants les plus importants, la transparence est demandée: «Les appels d’offres des procédures ouvertes ou sélectives sont publiés sur le site Internet commun à la Confédération, aux cantons et aux communes (www.simap.ch), qui fait foi», explique le Centre de compétences sur les marchés publics du canton de Vaud.

Ces appels d’offres sont également annoncés dans la Feuille des avis officiels (FAO). La transparence est moindre lorsque les sommes en jeu restent en deçà du seuil le plus haut. «Pour les autres procédures, en revanche, sur invitation et de gré à gré, l’appel d’offres n’est pas sujet à publication», confirme le Centre de compétence. Voilà pour l’attribution des travaux dans le canton de Vaud.

Jérôme Chenal voudrait, lui, repenser le rapport à la mobilité: «Il peut parfois s’avérer plus judicieux de réduire la vitesse sur les routes ou d’aménager les horaires des trains, plutôt que doubler ou de tripler les infrastructures routières ou ferroviaires.» Les idées fusent. «Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, je prends le pari que les giratoires seront peu à peu remplacés par des feux munis de capteurs, qui permettront d’obtenir une meilleure fluidité du trafic.» Selon lui, les villes qui, redevenant des lieux de vie agréable, devraient, peu à peu, éliminer ces ouvrages. Bref, le giratoire serait le symbole vieillissant d’un monde en pleine mutation.

Solution encore pertinente

La mode des ronds-points? La phase de forte croissance, allant du début des années 1980 aux années 1990, est derrière nous. «Il y a de moins en moins de situation propice à leur construction», confirme Laurent Dutheil, codirecteur du bureau d’études Transitec, à Lausanne. Lui ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. «Nous sommes encore appelés à proposer ce type de solutions, qui restent souvent pertinentes en termes de mobilité.»

Beaucoup a, cependant, déjà été fait en la matière. À titre d’exemple, le Jura a un tronçon particulièrement riche en ronds-points. Il s’agit de la route de contournement de Delémont, qui en compte une dizaine. Et Jérôme Chenal de conclure, comme pour annoncer la fin d’un cycle: «On ne pourra pas en construire davantage.»

(24 heures)

Créé: 05.10.2018, 16h33

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