«Pour un couple gay, il reste trop difficile de s’afficher en Valais»

SociétéL’évêque de Sion a choqué les esprits. La communauté homosexuelle mise sur le dialogue pour surmonter la méfiance.

Sébastien Nendaz, porte-parole de la Pride Valais 2015, organisée le 13 juin à Sion. Les propos homophobes ne sont en rien une spécificité valaisanne, souligne-t-il.

Sébastien Nendaz, porte-parole de la Pride Valais 2015, organisée le 13 juin à Sion. Les propos homophobes ne sont en rien une spécificité valaisanne, souligne-t-il. Image: Jean-Paul Guinnard

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«Les propos de Mgr Lovey cette semaine ont montré qu’il reste des progrès à faire en Valais!» A l’image de Mike Briguet, président de l’association valaisanne Alpagai, la communauté gay et lesbienne digère mal le fait que l’évêque de Sion considère l’homosexualité comme une «faiblesse de la nature». A l’approche de la Pride mise sur pied à Sion le 13 juin, le coup est rude. Même si le prélat s’est excusé depuis à travers les médias, le porte-parole de la manifestation se dit blessé par l’évocation d’une possible «guérison». «Il faut arrêter de faire l’amalgame entre homosexualité et maladie», revendique Sébastien Nendaz.

L’attitude de l’Eglise a cependant changé depuis la première Gay Pride en Valais, en 2001. L’évêque d’alors, Mgr Brunner, l’avait publiquement qualifiée de «jeu diabolique». Depuis son ordination l’an dernier, son successeur a multiplié les signes positifs: «Il est cordial et très ouvert avec nous», relève Sébastien Nendaz. Ce natif d’Hérémence, fils d’un élu communal, entend bien poursuivre le dialogue noué avec le prélat. Et il continuera à pratiquer sa foi catholique: «Personne ne me juge quand je vais à la messe.»

Encore des discriminations

Pour le conseiller national Mathias Reynard, la récente polémique constitue une autre preuve de cette évolution: «Il y a quelques années, des affirmations bien plus graves à l’encontre des gays ne provoquaient pas autant de réactions outrées ici, observe le socialiste. Globalement, il y a davantage de tolérance.» Coordinatrice de la Pride de 2001, Marianne Bruchez acquiesce: «La première édition a permis de desserrer l’étau, de mettre des mots et des visages sur un tabou. L’homosexualité est devenue un fait de société.»

Depuis 2007, entre treize et vingt-cinq couples se sont pacsés chaque année en Valais. Alors que le canton avait été l’un des deux seuls, en 2005, à refuser le partenariat enregistré helvétique. Et c’est à Flanthey, entre Sion et Sierre, qu’est née en janvier 2015 Vibration Gayradio, la toute première radio arc-en-ciel de Suisse.

Autre militante, Barbara Lanthemann apporte une nuance: «Les mentalités ont changé, c’est vrai. Mais on n’en est pas encore à parler d’homosexualité dans les écoles! L’influence de la religion reste forte.» Par ailleurs, discriminations et insultes n’ont pas disparu. «L’autre jour, à la fin d’une conférence en Anniviers, un monsieur a refusé de me serrer la main en me traitant de pédé», relate Mathias Reynard. L’homme ignorait sans doute que le politicien est hétérosexuel. Mais il avait entendu parler de son combat contre l’homophobie au parlement…

«La première Pride valaisanne a permis de desserrer l’étau, de mettre des mots et des visages sur un tabou»

Des témoignages de ce genre, la permanence d’Alpagai en reçoit encore. Des gens en détresse qui cherchent de l’écoute et du soutien. «Ce n’est pas spécifique au Valais, souligne Sébastien Nendaz. Cela se passe dans toutes les villes et dans toutes les campagnes. Mais, dans les milieux ruraux où tout le monde se connaît, il reste difficile de s’afficher en couple.» Et de rappeler que le taux de suicide chez les homosexuels et les lesbiennes reste cinq fois supérieur à la moyenne, en Valais comme ailleurs.

Pour vivre heureux, les gays doivent vivre cachés: voilà ce qui révolte Barbara Lanthemann. A 50 ans, la députée socialiste, candidate au National, est la seule personnalité politique valaisanne à assumer son homosexualité. «Pourtant, on a tout intérêt à le faire. Les gens ne vous attaquent pas frontalement si vous vivez normalement.» Elle-même assure d’ailleurs n’avoir jamais souffert de brimades homophobes.

«On ne devrait plus avoir à faire son coming out, conclut Sébastien Nendaz. Ce que nous demandons aujourd’hui, ce n’est plus de la tolérance, mais du respect. Nous devons donc nous montrer pour ouvrir le dialogue.» (24 heures)

Créé: 23.05.2015, 07h43

Moins d’hostilité qu’avant la Pride 2001

Si l’Eglise catholique avait critiqué la Gay Pride de juillet 2001 à Sion, les intégristes d’Ecône s’étaient carrément déchaînés contre les organisateurs. Une pleine page de publicité dans Le Nouvelliste avait ainsi fait scandale. Le jour J, les fondamentalistes avaient même tenu une contre-manifestation devant une église sédunoise – sans réussir à perturber le cortège festif, qui avait réuni 15'000 personnes.

La 2e édition ne se heurte pas à la même hostilité. Sur Facebook, un groupe intitulé «Non à la Pride» a néanmoins réuni plus de 800 récalcitrants en début d’année, avant de s’essouffler quelque peu. Au plan politique, l’UDC a tenté «par tous les moyens» de faire interdire la manifestation, indique Cyrille Fauchère, coprésident du parti cantonal et membre du Législatif de Sion. En vain. L’élu reste opposé au défilé prévu, et n’y assistera sous aucun prétexte: «L’orientation sexuelle appartient au domaine privé. On n’a pas à l’afficher de manière ostentatoire dans la rue», estime-t-il. Il redoute par ailleurs que, derrière la fête, se cachent des revendications politiques, du type mariage pour tous ou droit d’adoption.

Le comité d’organisation attend des milliers de participants et de spectateurs le 13 juin. Il dit avoir pu compter sur la collaboration des autorités. «Les pionniers de 2001 ont dégrossi le travail, note le porte-parole, Sébastien Nendaz. La Ville s’est montrée bien plus ouverte.» Du côté des sponsors et des partenaires, une seule société s’est rétractée, ne voulant pas associer son image à celle des homosexuels.



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