Un cours sur la bonne façon de tuer un poisson

NatureDepuis janvier, cette connaissance pratique est exigée pour l’obtention du brevet de pêche.

Une truite en silicone pour expliquer comment étourdir puis égorger un poisson.

Une truite en silicone pour expliquer comment étourdir puis égorger un poisson. Image: STEEVE IUNCKER GOMEZ

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D’abord asséner deux ou trois coups de matraque sur le sommet du crâne, puis égorger. C’est la marche à suivre pour abréger les souffrances d’un poisson qu’on vient de pêcher. L’assommoir, qui fait partie de l’équipement de tout bon pêcheur, ne fait qu’étourdir l’animal, il ne le tue pas. «Pour cela, il faut le saigner en enfonçant un couteau dans les branchies et en coupant jusque sous la gorge. Cela sectionne le canal branchial, l’artère qui relie le cœur et le cerveau», explique Maxime Prevedello, président de l’Association genevoise des sociétés de pêche (AGSP), en joignant le geste à la parole.

La truite fario à laquelle il fait subir ce traitement ne bronche pas. Et pour cause: elle est en silicone. «C’est un leurre pour la pêche au brochet, dont j’ai retiré le hameçon. Il a la taille et la souplesse d’une vraie truite.»

Nouvelle exigence légale

Depuis le début de l’année, la législation fédérale exige que chaque candidat au brevet suisse du pêcheur sportif sache exécuter correctement ces gestes. Les cours obligatoires pour le brevet incluent donc désormais une partie pratique. Contrairement à leurs homologues d’autres cantons, les formateurs genevois ont opté pour de faux poissons. «Les cantons qui utilisent des poissons vivants font cela dans des piscicultures, mais à Genève, les cours ont lieu à Uni Mail, souligne Maxime Prevedello. Et puis, il faudrait demander une autorisation de l’Office vétérinaire fédéral pour chaque cours, car cela s’apparente à des expériences sur des animaux.»

Malgré son réalisme, la truite en silicone ne gigote pas au moment d’être assommée. Cela facilite grandement la chose. Mais l’avantage, c’est que chaque aspirant pêcheur peut s’exercer, ce qui n’est pas le cas avec des poissons vivants. «Il y a de plus en plus de débutants à la formation pour le brevet, ajoute Maxime Prevedello. Même si certains ont déjà pêché avec un permis journalier, ils sont encore hésitants dans la manière de tuer un poisson.»

Avec la connaissance des diverses espèces de poissons, protégées ou non, et celle des tailles minimales de capture, le respect de l’animal est un volet important des cours. «Vous devez savoir maîtriser le poisson pour ne pas faire durer la bataille trop longtemps», explique le responsable genevois des cours, Jean-Pierre Moll, à une vingtaine de participants.

Respecter le poisson

Il peut arriver qu’on doive remettre à l’eau un poisson trop petit ou protégé; il faut donc éviter de l’épuiser ou de le blesser. «Maintenez-le sous l’eau pendant que vous le mesurez et que vous enlevez le hameçon, pour qu’il puisse respirer, puis relâchez-le délicatement face au courant, indique le formateur. En principe, on ne devrait pas remettre un poisson à l’eau d’un pont ou d’un quai. Depuis une telle hauteur, cela peut causer des lésions internes.»

Ulysse, 28 ans, fait partie des candidats au brevet. Il se définit comme un «taquineur du dimanche»: «Pour l’instant, je pêche avec un permis journalier, confie-t-il. Mais la passion se transforme en nécessité d’obtenir un certain savoir-faire et de comprendre la législation. Je veux savoir comment œuvrer au bon respect des méthodes de pêche et de capture.»

Créé: 20.05.2015, 19h08

Un label contre la triche

C’est une démarche longue de deux ans qui s’est concrétisée mercredi, sur le bateau Lavaux ancré à Ouchy: désormais, les pêcheurs professionnels suisses pourront obtenir le label Suisse Garantie pour leurs poissons et leurs écrevisses sauvages. «L’impulsion est partie du lac Léman, explique Ilan Page, pêcheur sur le lac de Morat et président de l’ASRPP, l’association romande des professionnels de la branche. Mais elle a permis de fédérer toute la Suisse.»

Ces «fermiers» du lac ont pu compter sur l’appui de Prométerre pour déposer un projet auprès d’Agro-Marketing Suisse, qui gère le label. Mais les poissons d’élevage, par exemple les perches produites à Chavornay et à Rarogne (VS), ne pourront pas l’obtenir. «Il y a trop de tricheries sur les poissons de lac, affirme Ilan Page. Des filets de sandre du lac de Neuchâtel alors qu’on n’en pêche pas, de la féra achetée chez nos collègues français et vendue comme suisse, sans parler des filets de perche.» Ce dernier poisson, prisé, est souvent cause de soucis puisque les professionnels suisses ne peuvent fournir que 5 à 10% de la demande nationale.

Les pêcheurs vivent une époque difficile: leur nombre ne cesse de se réduire (87 en Suisse romande), trouver une cabane au bord du lac et un ponton devient une gageure. La concurrence de l’élevage et des importations est plus rude que jamais. «Nous devrions être considérés comme d’intérêt général», sourit Henri-Daniel Champier, président de l’association lémanique.
David Moginier

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