Créer le dialogue avec les transgenres

DiscriminationPréjugés et violences sont le quotidien d’une minorité qui ne demande qu’à être reconnue.

Effie Alexandra est responsable du groupe trans au sein de l’Association 360.

Effie Alexandra est responsable du groupe trans au sein de l’Association 360. Image: IVAN P. MATTHIEU

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En 1998 aux États-Unis, Rita Hester, une femme trans afro-américaine, est assassinée. Depuis, une journée de commémoration, en souvenir de toutes les personnes transgenres tuées et de celles qui souffrent des conséquences de la transphobie, est organisée dans différentes villes du globe.

En Suisse, comme dans d’autres pays, aucune statistique officielle ne recense les agressions commises à l’encontre de cette population puisque la loi ne reconnaît pas ce type de violence. Cependant, l’estimation mondiale (non exhaustive) s’élève à 330 pour cette année. À Genève, plusieurs associations LGBT ont célébré l’événement le 20 novembre. «Une réussite», selon certains participants, qui insistent: les difficultés des personnes transgenres restent bien réelles.

La journée du souvenir trans s’avère un moment de commémoration et un moyen de sensibilisation de la population, qui méconnaît généralement les problématiques liées à la transformation d’un corps et au changement d’identité. «Quand on pense au mot transgenre, on s’imagine tout de suite un personnage satirique. Les gens croient, à tort, qu’être trans se remarque forcément.» Les premiers mots d’Effie Alexandra, responsable du groupe trans de l’Association 360, brisent les idées reçues.

Taux de suicide élevé

Les jeunes transgenres, qui s’interrogent sur leur identité, représentent une population à haut risque: le taux de suicide y est très élevé, avec un tiers de passage à l’acte. Aux Pâquis, une structure, nommée Refuge Genève, les accueille. «Depuis l’ouverture en 2015, nous avons accompagné 280 adolescents dont 90 se définissent comme trans ou non binaires. Cette population occupe 80% de notre temps», souligne Alexia Scappatricci, coordinatrice du service et éducatrice. Leur principale bête noire? Le regard de leur famille et de la société. «Passer son temps à expliquer et justifier qui l’on est s’avère un véritable obstacle pour certains», affirme-t-elle.

Effie Alexandra abonde en ce sens. «Imaginez devoir énoncer votre sexe de naissance, votre orientation sexuelle ainsi que votre identité de genre à chaque nouvelle rencontre, que cela soit chez le dentiste, pour souscrire à un abonnement de téléphone ou pour se présenter à un nouveau job. Votre vie privée devient l’affaire de tous.»

Les jeunes qui cherchent de l’aide au Refuge Genève ont généralement entre 16 et 22 ans. Le plus souvent, ils sont en situation de rupture familiale et/ou scolaire. «On essaie au maximum de travailler avec leurs parents afin de recréer du dialogue», indique l’éducatrice. Les incompréhensions peuvent être grandes entre un enfant et ses parents. Alexia Scappatricci explique que si l’enfant a déjà parcouru un long chemin intérieur avant d'extérioriser sa volonté de changement, les parents vivent cette annonce comme une bombe. «Le décalage entre eux prend alors l’apparence d’un fossé», signale-t-elle.

Savoir communiquer

Pour les travailleuses sociales, la communication reste la meilleure arme pour combattre l’ignorance et les préjugés. Point positif au Refuge Genève: toutes les familles contactées par la structure ont accepté de dialoguer. Le taux de suicide tombe sous la barre des 10% lorsque les jeunes sont épaulés et soutenus par leurs proches. «Il y a une réelle méconnaissance du sujet. La personne ne se transforme pas, mais se rapproche dans son apparence du genre ressenti, et ce n’est pas que corporel», déclare Alexia Scappatricci.

Pour les adultes transgenres, les embûches sont différentes mais tout aussi nombreuses. «Chaque année, je reçois une trentaine de personnes qui se sont fait agresser. Cela va des insultes aux violences physiques, en passant par les menaces», note Effie Alexandra. Porter plainte ne va pas de soi. Car ces personnes craignent pour leur sécurité. En état de choc, elles n’osent pas aller raconter leur histoire aux policiers, souvent peu formés sur la question. Et si une plainte est déposée, elle le sera uniquement sous la catégorie agression, et non agression à caractère transphobe. «Le problème vient des institutions. Nous ne pouvons pas continuer à être ignorés par ces dernières», ajoute la travailleuse sociale. À noter que la transphobie n’est pas prise en compte dans la prochaine initiative du 9 février 2020, qui vise à criminaliser la discrimination homophobe.

Jugement de la société

Au-delà des problèmes rencontrés, l’identité pose aussi bien des questions dans une société où les catégories de genre ont des limites bien définies. Effie Alexandra explique qu’il y a autant de façons d’être un homme, une femme ou aucun des deux, qu’il y a d’êtres humains. Il en va de même pour les personnes transgenres, pour qui la palette s’avère très large.

«Un changement de nom peut suffire pour certains. D’autres iront jusqu’à la transformation physique intégrale. Cela n’en fait pas moins des hommes et des femmes complets, remarque-t-elle. Le terme transsexuel réduit la personne à un changement de sexe. Le mot transgenre, même s’il est issu d’un terme médical, est revendiqué par une grande partie de la population trans. Il fait référence au processus de vie où il y a un changement, ou une déconstruction de genre. Le problème n’est pas la transition en elle-même mais le jugement que la société porte sur ces gens», affirme encore Effie Alexandra.

Créé: 01.12.2019, 19h02

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