Une djihadiste vaudoise, mère de famille, est déchue de sa nationalité

TerrorismePour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la nationalité suisse est retirée à une femme. Cette trentenaire se trouve dans un camp en Syrie avec ses filles.

Sahila F. et ses deux filles, Malika* aujourd’hui âgée de 13 ans et Kamar*, 7 ans, ont rejoint la Syrie et l’État islamique via l’Italie, la Grèce et la Turquie.

Sahila F. et ses deux filles, Malika* aujourd’hui âgée de 13 ans et Kamar*, 7 ans, ont rejoint la Syrie et l’État islamique via l’Italie, la Grèce et la Turquie. Image: DR

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«La nationalité suisse de Madame Sahila F.*, née le 25 mars 1989, de nationalité suisse et française, originaire de Berolle, actuellement sans domicile connu, est retirée.» Cette notification est annoncée dans la dernière Feuille officielle fédérale, parue le 31 décembre. La décision des autorités du pays, respectivement du Secrétariat d’État aux migrations (SEM), est historique, comme le révèlent nos confrères du «Tages-Anzeiger».

Surtout parce que Sahila F. est la première femme et seulement la deuxième personne depuis la Seconde Guerre mondiale à se voir déchue de sa nationalité. En septembre 2019, le SEM a aussi privé de sa double nationalité un Turco-Suisse, condamné par le Tribunal pénal fédéral pour appartenance à Daech. À noter que le retrait de la nationalité n’est possible que si la personne concernée en possède une autre. Sinon, la Suisse «créerait» des apatrides, et c’est proscrit par le droit international. Ajoutons que l’expatriation de Sahila F. n’est pas encore définitive. La trentenaire a 30 jours pour faire appel auprès du Tribunal administratif de Saint-Gall.

Une première depuis septante ans

La décision du SEM est d’autant plus exceptionnelle qu’en Suisse, les dernières expatriations ont eu lieu dans les années 1940 à 1947 dans un autre contexte. Durant ces années de guerre, la Confédération a privé quelque 80 citoyens helvétiques de leurs droits civils, dont plusieurs femmes et enfants. Pour quelles raisons? Dans la plupart des cas, ils avaient été actifs sous le régime nazi. Ensuite, dès 1952, la possibilité d’expatriation est entérinée dans la nouvelle loi sur les droits civils. Cependant, le paragraphe ne sera plus jamais appliqué. Et encore moins à propos du terrorisme islamique. Le ton s’est durci depuis l’arrivée de Karin Keller-Sutter au Département fédéral de justice et police. Dès son entrée en fonction, la conseillère fédérale a fait preuve d’une forte détermination vis-à-vis des personnes suspectes d’être liées au terrorisme. De nouvelles possibilités juridiques ont été ouvertes. Ce n’est que récemment que le Conseil fédéral le précise dans une ordonnance: les raisons possibles pour l’expatriation incluent désormais «les délits graves dans le contexte des activités terroristes».

Fillettes kidnappées

Sahila F. fait la une des journaux depuis plusieurs mois. Jusqu’ici, il ne s’agissait pas tant de sa nationalité mais plutôt du retour de ses filles genevoises au pays qui, elles, conservent leur passeport à croix blanche. «Ces efforts se poursuivent sans relâche, explique le SEM. Jusqu’à présent, le retour des enfants échoue car la mère n’est pas prête à laisser partir ses enfants sans elle.» Selon le «Tagi», depuis qu’elle a été informée par Berne de la privation de sa nationalité suisse, Sahila F. se serait de nouveau radicalisée.

Mais replongeons dans l’histoire: Sahila F. naît à la fin des années 1980 et grandit à Genève. C’est là qu’elle mène sa scolarité et termine son apprentissage. Elle donne naissance à deux enfants. En 2016, à l’insu des deux pères qui vivent à Genève, la jeune mère kidnappe ses deux filles aînées: Malika* aujourd’hui âgée de 13 ans et Kamar*, 7 ans. Elle rejoint la Syrie et l’État islamique via l’Italie, la Grèce et la Turquie.

Sahila F. épouse ensuite un djihadiste tunisien qui a aussi grandi à Genève. Ensemble, sur place, ils auront une troisième fille. Deux ans plus tard, en 2018, le mari, pris pour cible lors d’une attaque de drone menée par la coalition internationale, meurt. Depuis, Sahila F. et ses filles sont captives des Forces démocratiques syriennes (FDS). Elles ont été transférées dans le camp de Roj, à l’extrême nord-est de la Syrie. Pour faire pression sur les États occidentaux, afin qu’ils rapatrient leurs compatriotes, les FDS diffusent des photos de prisonniers affamés vêtus d’orange. La stratégie ne fonctionne pas: le Danemark vient de refuser le rapatriement d’une trentaine d’enfants danois de parents de l’EI coincés en Syrie.

*Noms et prénoms connus de la rédaction

Créé: 03.01.2020, 19h10

Présumés rapatriés

C’est la première fois qu’un tel événement se produit. Ce jeudi, trois membres suspects du groupe État islamique (EI) ont été transférés de la Turquie vers la Suisse. Vers 17 heures, selon SRF, un vol régulier en provenance d’Istanbul les a rapatriés à Zurich. Il s’agirait de deux hommes et d’une femme d’une même famille. Le Ministère public de la Confédération (MPC) a ouvert une procédure pénale pour violation présumée de la loi qui interdit l’EI.

Selon les autorités turques, le rapatriement a eu lieu en coopération avec le Département fédéral des affaires étrangères. Les trois individus devront répondre de leurs actes devant le Tribunal pénal fédéral, mais ils n’ont pas été placés en détention. Le MPC précise encore que les personnes rentrées en Suisse «ne se trouvaient pas dans la zone de guerre et qu’on ne peut pas parler de rapatriés de l’EI». En Suisse, il y a environ 60 à 70 poursuites pénales contre des sympathisants terroristes. Des informations suivront la semaine prochaine.

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