«Le plus dramatique, c’est qu’ils étaient à 400 mètres d’être tirés d’affaire»

Drame d'ArollaPris dans une tempête, quatorze randonneurs ont passé la nuit dehors. Six sont morts. Récit.

Quatorze randonneurs n'ont pas réussi à atteindre la cabane des Vignettes et ont dû passer la nuit dehors. Quatre d'entre eux n'ont pas survécu, cinq se trouvent dans un état critique.

Quatorze randonneurs n'ont pas réussi à atteindre la cabane des Vignettes et ont dû passer la nuit dehors. Quatre d'entre eux n'ont pas survécu, cinq se trouvent dans un état critique. Image: WIKIPEDIA

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De mémoire de sauveteur, on n’avait jamais vécu une situation de pareille ampleur dans les Alpes valaisannes. Surpris par la tempête et des vents à plus de 80 km/h, six randonneurs sont morts de froid, quatre autres sont dans un état grave. Au total, ils sont quatorze à avoir passé la nuit dehors, à plus de 3270 m d’altitude. Pascal Gaspoz était dans le premier hélicoptère de la compagnie Air-Glaciers qui s’est rendu sur place lundi. «Le plus dramatique, raconte-t-il, c’est qu’ils étaient au niveau de la prise d’eau de la cabane, à 300 ou 400 mètres d’être tirés d’affaire.» Dans leur calvaire, ils n’ont même pas pu donner l’alarme pendant la nuit.

«C’était un peu avant 7 heures ce matin, des randonneurs partis de la cabane des Vignettes nous ont informés qu’ils avaient entendu hurler une personne qui leur demandait d’appeler les secours», détaille le guide sauveteur. Soudain, en survolant le val d’Hérens en direction du lieu de l’accident, ce n’est pas une mais soudainement quatre à cinq personnes qui lui sont signalées dans un état critique. Sur place, le gardien de la cabane des Vignettes, lui aussi guide de montagne, s’active pour organiser les secours.

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«Quand je suis sorti de l’hélicoptère, j’ai immédiatement vu que six personnes étaient inconscientes, toutes en état d’hypothermie entre la vie et la mort», poursuit Pascal Gaspoz. Une première victime est découverte, vraisemblablement des suites d’une chute. La gravité de la situation déclenche une opération exceptionnelle. Sept hélicoptères, dont des renforts venus d’Air Zermatt et de la Rega, seront dépêchés sur place. Près d’une vingtaine de guides et médecins sont mobilisés.

La cabane devient un hôpital

La cabane des Vignettes se mue alors en poste médical avancé. Le réfectoire devient un hôpital, où les blessés sont triés puis évacués. «Je ne peux que reconnaître l’admirable travail effectué par les gardiens. Nous, nous sommes préparés à ces situations, mais pour eux, le choc émotionnel est énorme.» A ce moment-là, il reste encore un espoir. Le CHUV, l’Hôpital de l’Île à Berne et les hôpitaux valaisans reçoivent ces patients dans un état critique. Trois d’entre eux n’y survivront pas, malgré la rapidité des secours. Leur identité n’est pas connue mais le groupe était composé de skieurs français, allemands et italiens. Pascal Gaspoz a beau être un professionnel entraîné, il confie: «On ne sort jamais sans être touché par un sauvetage.» Pour les autres randonneurs qui étaient sur place, une cellule psychologique a été mise en place.

«On ne sort jamais sans être touché par un sauvetage»

Qu’a-t-il bien pu se passer? Une enquête a été ouverte mais ce que l’on sait c’est que les quatorze randonneurs sont partis dimanche de la cabane des Dix (voir l’infographie). Un premier groupe était composé de dix personnes, dont un guide. Une deuxième cordée de quatre leur a emboîté le pas. Tous étaient sur le célèbre itinéraire de la Haute Route, allant de Chamonix à Zermatt. Une course qui se parcourt en cinq à sept jours. De la cabane des Dix à celle des Vignettes, l’itinéraire franchit la région dite de «La Serpentine». Une immense étendue glaciaire, toujours au-dessus de 3000 mètres, juste sous le sommet du Pigne d’Arolla. C’est vraisemblablement là-haut que la météo a brutalement changé, mêlant la neige, le vent et faisant chuter les températures. Avec le vent, le froid ressenti a pu être de -30 degrés, ou pire encore. Il ne restait plus que la descente à effectuer, mais dans ce lieu où se mêlent falaises et crevasses, impossible de tenter l’itinéraire à l’aveugle quand le brouillard gomme la limite entre ciel et terre. Le secteur est connu pour être traître. Fin avril 2014, deux frères jurassiens disparaissaient dans cette zone lors d’un entraînement en vue de la Patrouille des Glaciers. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. (24 heures)

Créé: 30.04.2018, 21h01

Secteur redouté par les guides

Le drame s’est déroulé sur le parcours de la Haute Route, soit la traversée entre Chamonix (F) et Zermatt (VS), qui s’effectue entre cinq et sept jours. L’itinéraire ne demande que peu de technique. «Il faut avoir un niveau de ski correct et pouvoir marcher six ou sept heures par jour», précise Lionel May, président de la société des guides de Verbier. Le lieu de la tragédie est le plus compliqué du parcours. «Il s’agit d’un plateau glacé et exposé au vent. Quand il n’y a pas de visibilité, il devient très compliqué de s’y repérer», explique le guide valaisan. Les randonneurs ont été pris dans une tempête de vent, «très courante ici, d’après le spécialiste. Mais cela se complique quand il y a des précipitations». Les malheureux sont restés bloqués toute la nuit, près de la cabane des Vignettes. «Sur la Haute Route, nous ne sommes pas équipés pour dormir dehors, poursuit Lionel May. C’est une situation extrême qui ne doit pas arriver.» Un seul guide faisait partie du groupe de dix. «Nous ne prenons pas plus de six clients par personne, précise le guide de Verbier. Au dessus, cela devient ingérable dès que le temps se dégrade.» JCU

Tués au Mönch

Un autre drame de la montagne a coûté la vie à deux jeunes alpinistes dans la région du Mönch, côté valaisan. Ils étaient portés disparus depuis dimanche soir. Des secours ont été immédiatement dépêchés sur les lieux. En raison des mauvaises conditions météorologiques, les recherches n’ont été que partiellement possibles. Les deux hommes n’ont été retrouvés que lundi matin. L’équipe des secours n’a pu que constater leur décès. Ils n’ont pas survécu en raison du froid et de leur épuisement, estime la police bernoise. Les victimes sont un homme de 21 ans du canton de Berne et un homme de 22 ans du canton de Bâle-Campagne. Selon les premières informations disponibles, ils étaient montés sur le Mönch via la Lauperrippe et redescendus sur l’arête nord-est en direction de l’Eigerjoch. ATS

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