L’échec du bloc populiste recentre le Grand Conseil

Élections cantonalesMême si elles se sont renforcées, ni l’Entente ni l’Alternative ne seront majoritaires seules. L’UDC et le MCG ne pèsent toutefois plus que dix-neuf sièges.

Image: Keystone

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C’est un joli coup de sac que les Genevois ont décidé de donner, dimanche, à la politique cantonale. Après une législature frustrante par la tripolarisation du Grand Conseil – Entente, Alternative et bloc populiste – c’est une configuration parlementaire plus habituelle qui est sortie des urnes. Certes, aucun des sept partis représentés aujourd’hui n’a mordu la poussière, mais le MCG a perdu neuf de ses vingt sièges, alors que l’UDC en a égaré trois dans la bataille électorale. Ensemble, ils n’en possèdent désormais plus que dix-neuf, contre 31 en 2013.


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Assez mécaniquement, et puisque aucune nouvelle liste n’est parvenue à franchir l’obstacle du quorum (7% des voix), ce sont l’Entente et l’Alternative qui se renforcent. La première dispose de 40 élus, la seconde de 41. La progression du PLR (+4) et du PDC (+1) va en effet de pair avec celle de l’Alternative. Les Verts retrouvent des couleurs (+5), le PS se ragaillardit (+2) et Ensemble à Gauche sauve sa peau, qui plus est en conservant ses neuf députés.

Un pouvoir à partager

En rebrassant ainsi les cartes, le peuple change la dynamique du parlement. En revanche, il ne donne à personne les clés du royaume. Il faudra composer avec des adversaires politiques hors de son alliance pour former des majorités. Dossier par dossier ou sur la base d’un miniprogramme négocié.

Le conseiller d’État Pierre Maudet – grand vainqueur du jour grâce à sa réélection au premier tour – a immédiatement appelé les partis gouvernementaux (PS, Verts, PLR, PDC et, techniquement, MCG) à jouer le rôle de «leaders»: «Avec cette élection, le Grand Conseil devrait se libérer des positions de partis qui polluaient inutilement le débat», estime-t-il.

Même affaibli, le MCG reste malgré tout dans le jeu. «D’un point de vue théorique, la troisième force peut continuer à faire les majorités si on s’installe dans un affrontement gauche contre droite habituel, prévient Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’Université de Genève. La grande différence, c’est que les trois blocs n’auront plus du tout le même poids.»

L’avenir n’est cependant pas écrit, et encore moins du fait qu’on est à Genève. «Si l’on assiste à une bagarre entre gauche et droite, l’apport du MCG ou de l’UDC restera indispensable pour que l’un ou l’autre camp passe l’épaule, poursuit le politologue. Mais il existe aujourd’hui une ouverture pour mener une politique modérée de centre droit ou de centre gauche. Pour arriver à cela, il faudra que les partis gouvernementaux trouvent des accords. Enfin, une autre possibilité est que le MCG vote presque systématiquement avec la gauche.»

Selon Pascal Sciarini, la déconvenue populiste du jour met Genève sur le même plan que les autres cantons romands: «Contrairement à la Suisse alémanique, où l’UDC fait facilement 30% des voix dans les cantons, le populisme s’impose plus difficilement en Suisse romande, comme on le voit par exemple en Valais ou à Neuchâtel. Les résultats de dimanche ne font finalement que renforcer cette particularité romande.»

L’argent ne fait pas tout

Enfin, le professeur se dit réconforté par le fait que les formations qui ont mis énormément d’argent dans la campagne n’en ont pas tiré profit. Il pense bien entendu au MCG, mais surtout à Genève en marche (GeM), qui n’a pas atteint les 7% de suffrages indispensables malgré le million de francs dépensé.

Cet échec, qui est en premier lieu celui d’Éric Stauffer, est l’autre fait marquant de ces élections. Il est du reste lié au recul du MCG puisque, indéniablement, GeM (4,1% des suffrages) a dû mordre en partie dans son électorat. Outre Éric Stauffer, rappelons que la liste de GeM comptait deux autres députés sortants, Ronald Zacharias et Pascal Spuhler, également anciens élus du MCG.

Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans un focus sur Ensemble à Gauche (EàG). Minée par une scission et une querelle interne à SolidaritéS, la formation à la gauche du PS a réellement sauvé les meubles en engrangeant 7,83% des voix. Sentant le vent du boulet, ses militants ont tout donné en fin de campagne.

Il faut croire que leurs efforts ont convaincu leur électorat de se mobiliser suffisamment pour maintenir la députation à flot. En dépit de fréquents différends avec leur remuant cousin de gauche, socialistes et écologistes n’étaient pas les derniers à se féliciter de la performance d’EàG. Une réaction normale puisque l’Alternative a besoin de ses trois composantes au Grand Conseil pour faire jeu égal avec l’Entente.

Conseil d’État déterminant

Aujourd’hui connue, la nouvelle configuration du Grand Conseil ne suffit toutefois pas pour déterminer quelle dynamique animera la politique genevoise ces cinq prochaines années. Cette dernière dépendra beaucoup de la composition du gouvernement, que l’on ne connaîtra que le 6 mai.

Si l’Entente maintient son emprise en conservant quatre élus sur sept et que la gauche en reste à deux conseillers d’État, l’équilibre des forces au sein de l’Exécutif sera très différent de celui du Législatif. Cela n’aboutirait pas forcément à un désastre mais provoquerait inévitablement des tensions.

L’hypothèse d’un rééquilibrage politique du Conseil d’État est aussi envisageable. Avec trois élus de gauche et trois de droite, plus le MCG Mauro Poggia, on serait proche de la composition du Grand Conseil. En théorie, cela devrait mettre de l’huile dans les rouages des relations entre les deux institutions. En pratique, bien malin qui dira avec certitude que ce sera le cas.

À gauche, on commence aussi à rêver de reconquérir une majorité au Conseil d’État et de placer quatre candidates et candidats. À l’exception des années 30, un tel cas de figure n’est apparu qu’une seule fois, et uniquement le temps d’une législature. C’était en 2005. En conséquence, et même si mathématiquement la chose est possible, cette issue n’est pas la plus probable. On en saura un peu plus lundi soir sur les intentions des partis pour le second tour, puisque tous tiendront des assemblées. (24 heures)

Créé: 15.04.2018, 22h58

Résultats du premier tour de l’élection du Conseil d’État

Majorité absolue: 49 007 voix.
Second tour le 6 mai.


1. Pierre Maudet
(PLR) 50 177 voix,
élu

2. Mauro Poggia
(MCG) 43 724

3. Serge Dal Busco
(PDC) 40 834

4. Antonio Hodgers
(Les Verts) 40 750

5. Anne Emery-Torracinta
(PS) 33 347

6. Thierry Apothéloz
(PS) 32 980

7. Nathalie Fontanet
(PLR) 31 503

8. Sandrine Salerno
(PS) 30 014

9. Luc Barthassat
(PDC) 27 133

10. Alexandre de Senarclens
(PLR) 22 819

11. Marjorie de Chastonay
(Les Verts) 20 365

12. Yvan Rochat
(Les Verts) 19 812

13. Yves Nidegger
(UDC) 19 573

14. Jocelyne Haller
(Ensemble à Gauche) 17 771

15. Éric Stauffer
(Genève en Marche) 13 406

16. Salika Wenger
(Ensemble à Gauche) 12 100

17. Ana Roch
(MCG) 10 597

18. Jean Burgermeister
(Ensemble à Gauche) 10 125

19. Thomas Bläsi
(UDC) 9798

20. Ronald Zacharias
(Genève en marche) 9394

21. Willy Cretegny
(Prospérité maîtrisée) 9154

22. Daniel Sormanni
(MCG) 8914

23. Stéphane Florey
(UDC) 7455

24. Susanne Amsler
(Vert’libéraux) 7299

25. Jérôme Fontana
(Vert’libéraux) 7227

26. Magali Orsini
(Liste pour Genève) 4892

27. Paul Aymon
(Santé) 3853

28. Thierry Vidonne
(PBD Genève) 3600

29. Pierre Gauthier
(Liste pour Genève) 3398

30. Axel Amberger
(Rien pour pas grand-chose) 3132

31. André Leitner
(PBD Genève) 1986

* Résultats définitifs enregistrés hier soir à 18 h 40.

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