À l’énoncé du verdict, la salle applaudit et hurle: «Assassin»

Meurtre de SemharL’ancien chauffeur de taxi a été reconnu coupable et condamné à 20 ans de prison, une peine assortie d’une mesure d’internement.

La cour présidée par la juge Isabelle Cuendet.

La cour présidée par la juge Isabelle Cuendet. Image: Dessin Patrick Tondeux

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La défense plaidait l’acquittement, le procureur demandait la prison à vie pour celui qu’il considérait comme étant l’assassin de la petite Semhar, morte par strangulation le 23 août 2012 à l’âge de 12 ans. Six ans d’instruction, dix jours d’audiences publiques devant le Tribunal criminel pour déboucher sur ce verdict à quitte ou double.

C’est la double peine qui l’a emporté. Celle des juges, condamnant le prévenu de 42 ans à 20 ans de prison et à une mesure d’internement; celle de la salle bondée, majoritairement féminine, qui a hurlé à plusieurs reprises «Assassin» au moment où ce dernier rejoignait entre deux gendarmes sa cellule du Palais de justice. Contre lui, ce ressentiment communautaire qui, d’une même voix, peu avant 10h30 ce vendredi matin, a prononcé son bannissement définitif.

Du jamais vu dans une cour criminelle. Une salle blanche comme on le dit d’une marche organisée à la mémoire d’une victime. Les membres de la diaspora éthiopienne et érythréenne, venus en nombre soutenir la famille qui s’était constituée partie civile, portaient un tee-shirt sur lequel avait été imprimé le portrait de Semhar et ce message en trois mots: «Justice pour l’innocence».

Plus de 150 personnes vêtues ainsi ou exhibant un pin’s à la boutonnière qui montrait la même chose. L’ouverture de la galerie n’a pas suffi pour permettre aux retardataires d’entrer. À l’extérieur, la police, très présente, s’est déployée comme s’il s’agissait de contenir une manifestation qui ne cessait de grossir. Du jamais vu, oui, dedans et dehors.

Lecture du jugement

Il en faut plus pour impressionner la présidente du Tribunal criminel, Isabelle Cuendet. Sa lecture du jugement, des motivations orales à l’énoncé du dispositif, en demandant à l’accusé de se lever, se déroule pendant 45 minutes dans un silence de cathédrale. Ici et là, des sanglots maternels étouffés, en écho au rappel des faits criminels.

La tension est palpable, c’est elle qui réunit tous les acteurs de ce procès hors du commun. Et cette phrase, qui finit par les séparer: «Un faisceau d’indices convergents permet d’exclure le doute quant à l’implication de l’auteur dans le meurtre de Semhar.» C’est bien lui, aux yeux des juges professionnels, qui est passé à l’acte comme il en avait pris l’habitude avec d’autres femmes, pour assouvir ses pulsions sexuelles, «souvent et rapidement», en choisissant à chaque fois des «cibles vulnérables». Au point de jeter son dévolu sur une enfant, puis de la tuer pour «couvrir son homicide». Le mobile ajoute à la cruauté: «Le tribunal retient la qualification juridique d’assassinat.»

Les efforts de la défense

En écartant ce «doute concret et raisonnable», maintes fois évoqué par la défense qui n’a pas ménagé ses efforts, plaidant à deux voix, Me Spira et Me Hayat, pendant près de huit heures pour démonter la culpabilité de leur client, soulignant que «la présomption d’innocence avait été malmenée dès le départ», que l’émotionnel de cette affaire avait égaré les enquêteurs sur le terrain de la subjectivité, alors qu’il aurait mieux valu s’en affranchir et ne retenir que les éléments objectifs et techniques. «C’est une condamnation par défaut que l’on vient de prononcer», notent-ils, fustigeant au passage cette «émotion communautaire qui aboutit à la volonté de condamner».

Une lourde condamnation, certes, mais couvrant, aux yeux des juges, une période pénale très longue, allant de 2004 à 2012. Les viols commis à l’encontre des anciennes compagnes, plusieurs dizaines de fois, souvent à la limite de l’aggravante de la cruauté, ont été retenus contre l’agresseur, à l’exception d’une seule victime.

Dangerosité avérée

«Une gradation s’est même opérée dans les violences; elles ont perduré jusqu’à l’arrestation du prévenu», insiste la présidente, avant de détailler les traits récurrents de son comportement très contrôlant, qui s’immisce dans la vie de ses victimes jusqu’à les isoler, qui les menace et les séquestre, les frappe et les viole. Elle ajoute: «Sa collaboration à l’enquête a été nulle. Sa prise de conscience est inexistante, il n’a cessé de nier les faits, de mettre la police sur de fausse pistes. Sa responsabilité est pleine et entière.» Et sa dangerosité avérée.

Jugé et condamné pour l’ensemble de son œuvre en somme, en retenant l’hypothèse de l’expert psychiatre. Lequel préconisait une mesure d’internement à partir du moment où le Tribunal décidait de retenir l’ensemble des actes commis dont le nombre, à lui seul, renseigne sur le risque élevé de récidive.

Vers un nouveau procès

Internement prononcé. «Il n’était pas acquis, commente Me Assaël, partie plaignante dans ce procès. Je suis soulagé pour la famille, qui a enduré de longues audiences, affrontant un accusé figé dans ses positions, d’une froideur rarement vue dans un prétoire, ne pleurant qu’à une seule reprise, mais sur lui-même exclusivement, lorsqu’il a parlé de ses conditions de détention.»

La défense a décidé de faire appel. Ce qui est normal, son client ayant pris, pour le dire vite, le maximum. Un nouveau procès pourrait avoir lieu cette année encore, dans le courant du mois de décembre.

Créé: 22.06.2018, 14h55

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