Erwin Sperisen réclame plus d'un million de tort moral s'il est acquitté

Troisième procèsL'ex chef de la police du Guatemala, condamné deux fois à la prison à vie, demande une lourde indemnisation à l'Etat.

Mes Gorgio Campa et Florian Baier avocats de l’accusé, Erwin Sperisen, à droite.

Mes Gorgio Campa et Florian Baier avocats de l’accusé, Erwin Sperisen, à droite. Image: Patrick Tondeux

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Erwin Sperisen ne répondra plus à aucune question. C’est ce qu’il a déclaré à l’occasion de son troisième procès qui s’est ouvert lundi à Genève. «Pendant cinq ans, tout ce que j’ai dit a été retourné contre moi», explique celui qu’on appelle «le Viking» et qui a été, de 2004 à 2007, directeur de la police nationale civile du Guatemala (PNC). Non seulement il ne dira rien mais il réclame, en cas d’acquittement, un million de francs à titre de tort moral de la part de l’État de Genève ainsi que 350'000 francs pour sa famille.

Le binational de 47 ans, sa femme et ses trois enfants vivent depuis le début de la procédure, en 2011, grâce à l’aide de l’Hospice général et du père du prévenu, ambassadeur du Guatemala auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Erwin Sperisen a été condamné deux fois à la prison à vie par la justice genevoise pour l’assassinat de dix prisonniers, notamment dans la prison de Pavon. En septembre 2006, lors d’une grande opération médiatisée, les autorités du Guatemala et les forces de l’ordre ont voulu remettre au pas un pénitencier dans lequel les détenus avaient pris le pouvoir. La justice genevoise a estimé que, dans le cadre de cette reprise en main, Erwin Sperisen a fait exécuter les meneurs sans autre forme de procès et l’a condamné pour cela. L’homme a toujours plaidé l’acquittement. Il a malgré tout été condamné deux fois. Mais un arrêt du Tribunal fédéral (TF) rendu l’été dernier a changé la donne.

De tueur à garant

Si les juges de Mon-Repos admettent que les dix prisonniers ont certainement été exécutés et ne sont pas morts au cours d’une lutte avec les forces de l’ordre, ils considèrent en revanche que les juges genevois n’ont pas pu prouver le lien entre ces exécutions et l’accusé Sperisen. Les éléments à charge sont branlants, les témoignages contradictoires ou lacunaires… Bref, le «Viking» n’a pas eu droit à un procès équitable. La justice genevoise doit reprendre sa démonstration à zéro afin que le résultat soit plus solide, plus convaincant et ne laisse plus aucune place au doute. La Chambre pénale d’appel et de révision y arrivera-t-elle? C’est tout l’enjeu de ce troisième procès.

Tout en se disant convaincu, comme au premier jour, de la culpabilité d’Erwin Spersen dans les dix assassinats qui lui sont reprochés, le premier procureur Yves Bertossa, demande à pouvoir modifier son acte d’accusation. Il veut y introduire une notion subsidiaire au cas où la principale accusation ne serait plus retenue. En tant que chef de la police, explique le procureur, le prévenu avait un rôle de garant à l’égard des prisonniers: «Il devait veiller à leur intégrité physique et psychique». Or, «en laissant le champ libre aux tueurs, en ne prenant aucune mesure pour empêcher le commando d’exécuter les détenus», Erwin Sperisen n’a pas joué ce rôle. Il serait donc responsable de ces assassinats. Une «commission par omission», selon la terminologie juridique.

Cadre contraignant

La Chambre pénale d’appel et de révision a rejeté cette requête comme toutes celles de la défense (Mes Giorgio Campa et Florian Baier) en expliquant que toute modification du cadre de la procédure est impossible. La Chambre est désormais tenue par l’arrêt du TF de juin 2017 et sa marge de manœuvre réduite. Le procès se poursuit mardi avec les premiers témoins. (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 18h46

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.