A Genève, les «fous» défilent pour mieux se faire connaître

ManifestationLa première «Mad Pride» de Suisse a rassemblé plus d’un millier de personnes entre la gare et Plainpalais. Tour d'horizon.

Vidéo: Georges Cabrera

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La première «Mad Pride», littéralement fierté des fous furieux, s’est déroulée ce jeudi à Genève, organisée par la Coraasp, soit l’association faîtière romande d’action en santé psychique. Plus d’un millier de personnes se sont retrouvées à 15 heures sur la place des 22-Cantons, et ont défilé jusqu’à la plaine de Plainpalais en passant par Bel-Air, perturbant passablement les lignes TPG entre les arrêts Coutance et Stand.

«Soyons fous, soyons nous!» scandent régulièrement des petits groupes dans la foule, tandis que la troupe des musiciens sur échasses Zanco guide un cortège tout vêtu de rouge dans lequel se démarquent des costumes carnavalesques. Certains manifestants portent des entonnoirs sur la tête. «La maladie mentale est un dysfonctionnement biologique: les gens n’y peuvent rien. Les personnes atteintes de psychose n’ont pas le petit frein qui permet de rationaliser une angoisse. Elles tournent en rond, entendent des voix, surréagissent», vulgarise Cécile Comina, directrice de l’association lausannoise CROEPI, qui s’occupe des personnes à l’AI en raison de troubles psychiques.

Un jeune homme tient une pancarte «Stop psychophobie». «Avant, j’avais des préjugés sur les gens à l’asile, puis j’ai fait un burn-out, et m’y suis retrouvé.» Plus loin, une quinquagénaire a inscrit sur sa banderole: «Votre mépris n’est pas à la hauteur des effets secondaires que vous nous infligez.» Le mépris du corps médical ou de la société? «De tous. On nous parque dans des boulots inutiles alors qu’on a des capacités. Et les médicaments mal dosés nous rendent amorphes», fulmine-t-elle. Un groupe de jeunes filles rigolent. «On s’est connues à l’unité médicale», explique Rudy, 18 ans. «Je suis borderline», déclare l’une. «Et moi bipolaire», raconte une autre. Ce qui les aide? Les «groupes de parole» proposés par l’institution où elles sont soignées, ainsi que l’art-thérapie.

Adei, 42 ans, évoque une tentative de suicide en 2004, puis une remontée de la pente suite à un «travail en EMDR (ndlr: thérapie de désensibilisation par les mouvements occulaires) sur les traumas», à la prise de médicaments et à «l’apprentissage de l’affirmation de soi». Son masque à plusieurs visages représente les différentes émotions que son hypersensibilité lui fait vivre intensément.

Corinne est heureuse de la Pride: «Je trouve la démarche super. Les troubles psychiques peuvent arriver à tout le monde. Les groupes de soin m’ont aidée à identifier mes émotions: avant je ne ressentais que la colère, maintenant j’identifie d’autres émotions, et les exprime sans m’emporter. À l’époque j’étais hospitalisée dix fois par année, maintenant ça fait trois ans que je vais bien. Je ne prends plus de médicaments et je ne me coupe plus!» sourit-elle en montrant d’anciennes et nombreuses taillades sur les bras. Si plusieurs sont d’avis qu’être fou n’est pas une «fierté», ils estiment qu’il est important de montrer qu’ils existent et qu’ils ne sont pas de «dangereux psychopathes comme au cinéma».

Créé: 10.10.2019, 19h21

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