A Genève, ils font ménage à trois dans un deux-pièces

LogementTrois Genevois racontent comment ils vivent entassés dans leur minuscule appartement dans la ville où la densité est extrême.

Dans le salon (à g.) dort la colocataire, tandis que la chambre (à d.) est occupée par le couple Ida et Mat. Ils ont appris à s’organiser pour cohabiter au mieux.

Dans le salon (à g.) dort la colocataire, tandis que la chambre (à d.) est occupée par le couple Ida et Mat. Ils ont appris à s’organiser pour cohabiter au mieux. Image: Pierre Abensur

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«Bienvenue! C’est petit, mais on peut bouger.» Ida nous ouvre la porte de son appartement de 28 m2 au cœur du quartier des Eaux-Vives. Dans ce deux-pièces où elle vit depuis trois ans, son petit ami, Mat, l’a d’abord rejointe, puis une amie en difficulté. Sans compter les deux chats et deux chiens. Ce drôle de ménage installé dans un si petit espace illustre, à l’extrême, la densité de la population en ville de Genève, la plus forte de Suisse (lire encadré).

«Mes amis appellent mon appartement l’armoire! rit la locataire de 27 ans, mais on s’y sent bien.» Sans doute parce que les occupants ont appris à s’organiser et se font tout petits. Dans la chambre d’à peine 10 m2, Mat se faufile le long du mur pour s’asseoir sur le lit, faisant office de bureau grâce à l’ordinateur fixé à la structure, et surmonté d’une mezzanine dédiée au débarras, faute de cave. «J’ai la chance d’avoir des plafonds hauts!» remarque Ida, résolument positive.

Pour dormir, c’est gérable. Mais pour vivre? «On mange sur le lit ou sur la table du salon, parce qu’il n’y a pas de place dans la kitchenette», poursuit Ida. Quant au salon, il se transforme la nuit en chambre à coucher pour la colocataire, qui déplie alors le canapé.

La rue, la pire voisine

Les trois Genevois n’ont heureusement pas de problème de cohabitation. «On fait ce qu’il faut pour ne pas étouffer, mais cela ne peut pas durer», reconnaît Mat. Le trio recherche un appartement plus grand depuis des mois. Une véritable quête du Graal, comme toujours à Genève. «En attendant, on entasse…»

Les deux fenêtres du logement donnent aussi directement sur une rue passante. «On entend les gens qui parlent sur le trottoir. Une nuit, j’ai tout appris sur la vie sexuelle d’un jeune qui téléphonait!» ironise Ida. Cette promiscuité-là, elle s’en passerait bien.

Prônée par les pouvoirs publics, la densité est-elle bien vécue par les habitants? «Comme souvent, il faut un juste équilibre, répond Maxime Felder, chercheur au Département de sociologie de l’Université de Genève. La densité est supportable dès le moment où elle est choisie et où il est possible d’y échapper.» C’est le cas avec la ville de Genève, où la moyenne est de 12 660 habitants au km2: en sortant de chez soi, il est facile d’accéder à pied ou en transports publics aux commerces, aux parcs, au lac, ou de rejoindre la campagne rapidement. D’ailleurs, l’attractivité d’un des quartiers les plus denses, les Pâquis (27 588 résidants au km2), s’explique par ses accès facilités.

L’environnement compte

«Les gens appréhendent souvent la qualité de vie que leur permet leur logement pas seulement par rapport à son environnement, mais aussi par rapport aux lieux auxquels il donne accès.»

Les chiffres ne doivent pas faire peur, relativise le chercheur. «Genève se situe dans le peloton de tête des villes européennes en termes de densité de la population, mais l’effet négatif est moindre sur ses habitants», nuance-t-il. Bref, le poids de la densité est vécu différemment selon son environnement.

Le mode de vie joue aussi un rôle. «Dans la plupart des immeubles du centre-ville, il y a au moins un appartement dont les occupants sont en déplacement professionnel, en visite dans leur famille, ou dans leur résidence secondaire. L’occupation est donc relative.» On se sentirait moins les uns sur les autres.

Maxime Felder étudie l’impact de la densité sur les voisins. Pour cela, il mène depuis plusieurs mois des entretiens avec 50 ménages, afin de définir si les types de relations, entre anonymat et familiarité, sont compatibles avec la qualité de vie.

* Chiffres de l’OCSTAT en 2015.

Créé: 25.07.2016, 10h21

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