Les «gilets jaunes» ont gagné leur pari genevois

RevendicationsIls n’étaient qu’un peu plus de mille sur la place des Nations, mais la manifestation pacifiste a permis au mouvement de faire entendre ses critiques sur la répression.

Le rassemblement s'est déroulé dans une ambiance bon enfant.
Vidéo: Lorraine Fasler, Aymeric Dejardin

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Genève peut cesser de trembler. Infirmant les craintes exprimées ces derniers jours, la manifestation des «gilets jaunes» français qui s’est déroulée mercredi matin sur la place des Nations n’a provoqué aucun débordement. C’est au contraire dans une ambiance bon enfant – en dépit de la gravité des propos – que le rassemblement s’est tenu. En provenance d’un peu partout en France, un bon millier de manifestants sont venus exiger le droit de manifester sans avoir à craindre «la répression policière et judiciaire».

En présentant l’image d’un mouvement capable d’organiser un événement totalement pacifique, les «gilets jaunes» gagnent leur premier pari. Mais ce n’est pas le seul. L’objectif de la journée était de dénoncer la violence de la répression subie depuis le 17 novembre, de la documenter et de saisir la communauté internationale de la problématique. Là encore, le dépôt en début d’après-midi d’un dossier au Haut-Commissariat des droits de l’homme permet aux «gilets jaunes» de marquer un point. Bien qu’il n’y ait aucune garantie pour la suite.

Effrayant bilan des victimes

Organisateur responsable de la manifestation, Nicolas Mollier, qui vit à Albertville, dit «espérer une aide et une réaction des Nations Unies». «On est face à une répression policière et judiciaire totalement disproportionnée, enchaîne Shirelle David. Il y a eu 2000 blessés, dont 200 grièvement.»

Les blessures, ce sont cinq mains arrachées, vingt personnes éborgnées et 189 blessures à la tête. Il y a également eu des décès: un lors d’une manifestation et dix en marge des mobilisations. Le bilan côté justice est aussi impressionnant: 316 «gilets jaunes» en prison, 1550 en attente de procès, 1800 condamnations et 8400 personnes arrêtées. La liste fait froid dans le dos, et lorsque la foule entonne «La Marseillaise», les paroles de cette chanson guerrière prennent une étrange résonance.

Un témoignage fort

Ce ne sont évidemment pas forcément les fauteurs de troubles qui se retrouvent blessés. Alain Hoffmann, ancien militaire de carrière, était à Paris le 1er décembre près de l’arc de Triomphe. Porteur d’un gilet jaune mais également d’un brassard blanc, cet homme qui dit «ne cautionner aucune violence» a été atteint au cou par le tir d’un LBD 40, cette fameuse arme non létale de fabrication helvétique.

«À ce moment-là, je réglais mon appareil photo, précise-t-il. J’ai été atteint à la carotide. Sans l’aide d’un jeune homme qui s’est immédiatement porté à mon secours, j’aurais pu y rester. Je sais que ce sont des CRS qui m’ont tiré dessus, pas des gendarmes. Je ne fais pas d’amalgame.»

Dans un bref discours, Jean Burgermeister, député d’Ensemble à Gauche, exprime son indignation «de voir la Suisse, un pays soi-disant neutre, vendre à la France ces armes qui servent à éborgner des manifestants». L’élu est l’un des rares politiciens du cru présents.

L’appui de Jean Ziegler

Lui est un ancien conseiller national, mais sa notoriété en fait un orateur toujours très écouté. Jean Ziegler, membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme, est assailli par les journalistes dès qu’il se présente. «Je suis certain qu’il y aura une démarche de mes collègues du Conseil car il y a manifestement une violation de plusieurs des droits de l’homme», assure-t-il.

Les manifestants l’espèrent. Pour se donner du courage, ils forment une chaîne humaine tout autour de la place. La police, elle, se fait extrêmement discrète. On aperçoit à peine quelques uniformes en faction près d’un arrêt de bus. Cette manière de faire est très appréciée des «gilets jaunes»: «En France, on aurait eu mille policiers pour nous accueillir, commente un manifestant. Inévitablement, cela fait monter la tension.»

Peu avant midi, une petite délégation se rend devant le portail donnant accès à l’enceinte du siège des Nations Unies. Après discussion avec le service de sécurité, il apparaît que c’est au Haut-Commissariat des droits de l’homme, sis au Palais Wilson, que le dossier doit être remis. La délégation se met donc en route.

À midi pile, coup de sifflet: «C’est l’heure, fin de la manifestation», annonce le service d’ordre, La foule se disperse aussitôt. Dans le calme.

Créé: 20.02.2019, 19h45

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