Le Grand Genève disposera de sa propre monnaie

EconomieLes premiers lémans seront imprimés cet été et lancés le 18 septembre.

Jean Rossiaux, l’un des principaux porteurs du projet: «Nous créons un pouvoir d’achat destiné exclusivement au bassin de vie lémanique.»

Jean Rossiaux, l’un des principaux porteurs du projet: «Nous créons un pouvoir d’achat destiné exclusivement au bassin de vie lémanique.» Image: Pierre Abensur

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Cette fois, c’est sûr. Le Grand Genève disposera de sa propre monnaie: le léman. Les nouveaux billets seront émis durant l’été et lancés en primeur lors d’Alternatiba Léman – le grand festival des alternatives aux changements climatique à Plainpalais – les 18, 19 et 20 septembre. Comment fonctionneront-ils? Qui pourra les utiliser? Les explications de Jean Rossiaud, un des principaux porteurs du projet.

Jean Rossiaud, pourquoi créer une nouvelle monnaie alors que notre région en a déjà deux? – Le léman sera une monnaie locale complémentaire. Son objectif n’est pas de remplacer l’euro ou le franc suisse, mais d’inciter les habitants et les entreprises à relocaliser leurs achats au sein de la région. En faisant circuler des lémans, nous créons un pouvoir d’achat destiné exclusivement au bassin de vie lémanique.

Comment fonctionnera-t-elle? – Le léman sera à la fois fondé sur le nantissement et le crédit mutuel. Plus concrètement, les usagers pourront soit acheter des lémans à partir d’euros ou de francs suisses et les utiliser comme n’importe quelle autre monnaie auprès des commerces qui les acceptent, soit échanger des biens et des services sans les payer sur-le-champ, mais en créditant et débitant virtuellement le montant de la transaction au vendeur et à l’acheteur. Le vendeur pourra ensuite réinvestir la somme gagnée chez un autre utilisateur de la monnaie.

Quel sera le taux de change?

– Nous avons décidé d’adopter la parité entre les trois monnaies jusqu’au 10 octobre. Par la suite, un léman égalera un euro. Comme dans la plupart des commerces suisses, les prix sont également libellés en euros, cela donnera automatiquement le prix en lémans.

A quoi ressembleront les lémans?

– Nous voulons éviter les grosses coupures pour se prémunir des faussaires. Nous n’avons pas encore arrêté le graphisme, mais nous avons plusieurs pistes avec des dessinateurs de la région.

Où pourra-t-on s’en procurer?

– Nous allons probablement imprimer entre 150 000 et 200 000 lémans cet été. Les billets seront achetables dans certains bureaux de change agréés. Concernant le crédit mutuel, les unités de crédit et de débit seront comptabilisées sur le site Internet de la monnaie.

Qui pourra utiliser cette monnaie?

– Tous les particuliers ainsi que toutes les entreprises et collectivités publiques de la région. Mais ils devront d’abord adhérer à la communauté de paiement, soit l’association Léman Monnaie. En intégrant celle-ci, le prestataire de biens ou de services s’engage à respecter notre charte, inspirée de celle de la Chambre de l’économie sociale et solidaire.

Combien de personnes ont déjà intégré la communauté de paiement?

– La communauté de paiement sera officiellement lancée demain. Nous avons calculé que, compte tenu de notre bassin de population, il faudrait au minimum entre 200 et 300 utilisateurs pour que la monnaie puisse démarrer. Une cinquantaine d’entreprises de part et d’autre de la frontière nous ont déjà fait part de leur intérêt.

Mais quel sera l’intérêt pour les consommateurs et les entreprises d’utiliser cette monnaie plutôt qu’une autre?

– Pour les consommateurs, elle aura une fonction de label. Elle garantira que le service ou le bien payé sert l’économie locale et ne s’envole pas sur les marchés financiers. Pour les entreprises, le crédit mutuel permet de travailler même quand on manque de liquidités. C’est aussi l’occasion de fidéliser une clientèle.

Les lémans pourront-ils être changés par la suite contre des euros ou des francs suisses?

– Il sera possible d’échanger des lémans contre des euros, mais uniquement ceux qui sont sur support papier et moyennant une petite commission. Cette dernière vise à inciter les membres de la communauté à trouver des partenaires au sein du réseau et d’inciter d’autres personnes à le rejoindre. (24 heures)

Créé: 07.07.2015, 09h06

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Plusieurs communes intéressées

Jean Rossiaud est formel. Pour qu’une monnaie complémentaire fonctionne, il faut qu’elle s’appuie sur un large réseau d’usagers, dont quelques grosses entreprises et, idéalement, des collectivités. Au sein du Grand Genève, plusieurs communes se sont déjà dites intéressées à intégrer la communauté de paiement du Léman. C’est notamment le cas de la Ville de Genève, de Carouge et d’Annemasse.

«Le premier intérêt du projet est de renforcer les institutions responsables et de dynamiser le commerce local, relève enthousiaste Nicolas Walder, conseiller administratif carougeois. Et dans notre commune, nous avons beaucoup de commerces de proximité.»

Reste à savoir ce que ferait Carouge de ses lémans. «Nous pourrions par exemple les accepter pour le paiement des repas aux cantines scolaires ou des entrées de piscine, puis les redistribuer lorsqu’on subventionne une manifestation, cela obligerait ainsi les organisateurs à faire appel à des entreprises locales, avance le magistrat. Il est également envisageable de verser une partie des salaires en lémans, mais il faudrait vraiment, dans ce cas, que le réseau de membres soit suffisamment large et diversifié pour offrir une vraie alternative économique.»

De son côté, le maire d’Annemasse, Christian Dupessey, met en avant que l’utilisation d’une monnaie unique au sein de la région renforcera l’identité du Grand Genève. «En utilisant cette monnaie, les habitants contribueront à la construction de leur région et se rapprocheront de ce qu’il se produit sur leur territoire», relève-t-il.

Les Annemassiens ne sont toutefois pas novices dans le domaine. Il y a trois ans, une monnaie locale complémentaire, l’éco, a été lancée au sein d’Annemasse Agglo. Aujourd’hui, une centaine de commerces et près de 3000?personnes utilisent cette nouvelle unité d’échange.

Selon Christian Dupessey, le léman pourrait avoir davantage d’impact au sein de la population compte tenu du territoire plus important qu’il couvrira. C.G.

La monnaie sera créée en France

Les billets de lémans seront très certainement créés en France. «En juin 2014, la France a adopté une loi très novatrice sur l’économie sociale et solidaire, explique Jean Rossiaud. Elle est aujourd’hui un des rares pays au monde à s’être dotés d’une législation spécifique facilitant la création de monnaies complémentaires.»

Si pour la Banque de France, ces monnaies n’ont pas cours légal, elles doivent néanmoins être validées par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Celle-ci apprécie au cas par cas si leur mise en circulation nécessite l’agrément de leur émetteur en qualité d’établissement de crédit. Les situations divergent selon les supports.

Le crédit mutuel sera, lui, basé sur la législation suisse. C.G.

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