Les vacanciers menacés par une grève à Cointrin

GenèveSkycontrol, un syndicat des contrôleurs aériens dans le canton, annonce un arrêt de travail d'une semaine dès le 23 juillet.

L'espace aérien contrôlé par Genève est un des plus complexes d'Europe.

L'espace aérien contrôlé par Genève est un des plus complexes d'Europe. Image: Lucien Fortunati

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Colère parmi une partie des contrôleurs aériens genevois et craintes chez les voyageurs. Le syndicat Skycontrol a remis mardi un préavis de grève à la direction de Skyguide, l’entreprise en charge de la surveillance de l’espace aérien suisse. Le syndicat refuse la convention collective de travail (CCT) proposée par l’employeur ce jour, un texte pourtant âprement débattu depuis que la précédente CCT a échu, en décembre 2016.


Lire l'éditorial: Effet domino dans l'aviation


La Chambre des relations collectives de travail (CRCT) a même été sollicitée ces trois derniers mois pour chapeauter les négociations. Trois syndicats ont dans la foulée accepté la nouvelle CCT, mais pas Skycontrol.

Parmi les revendications de ce syndicat, deux ne sont pas négociables, dit-il dans un communiqué: 125 jours de repos par an pour les aiguilleurs du ciel et une augmentation annuelle de salaire de 1,8% pendant trois ans. Skycontrol prévoit de débrayer une semaine durant dès le 23 juillet, à raison de quatre heures le premier jour, puis huit heures, puis toute la journée jusqu’au vendredi 27 juillet. Un mouvement reconductible, prévient-il.

«Jusqu’au bout, on a essayé de trouver une solution. La grève ne nous fait pas plaisir, on est suisse, apolitique, on avait saisi la CRCT», indique Maximilien Turrettini, président de Skycontrol. «Mais il est devenu compliqué d’exercer notre métier car le nombre de contrôleurs n’augmente pas au même rythme que le trafic aérien.»

Seuls contre tous

L’espace contrôlé depuis le canton, souligne Maximilien Turrettini, au cœur de l’Europe, est un des plus complexes à gérer. L’an dernier, 720 264 vols ont été surveillés depuis Genève, un record. Un jalon a d’ailleurs été fixé dans le canton: pas plus de 43 vols par heure ne doivent transiter par l’espace genevois; au-delà, c’est trop. L’été, ce seuil est régulièrement atteint.

La plupart des membres de Skycontrol travaillent dans le centre de contrôle de Genève – un grand espace sombre jouxtant le tarmac – mais aussi dans les aéroports de Sion, Emmen, Lugano et Granges. Le groupe revendique près de 200 membres. Dans un vote électronique organisé par la CRCT, 77% d’entre eux ont refusé la CCT et soutiennent la grève. Ils sont seuls contre tous.

En Suisse et à Genève, trois autres syndicats ont en effet accepté, assez largement, la CCT proposée par Skyguide. Aerocontrol, le syndicat des aiguilleurs de Zurich et ses environs (le principal avec Skycontrol), a dit oui à 84%. APTC, représentant du personnel de la tour de contrôle à Cointrin (celui qui gère les mouvements sur le tarmac là où le centre de contrôle s’occupe des avions qui transitent dans le ciel), a acquiescé à 64%. Le syndicat PVP, des militaires, et les contrôleurs non syndiqués y ont également adhéré. En outre, à l’aéroport de Sion, les contrôleurs membres de Skycontrol ont indiqué qu’ils ne comptaient pas suivre le mouvement de leur syndicat

Du côté de Skyguide, on semble interloqué. «Contrôler l’espace aérien en Suisse, c’est un métier exigeant, qui demande une grosse responsabilité, mais les contrôleurs bénéficient de très bonnes conditions, parmi les meilleures en Suisse», affirme Myriam Käser, porte-parole de Skyguide. Selon les règlements de l’entreprise, ils ne travaillent pas plus de 35 heures par semaine, avec des pauses de trente minutes toutes les deux heures.

Le budget du groupe émane surtout des taxes payées par les compagnies qui occupent l’espace aérien helvétique. Des redevances plus onéreuses que dans les espaces voisins. À la fin de 2017, la société aurait ainsi recensé 562 contrôleurs, soit 78 de plus qu’en 2008, selon Skyguide.

«Totalement disproportionné»

Le groupe a publié l’an dernier un chiffre d’affaires de 470 millions de francs, mais son résultat d’exploitation a affiché une perte de 10,5 millions. Les charges du personnel représentent 70% de ses coûts. Domicilié à Meyrin, il recense près de 600 salariés à Genève et appartient à 99% à la Confédération.

EasyJet, qui a dû annuler de nombreux vols au départ de Cointrin récemment (lire ci-dessous), n’a pas souhaité faire de commentaires mardi. Lundi, en marge d’une rencontre avec la presse, ses cadres nous indiquaient qu’ils suivaient le dossier de près. Genève Aéroport a annoncé que l’impact d’une grève au milieu des vacances estivales, émanant d’une minorité de contrôleurs, serait «totalement disproportionné». Cointrin invite les passagers à consulter son site Internet ou à prendre contact avec leur compagnie aérienne.

«Les conséquences négatives du comportement de quelques individus militants pour nos clients et partenaires – en particulier l’aéroport de Genève, les compagnies aériennes et les passagers – seraient extrêmement regrettables», indique Urs Lauener, chief operating officer de Skyguide, dans un communiqué. (24 heures)

Créé: 10.07.2018, 18h10

Impact difficile à mesurer

Difficile de mesurer l’impact d’un arrêt de travail des membres de Skycontrol car plusieurs facteurs peuvent jouer un rôle, du nombre de grévistes aux capacités d’absorption des compagnies et des aéroports.
Mais le fait que les contrôleurs qui menacent de faire grève soient responsables des avions qui ne font que transiter par l’espace aérien genevois doit rassurer les passagers, selon Bernard Comensoli, consultant spécialisé en aviation à Genève. «Si la tour de contrôle, qui gère les atterrissages et les décollages à aéroport, avait fermé, l’impact aurait été bien plus important pour les passagers de Cointrin», estime Bernard Comensoli.

«Des compagnies peuvent être plus touchées que d’autres, notamment celles qui volent à flux tendu, comme EasyJet», ajoute l’expert. La compagnie à bas coût, touchée par des grèves similaires à Marseille ces derniers week-ends, a été amenée à annuler de nombreux vols à travers le continent. Un groupe comme Swiss en revanche, qui opère une trentaine de vols par jour depuis Genève contre une septantaine pour EasyJet, est moins susceptible d’être touché car il a plus de marge.

Le fait que les grévistes annoncent leur mouvement à l’avance devrait enfin permettre à Eurocontrol, l’organisme qui supervise le trafic aérien en Europe, de trouver d’autres voies pour contourner l’espace surveillé par Genève, estime Bernard Comensoli. De son côté, André Schneider, directeur de Genève Aéroport, a indiqué qu’il allait tout mettre en œuvre pour atténuer l’impact d’une grève chez Skyguide. R.ET.

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