Les héritiers du roi de la bière belge retrouvent 60 millions à Genève

JusticeUne avocate d’affaires comparaît ce lundi, accusée de s’être appropriée 815'000 actions d’une famille milliardaire.

En 2004, l’avocate a sorti les actions d’un coffre au Luxembourg.

En 2004, l’avocate a sorti les actions d’un coffre au Luxembourg. Image: Patrick Tondeux

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C’est un mystère de quinze ans qui entoure la famille la plus riche de Belgique: les deux frères Bailo de Spoelberch recherchent 815'000 actions AB InBev, du nom de l’empire brassicole dont ils sont les héritiers. La valeur de ces actions, disparues en 2004, dépasse aujourd’hui 60 millions de francs.

«Ceux qui l’ont côtoyée décrivent une femme très intelligente et tenace, «une lionne» quand il s’agit de se défendre»

Et voilà qu’elles surgissent au cœur d’un procès qui s’ouvre ce lundi devant le Tribunal correctionnel. Une avocate d’affaires de 57 ans est attendue à la barre. Ceux qui l’ont côtoyée décrivent une femme très intelligente et tenace, «une lionne» quand il s’agit de se défendre. Elle travaillait au service de la famille milliardaire. Sur elle pesaient de lourds soupçons, mais jusqu’à leur réapparition à Genève, jamais aucune juridiction n’était parvenue à mettre la main sur les dizaines de milliers de certificats papiers volatilisés.

Mari séduisant et flambeur

Au commencement, il y a une famille belge possédant Interbrew, la plus grande brasserie du monde, aujourd’hui rebaptisée AB InBev. Le groupe détient des bières populaires aux quatre coins du monde, entre la belge Leffe, la mexicaine Corona ou Löwenbräu en Allemagne notamment. Chiffre d’affaires: 54,6 milliards en 2018.

Le dossier qui va occuper les tribunaux genevois démarre bien plus tôt. En 2004, la vicomtesse Amicie de Spoelberch, héritière de l’empire brassicole, perd son mari, Luka Bailo, un homme plus jeune, séduisant flambeur qui a fait fortune dans l’immobilier. Il a deux fils d’un premier mariage, aujourd’hui dans la quarantaine, tous deux adoptés par la vicomtesse belge.

À cette époque, une avocate gère les affaires de la famille domiciliée au Luxembourg. Quelques jours après la mort de Luka Bailo, alors qu’Amicie de Spoelberch est malade, l’avocate familiale se rend au coffre détenu par la famille dans une banque du duché et s’empare de 915'000 titres au porteur Interbrew qui y sont déposés.

Le parcours de ces actions devient alors nébuleux. Initialement, la mission confiée à l’avocate consistait à les porter à Amicie de Spoelberch afin qu’elle en fasse don à ses enfants adoptifs. Mais un élément troublant va surgir: sur une enveloppe, la vicomtesse signe une déclaration selon laquelle elle fait don de ces actions à son avocate. La générosité de l’octogénaire va plus loin encore puisqu’elle valide un testament qui fait de cette même avocate la légataire universelle de tous ses biens. Amicie de Spoelberch est âgée, endeuillée et surtout affaiblie dans sa santé. Alors quand un notaire est chargé d’officialiser ces documents, il doute, demande à rencontrer la vicomtesse, qui lui déclare ne pas avoir compris les actes signés. Le testament sera détruit.

Et les 915'000 actions? D’autres éléments étonnants surgissent dans l’affaire, à l’image d’une déclaration signée par l’un des fils héritiers affirmant qu’il a bien reçu les actions du groupe brassicole. Plus tard, devant la justice, ce même héritier dira qu’il s’agit d’un faux. Quoi qu’il en soit, en 2012, les frères Bailo de Spoelberch – ils vivent entre Bruxelles et Genève – mandatent l’avocat genevois Pierre de Preux en raison de la disparition de 815'000 titres Interbrew leur appartenant (les 100'000 titres restants ont bien été restitués).

Commence alors la bataille judiciaire devant les tribunaux du Luxembourg. En 2016, l’avocate d’affaires est condamnée à 25 mois de prison, dont 15 avec sursis, pour tentative d’escroquerie en raison du testament qu’elle a fait faire à Amicie de Spoelberch (entre-temps décédée). Sur la question des actions disparues, le tribunal acquittera l’avocate de l’accusation de vol, de faux et usage de faux au bénéfice du doute. En somme, les actions restent introuvables.

Son nom dans la presse

L’affaire aurait pu connaître son épilogue si la presse ne s’était pas intéressée à ce procès. Au Luxembourg, les chroniqueurs judiciaires ont pour habitude d’écrire en toutes lettres les noms des accusés (ce qui n’est pas le cas en Suisse), si bien que l’avocate d’affaires n’échappe pas à l’identification.

Dans les banques suisses, où l’on s’intéresse de près à l’actualité financière et économique, ce nom va éveiller des soupçons. À raison, puisque plusieurs établissements identifient des comptes actifs au nom de cette femme. Rapidement, les banques adressent des annonces de soupçons de blanchiment d’argent au MROS, le bureau de communication en matière de blanchiment d’argent, rattaché à l’Office fédéral de la police.

S’ouvre alors une vaste enquête financière au terme de laquelle le Ministère public genevois parvient à retrouver les centaines de milliers d’actions sorties du coffre des Bailo de Spoelberch en 2004. Pour le Parquet, ces titres ont été ventilés dans des dizaines de sociétés offshore dont l’avocate était l’ayant droit aux quatre coins du globe. Singapour, Panama, Porto Rico, Dubaï…

Arrêtée dans un port grec

La femme d’affaires, elle, apprend au cœur de l’été 2017 que ses déboires judiciaires ne sont pas terminés. Elle se trouve dans un port, en Grèce quand la police lui passe les menottes. Les charges qui pèsent contre elle: blanchiment d’argent aggravé. Le mandat d’arrêt international est signé de la main de la procureure genevoise Josepha Wohnrau (qui a instruit l’affaire, mais vient de quitter le Ministère public). Depuis, la quinquagénaire a passé dix mois à Champ-Dollon. Pour le reste, son passeport étant confisqué, elle n’a pas pu quitter la Suisse, dans l’attente de son procès qui s’ouvre à Genève ce lundi.

Le chemin exact pris par ces 815'000 actions émergera-t-il enfin? Qu’il s’agisse des plaignants ou de la prévenue, les avocats gardent le silence avant l’ouverture des débats. Quelle que soit la décision de la justice, l’avocate sera ensuite remise aux autorités du Luxembourg, où elle est attendue pour purger une peine de neuf mois de prison.

Créé: 27.11.2019, 18h36

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