L’industrie des sociétés offshore passent par des banques genevoises

Panama PapersA Genève, des groupes financiers apparaissent au bout de nombreuses affaires mises au jour depuis dimanche soir.

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Tout devait avoir changé. Depuis dimanche pourtant, nombre d’affaires opaques récentes mises au jour par les révélations des «Panama Papers» aboutissent à des comptes ouverts dans des établissements bancaires genevois.

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La Suisse apparaît en deuxième position des places bancaires, derrière Hongkong, dans lesquelles les intermédiaires financiers ont le plus recouru aux services de Mossack Fonseca, ce cabinet panaméen spécialisé dans la constitution de sociétés paravents. Ils représentent plus du sixième de toutes les entités répertoriées par l’ICIJ. Dans le peloton de tête des banques ayant eu recours à Mossack Fonseca figurent Safra Sarasin Luxembourg, Credit Suisse Channel Islands, HSBC Private Bank (Suisse) et la succursale de la rue du Rhône d’UBS.

La BCGE épinglée

Guère attendue dans ce marigot, la Banque Cantonale de Genève (BCGE) apparaît au détour de documents sur un compte ouvert en 2012 au bénéfice de l’ancien ministre de la Défense géorgien David Kézérachvili. Visé par une enquête pour corruption, ce dernier est sous le coup d’un mandat d’arrêt d’Interpol un an plus tard. Des révélations qui rappellent les activités sensibles de la banque: en Géorgie mais aussi en Azerbaïdjan, où elle collabore avec la banque Pasha.

Au sein de la BCGE, on ne souhaite pas évoquer en détail cette affaire, tout en soulignant que «toutes les obligations légales et de contrôle avaient été remplies, conformément à la législation applicable». La banque dit n’avoir «jamais participé à des montages de nature fiscale ou à la constitution de sociétés offshore pour ses clients», ceci en raison de son statut d’établissement public.

Deutsche Bank, Baring ou CBH

Ni la banque Baring Brothers Sturdza (qui se nomme désormais Banque Eric Sturdza) ni la Compagnie Bancaire Helvétique (CBH) n’ont souhaité «commenter les informations publiées dans les médias», en invoquant le secret bancaire. Rappelons que la Baring hébergerait depuis 2007 le compte d’une société contrôlée par l’ancien joueur de football Michel Platini, récemment suspendu par la FIFA de toutes ses activités liées au football.

Quant à la CBH, c’est sa filiale des Bahamas qui est sur la sellette: une société appartenant au majordome et homme de confiance de Jean-Marie Le Pen, Gérald Gérin, serait abritée à Nassau, où travaillent une quinzaine de collaborateurs de la CBH (sur un total de 160).

Enfin, la filiale genevoise de la Deutsche Bank gérerait des sociétés appartenant à trois des quatre enfants de Mian Nawaz Sharif, premier ministre du Pakistan. Ces détails ont été révélés par la Süddeutsche Zeitung, le journal allemand qui a reçu les fichiers des «Panama Papers».

«La surveillance en cause»

A la suite de ces révélations, la FINMA – l’autorité de tutelle du secteur – a annoncé dès lundi l’ouverture d’enquêtes afin de déterminer dans quelle mesure les banques ayant utilisé les services de Mossack Fonseca avaient enfreint la loi. «Le cœur du dispositif antiblanchiment est mis en cause, et l’Autorité de surveillance ne peut se contenter de sanctionner les manquements par de légères amendes anonymes, comme elle en a l’habitude», dénonce pourtant l’association Déclaration de Berne.

Plusieurs banquiers soulignent combien ce recours massif aux offshore – souvent utilisées comme un outil marketing – appartient à une époque révolue, lorsque la majorité de la clientèle étrangère ne déclarait pas ses comptes suisses au fisc.

Quid cependant des clients les plus sensibles – les «PEP» ou «Personnes exposées politiquement» dans le jargon? Les révélations des «Panama Papers» contrastent avec la nouvelle ère dans laquelle les banques disent être entrées. Ces dernières années, des centaines de personnes ont été recrutées par des services de «compliance» – leur police interne – et les formulaires à remplir avant d’accepter un client sont toujours plus nombreux: «Form A», «Form K», «Form T»…

«Vous ne trouverez aucun client PEP qui ne soit pas formellement en règle, au terme de la constitution d’un dossier très artificiel rempli de formulaires et de certificats mais passant à côté de la réalité du personnage», avoue un cadre passé par plusieurs départements de compliance. «Tout revient à une lutte de pouvoir entre les chargés de clientèle qui poussent à accepter le client – leur rémunération en dépend – et les chargés de la compliance», poursuit ce dernier. Qui ne fait pas mystère du sens dans lequel penche la balance.

Créé: 07.04.2016, 07h37

Panama Papers


Les données secrètes de quelques 215'000 sociétés offshore ont été obtenues par la «Süddeutsche Zeitung», qui les a partagées avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). En Suisse, l’opération coordonnée par la cellule enquête du «Matin Dimanche» et de la «SonntagsZeitung», paraît simultanément dans «24 heures», «La Tribune de Genève», le «Tages-Anzeiger» et le «Bund».

Ces deux dernières années le nombre des sociétés écrans fermées a dépassé le nombre des sociétés nouvellement créées, selon les chiffres clés publiés sur le site du Consortium des journalistes.

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