Les juges ont fait parler la victime de l’étrangleur

ProcèsLe Tribunal a diffusé un enregistrement dans lequel la compagne du tueur, enceinte de lui, se plaint de violences et d’humiliations.

L’accusé dans son box au tribunal.

L’accusé dans son box au tribunal. Image: DR

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«Mais qu’est-ce que je t’ai fait?!... Ça continue, ça recommence… Ça faisait trente fois que je te disais d’arrêter, p… de m…!» Scène d’une rare intensité émotionnelle, jeudi au Palais de justice de Besançon (Fra). La diffusion publique d’un enregistrement où la voix de la victime d’un crime est perceptible n’est pas exceptionnelle dans les tribunaux de l’Hexagone, contrairement aux prétoires suisses. Dans l’affaire du Français de 37 ans jugé depuis la veille pour avoir mortellement étranglé sa compagne, Maéva, une Vaudoise âgée de 30 ans, en janvier 2017 dans leur appartement d’Yverdon – tout en abandonnant leur bébé, découvert 18 heures plus tard par la mère de la victime –, les deux parents de cette décoratrice étaient présents dans la salle d’audience.

Le malaise était décuplé par la voix de l’étrangleur, Aurélien*, que l’assistance a entendu répondre sur un ton moqueur à celle qui était en pleurs, minimisant les reproches qui lui étaient faits par Maéva. Alors enceinte de huit mois en ce dimanche soir de mai 2016, cette dernière – visiblement à bout de forces – se plaignait d’avoir reçu des coups au ventre et sur les dents, et subi toutes sortes d’humiliations.

Le Français n’a pas semblé déstabilisé par ce document extrait de son téléphone portable: «Ce soir-là, elle est sortie de ses gonds. J’ai tendance à l’embêter, à la piquer. Elle était fatiguée, et moi j’avais parfois des comportements inappropriés.» Plus tôt dans la journée, cet ex-apprenti cuisinier à l’accent du Midi (devenu chauffeur-livreur et magasinier) concédait avoir «un humour lourd». Mais aussi avoir serré le cou de la Vaudoise «pendant plusieurs dizaines de secondes», d’une seule main. Voire une minute, à en croire la reconstitution de la scène de strangulation menée deux mois et demi après son crime.

Cinq jours avant le dimanche du meurtre, Maéva avait fait part à Aurélien de sa décision de rupture définitive. Elle lui avait donné un délai au mardi suivant pour quitter l’appartement. Le Français a répété devant ses juges qu’il n’avait aucune intention de la tuer en l’étranglant alors qu’ils se disputaient au sujet de leur séparation sur le canapé du salon. «Je n’ai pas pensé qu’elle était décédée, même pas évanouie», a-t-il lancé, plein d’assurance, pour justifier ses deux jours de cavale en France.

Plus tôt lors de son interrogatoire, le trentenaire parlait de la victime comme d’une «mère formidable». «J’espère un jour avoir la chance de le dire de vive voix à mon fillot», a précisé celui que les experts psychiatre et psychologue ont décrit à la barre comme manipulateur narcissique (sans qu’il s’agisse pour autant de traits pathologiques).

«Au nom de cette famille, je tiens à m’excuser de tous les torts. Je ferais n’importe quoi pour la faire revivre», déclarera par la suite à la Cour le père du tueur. Originaire d’Andorre, le retraité domicilié dans le sud-ouest de la France n’est pas allé voir son fils en prison. «Je ne l’ai pas contacté. J’irai le voir quand le moment sera venu. J’ai beaucoup souffert, et j’en souffre encore…» Le verdict sera connu vendredi dans la soirée.

(24 heures)

Créé: 14.03.2019, 22h28

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