Kurdes interpellés à Genève: «On se sent trahi!»

GenèveLes Musa, fratrie kurde de Syrie, ont été embarqués alors qu'ils étaient convoqués à l'office de la population. Une manifestation a eu lieu à l'aéroport.

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«La police a embarqué la fratrie Musa!» Nicolas Walder, président des Verts genevois, est sous le choc ce mardi matin. «Lundi soir Pierre Maudet a déclaré que la police ne ferait pas de zèle. On se sent trahi.»

Hazna, 22 ans, Slava, 24 ans et Walat Musa, 25 ans, des Kurdes de Syrie cherchant refuge en Suisse (lire: Trois Syriens trouvent refuge au temple des Pâquis) se sont rendus avec un groupe de soutien d’environ cent personnes mardi matin à l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM). Leur objectif était de faire tamponner, comme chaque mois depuis leur arrivée, des papiers prouvant ainsi qu'ils ne se sont pas évaporés dans la nature.

Arrêtés sur le parking

«Pendant que plusieurs d’entre nous sommes entrés à l’OCPM pour obtenir un tampon, nous avons appris que des policiers en civil sont allés chercher vers 10 h 15 la fratrie qui se trouvait dans une voiture sur le parking. Nous avons vu partir la fourgonnette blanche. Tout cela était planifié!» dénonce Nicolas Walder. Sur place, des policiers qui encadraient le rassemblement n’ont pas pu répondre aux questions des protecteurs des Musa. «Nous avons essayé de joindre un commissaire qui nous a laissé sa carte: pas de réponse. Nous avons essayé de joindre Pierre Maudet: pas de réponse.»

La colère est palpable parmi les personnes venues soutenir la fratrie, Lisa Mazzone, conseillère nationale Verte, Solidarité Tattes ou encore Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation pour l’entre-connaissance. Tous ont décidé de se rassembler devant les bureaux du conseiller d’Etat en cette fin de matinée. C’est là qu’ils ont appris que la fratrie se trouvait peut-être déjà à l’aéroport en vue d’un renvoi en Croatie, premier pays où ils ont été enregistrés, selon les accords de Dublin.

«C'est un enlèvement!»

«C’est un enlèvement digne des services secrets pour des terroristes. Il est incroyable de voir les moyens mis en place pour renvoyer des requérants d’asile. C’est totalement disproportionné. Le rapport de confiance avec Pierre Maudet et ses services vole en éclats. Je suis choqué», témoigne Nicolas Walder.

«Nous sommes tous extrêmement touchés par cette famille déchirée, lâche Lisa Mazzone, qui était également à l'OCPM mardi matin lorsque la fratrie a été arrêtée par la police. Nous ne savons pas où ils ont été emmenés», ajoute-t-elle sans pouvoir confirmer s'ils se trouvent déjà à l'aéroport ou non. Devant les portes du département de Pierre Maudet, l'élue Verte demande «aux autorités genevoises et fédérales de ne pas renvoyer la famille Musa». Et les manifestants de scander : «Li-bé-rez les Musa! Li-bé-rez les Musa!»

Sandrine Salerno appelle elle aussi le Conseil d'Etat à revenir sur sa décision. «Car traiter cette demande d'asile en Suisse, permettre à cette fratrie de ne pas être séparée et renvoyée pour des raisons administratives, c'est faire preuve de bon sens et d'humanisme, écrit la conseillère administrative sur sa page Facebook. C'est aussi démontrer que nous sommes un canton où l'on applique le droit avec humanité. [...].»

Le Département ne commente pas

Contacté, le Département de la sécurité et de l’économie (DSE) rappelle qu'il ne commente pas les cas particuliers. Caroline Widmer, porte-parole de Pierre Maudet, indique cependant que «Monsieur Maudet a été interpellé directement par Lisa Mazzone lors d’une exposition publique qui a eu lieu hier soir sur la plaine de Plainpalais. Il lui a confirmé que dans ce cas ordinaire, comme dans beaucoup d’autres, aucuns moyens démesurés, ni contraintes, ne seraient employés à leur encontre, mais qu’il ne pouvait ni s’inscrire en dehors du cadre légal, ni s’immiscer dans l’opérationnel.»


Manifestation à l'aéroport

«On est presque sûrs que les Musa ne sont pas à l'aéroport aujourd'hui mais par cette action nous voulons montrer qu'on les suivra partout où ils iront, explique Juliette Fioretta, Solidarités Tattes, qui précise toutefois ne pas être à l'origine de la manifestation. Nous appelons les conseillers d'Etat à rompre la collégialité sur ce dossier au nom des valeurs humanistes.»

Vers midi, une cinquantaine de manifestants équipés de pancartes et de deux grandes banderoles ont investi la hall des départs de l'aéroport, scandant au milieu de voyageurs surpris: «Libérez les Musa! Stop aux renvois!» Le cortège a pris les escalators pour ensuite passer devant les contrôles des passagers et être enfin stoppé par la police.

Raccompagnés par les agents, les manifestants ont une dernière fois chanté leur opposition aux renvois avant de quitter l'aéroport. «Nous n'avons aucune information sur leur départ, explique une membre du comité de soutien. Nous craignons qu'ils partent demain matin avec un vol spécial qui doit aussi récupérer des personnes à Lausanne pour les renvoyer en Croatie.»

Un rassemblement a lieu mardi soir, dès 18h30 au temple protestant des Pâquis, pour «exiger l'arrêt immédiat de l'expulsion absurde et inhumaine des Musa», annonce Solidarités Tattes.

Dans un communiqué de presse, l'Eglise protestante de Genève «déplore les souffrances provoquées par une application stricte des accords de Dublin, qui ne tient que rarement compte de situations humanitaires particulières». A.D.-V.

Créé: 06.09.2016, 16h59

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