Lancy devient la première commune de Suisse à être labellisée bio

GenèveLa troisième ville du canton de Genève cultive tous ses espaces verts sans utiliser le moindre produit chimique.

Nicolas Hasler, chef du Service de l'environnement de Lancy, Damien Bonfanti, conseiller administratif et Sandrine Michaillat, cheffe du Service des espaces verts.

Nicolas Hasler, chef du Service de l'environnement de Lancy, Damien Bonfanti, conseiller administratif et Sandrine Michaillat, cheffe du Service des espaces verts. Image: Lucien Fortunati

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C’est une première suisse. La Commune de Lancy est labellisée bio depuis le début de l’année. Dans tout le pays, aucune collectivité publique n’avait auparavant obtenu le Bourgeon de Bio Suisse. La troisième ville du canton de Genève n’utilise plus le moindre produit chimique depuis janvier 2017 pour l’entretien de ses 55 hectares de parcs et espaces verts ni pour la production annuelle des 55 000 fleurs et plantes destinées à les aménager. Hormis les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève (CJB) et les Merian Gärten de Bâle, seules des entreprises agricoles, horticoles ou agroalimentaires avaient jusque-là eu droit à l’estampille bio.

Pour parvenir à ce résultat, les jardiniers de la Commune ont dû changer radicalement leur façon de travailler. Après avoir déjà renoncé depuis 2015 au glyphosate – cet herbicide classé comme cancérigène probable par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – ils se sont mis au désherbage manuel, ce qui a nécessité de revoir certains aménagements qui l’empêchaient. De plus, ils n’utilisent plus que des engrais organiques pour les massifs floraux et recourent à des prédateurs naturels pour lutter contre les insectes ravageurs. Lancy a même créé son propre compost et trouvé des graines bio pour ses cultures. Dans ce processus, la Commune a bénéficié des conseils et de l’expérience de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) et du Jardin botanique.

Deux ans de reconversion

Comme l’exige le cahier des charges de Bio Suisse, la reconversion s’est étalée sur deux années, le temps de garantir que la terre et les plantes soient complètement purgées de tout produit chimique. «Le principal défi a été de renoncer aux désherbants, confie la cheffe du Service des espaces verts de Lancy, Sandrine Michaillat. Désherber manuellement, c’est une lutte au quotidien. Il a aussi fallu faire de gros ajustements en termes de production florale pour trouver des plantes répondant aux critères de Bio Suisse, tout en continuant à offrir des massifs irréprochables aux citoyens.»

Le choix s’est porté sur des fleurs plus résistantes, qui nécessitent moins de soins et sont moins gourmandes en eau. Mais le chef du Service de l’environnement, Nicolas Hasler, assure que cela n’a pas modifié le visage de Lancy: «Il y a toujours des fleurs devant la mairie, même si ce ne sont peut-être pas les mêmes qu’avant.» Et le responsable de saluer l’engagement sans faille des équipes de jardiniers: «Sans vous, cela n’aurait pas été possible, leur lance-t-il. Il n’est pas si facile de se remettre en apprentissage pour s’initier à de nouvelles méthodes, surtout quand il faut essuyer les critiques des nombreux sceptiques.»

Pas de «greenwashing»

Cette reconversion au bio a été voulue par le conseiller administratif chargé de l’Environnement et du Développement durable, Damien Bonfanti. Après que le potager communal du parc Navazza-Oltramare est devenu 100% biologique, à l’initiative des jardiniers eux-mêmes, le magistrat a souhaité aller jusqu’au bout de la démarche et l’étendre à l’ensemble des espaces verts de Lancy. Ce qui n’allait pas forcément de soi. «Nous avons eu beaucoup de discussions pour savoir si c’était réaliste, relate-t-il. Et puis nous ne voulions pas nous contenter de faire une opération de greenwashing. Il s’agit de préserver nos écosystèmes et de protéger la santé de nos jardiniers qui devaient manipuler des produits toxiques.»

Pour Damien Bonfanti, les élus ont la responsabilité de trouver des réponses locales aux enjeux globaux que sont l’érosion de la biodiversité et la pression exercée sur l’environnement par l’urbanisation croissante et l’usage de produits phytosanitaires. «La nature rend des services qui ne sont pas chiffrables financièrement, constate l’édile. Nous avons un devoir d’exemplarité. Nous n’allons pas sauver le monde à nous seuls, mais si nous avons pu être labellisés bio, il n’y a pas de raison que d’autres communes n’y arrivent pas.»

Donner l’exemple

Pour Sacha Riondel, administrateur de Bio Genève, il est très important qu’une collectivité montre l’exemple. «Cela va motiver d’autres communes à faire de même, et ça donnera peut-être envie aux particuliers de se mettre au bio dans leur jardin. Lancy est désormais légitimée à inciter sa population à aller dans ce sens.» La Commune encourage d’ailleurs les milieux privés à entretenir les espaces verts des immeubles locatifs selon les principes du bio.

Damien Bonfanti souligne que ce label bio s’inscrit dans une démarche plus large. Lancy a ainsi vu fleurir ces dernières années les prairies naturelles, propices aux insectes et à la petite faune. Autre exemple, des nichoirs à oiseaux fabriqués par des enfants ont été installés sur le territoire communal. Le conseiller administratif veut également lancer une réflexion sur la végétalisation d’espaces manquant de verdure.

Créé: 15.05.2019, 19h09

Que fait la Ville de Genève?

Riche en parcs, la Ville de Genève suivra-t-elle l’exemple de Lancy? Son Jardin botanique a déjà été certifié bio en 2015, mais son Service des espaces verts (SEVE) ne court pas après les lauriers. «Entre communes, on se suit attentivement, on se compare, il existe une saine concurrence et je félicite Lancy, s’exclame Daniel Oertli, chef de service. De notre côté, nous n’avons pas choisi de nous faire labelliser: à chacun sa gestion et sa communication!»

Le service n’en vise pas moins des objectifs ambitieux. «D’ici à la fin de l’année, nous nous passerons totalement de produits phytosanitaires chimiques, indique-t-il. Il nous arrive d’en utiliser encore ponctuellement, après avoir testé toutes les méthodes biologiques disponibles. Mais nous devrons nous en passer dès l’an prochain. Il nous faudra alors éviter les plantes vulnérables aux pucerons.» Selon le cadre, l’Horloge fleurie est déjà gérée de façon écologique, nécessitant «une forte réactivité des collaborateurs».

Le SEVE n’a pas tourné le dos définitivement à toute certification. Il pourrait briguer à terme le label «Ville verte suisse», orienté sur la gestion des espaces verts, plutôt qu’une étiquette bio, davantage conçue pour l’alimentaire. M.M.

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