Luc Barthassat dans la tourmente des notes de frais

Deniers publicsL’ancien magistrat a utilisé sa carte de crédit de conseiller d’État, quand la sienne «ne passait pas». Mais il a remboursé.

Luc Barthassat avait utilisé la carte Visa Gold de l’État pour payer une facture chez Harley-Davidson à Genève.

Luc Barthassat avait utilisé la carte Visa Gold de l’État pour payer une facture chez Harley-Davidson à Genève. Image: Maxime Schmid

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Après la Ville, au tour du Canton. L’affaire des notes de frais qui alimente la polémique depuis une douzaine de jours prend une nouvelle tournure. En ligne de mire: l’ancien conseiller d’État Luc Barthassat, non réélu ce printemps. Le démocrate-chrétien a parfois utilisé sa carte de crédit professionnelle à des fins privées.

Ces révélations interviennent alors que le Conseil d’État a décidé d’établir les dépenses de ses membres pour les deux dernières années à la suite du scandale qui a éclaté en Ville de Genève. Ce décompte ne devrait arriver que dans quelques semaines. Mais Radio Lac a révélé dimanche que Luc Barthassat avait utilisé la carte Visa Gold de l’État pour payer une facture chez Harley-Davidson à Genève. Montant de la note: 2900 francs.

Un voyage à Berlin pour deux personnes a aussi été jugé problématique par la comptabilité de son département, ainsi que des frais dans une boutique de mode de Milan, toujours selon la radio.

Il est arrivé que ma carte personnelle ne passe pas. J’ai alors utilisé celle du Conseil d’État. Je remboursais les jours suivants

Luc Barthassat, ancien conseiller d’État

Lundi matin, Luc Barthassat, apparemment détendu, s’est expliqué dans les studios de la radio. Il a livré à la «Tribune de Genève» les mêmes explications. Et, pour lui, il n’y a pas matière à polémiquer.

Carte démagnétisée

«Il est arrivé que ma carte de crédit personnelle ne passe pas, elle était démagnétisée. J’ai alors utilisé ma carte professionnelle. J’en avertissais mes services et je remboursais dans les jours ou les semaines qui suivaient.» C’est notamment ce qui est arrivé pour sa facture chez Harley-Davidson. «Ce n’était d’ailleurs pas pour un pot d’échappement, contrairement à ce qui a été dit, mais pour préparer ma moto à la visite.»

Une autre fois, en voyage à Milan, il a encore utilisé sa carte professionnelle dans une boutique de mode, la sienne ne fonctionnant pas. Puis il a remboursé.

En pratiquant de la sorte, n’avait-il pas l’impression d’utiliser l’État comme sa banque? «Le contraire m’est aussi arrivé. Une fois, je crois que c’était à Moscou, ma carte de crédit professionnelle ne fonctionnant pas, j’ai payé avec la mienne et me suis fait rembourser par la suite.»

Radio Lac a aussi révélé que la comptabilité de son département avait dû insister pour en savoir davantage sur un week-end à Berlin.

Nombreux repas de travail

«Je suis allé à Berlin avec deux collaborateurs pour un voyage professionnel. Le vendredi soir, plutôt que de rentrer, je suis resté un jour supplémentaire pour visiter des musées. Sur la note de l’hôtel figuraient les trois nuits. J’ai déclaré à mon retour que la troisième était pour moi et je l’ai payée.»

Enfin, Luc Barthassat a aussi souvent fait usage de sa carte professionnelle pour des repas. «En cinq ans, je n’ai mangé seul qu’une quinzaine de fois à midi. J’organisais toujours des séances de travail. Avec des personnes avec qui j’avais affaire dans le cadre de mon mandat politique ou des collaborateurs. Quand nous étions une vingtaine, c’était sandwich et salades au bureau. En petit groupe, nous allions manger un plat du jour.» Ces repas se sont aussi déroulés le dimanche. «C’est arrivé quatre ou cinq fois, pour des séances préparatoires qui avaient lieu le lundi, avec des gens qui venaient par exemple de Berne pour le CEVA. Et quand vous faites se déplacer les gens, c’est normal que vous payiez.»

Et durant ses vacances, Luc Barthassat a-t-il utilisé sa carte professionnelle? «Il n’y avait pas de raisons que je le fasse. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu des problèmes avec la mienne qui aurait justifié que j’utilise celle du Conseil d’État.» D’une manière générale, Luc Barthassat dit avoir «toujours fait attention» à ses dépenses. «Et je n’ai jamais eu de remarques de la part de mes services.»

On en saura plus sur les dépenses des conseillers d’État d’ici à quelques semaines. Le gouvernement a en effet promis «la liste exhaustive des frais de ses membres ainsi que de la chancelière sur les années 2017 et 2018, selon un schéma similaire à celui retenu par la Cour des comptes».

Autre pratique

«Nous allons fournir les totaux, mais nous n’allons pas vérifier chaque ticket, précise Antonio Hodgers, président. Nous partons du principe que les mécanismes de contrôle fonctionnent.» Dans son département, les demandes de remboursement sont validées par deux personnes, dont le secrétaire général.

En tant que conseiller d’État, Antonio Hodgers dispose aussi d’une carte de crédit. «Mais je ne l’ai pas sur moi. Elle est dans le bureau de ma secrétaire qui l’utilise pour, par exemple, réserver les billets de train ou d’avion pour mes cadres ou pour moi. Sinon, je n’utilise que ma carte de crédit personnelle, et je présente des tickets si je dois me faire rembourser.» Pour lui, «l’État n’est pas là pour faire la trésorerie des conseillers d’État».

Créé: 12.11.2018, 20h20

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