Un Modigliani «spolié» se cache à Genève

«Panama Papers»Des documents montrent que le tableau appartiendrait à David Nahmad, un influent collectionneur d’art.

L'«Homme assis appuyé sur une canne», tableau d'Amedeo Modigliani (1884-1920), est évalué à 25 millions de dollars.

L'«Homme assis appuyé sur une canne», tableau d'Amedeo Modigliani (1884-1920), est évalué à 25 millions de dollars. Image: Christie's Images/Corbis

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Dans les Ports Francs de Genève sommeille l’Homme assis appuyé sur une canne de Modigliani. Estimé à 25 millions de dollars, ce tableau se trouve aujourd’hui en pleine tempête judiciaire. Depuis plusieurs années, la justice américaine tente de savoir à qui elle appartient. L’œuvre aurait été spoliée pendant la deuxième guerre mondiale et serait aujourd’hui détenue par les Nahmad, une famille multimilliardaire ayant bâti sa fortune sur le commerce d’œuvres d’art.

Devant la justice, les Nahmad affirment que le Modigliani ne leur appartient pas. Il serait la propriété d’International Art Center (IAC), une société offshore. En août dernier, lorsqu’ils écrivent à la juge de la Cour suprême de New York, les avocats des Nahmad déclarent: «Personne d’autre dans le monde, y compris la galerie Helly Nahmad, Helly Nahmad ou David Nahmad, ne possède la toile». Un tour de passe-passe, si l’on en croit les Panama Papers. Les documents montrent en effet que les actionnaires d’IAC ne sont autres que les Nahmad eux-mêmes.

Selon Mondex Corp, une entreprise canadienne spécialisée dans la traque d’œuvres spoliées, le tableau aurait été volé par les nazis à un collectionneur d’art juif qui a fui Paris en 1939. Septante ans plus tard, Mondex a proposé à son petit-fils, Philippe Maestracci, aujourd’hui âgé de 71 ans, d’entreprendre des démarches pour récupérer le Modigliani. Mais jusqu’à aujourd’hui, les plaignants n’ont pas réussi à trouver la preuve irréfutable que la société IAC appartient bel et bien aux Nahmad.

«L'argent, je m'en fiche. Je le fais pour la mémoire de mon grand-père»

Un autre élément permet de dissimuler la propriété d’une œuvre: les ports francs. Légalement, rien n’oblige en effet les locataires à indiquer qui se cache derrière une société offshore stockant une œuvre. Dans l’affaire du Modigliani, l’entreprise Rodolphe Haller, l’un des plus grands locataires des Ports Francs de Genève, a ainsi simplement déclaré à la justice américaine qu’elle stockait le tableau pour le compte d’IAC.

Avec les révélations des Panama Papers, le bouclier juridique mis en place par la famille Nahmad se fissure. Philippe Maestracci parviendra-t-il un jour à récupérer le tableau de 25 millions de dollars? «L’argent je m’en fiche, assure l’intéressé. Je le fais pour la mémoire de mon grand-père.»

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Créé: 07.04.2016, 20h00

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