Moniteur pédophile: «Cette affaire n’a pas d’égale»

ProcèsLe Ministère public requiert 7 ans de prison ferme contre l’homme qui a abusé d’une vingtaine de fillettes durant des camps de vacances.

Pour Me Laura Santonino, le prévenu est «un abuseur d’enfants en série».

Pour Me Laura Santonino, le prévenu est «un abuseur d’enfants en série». Image: PATRICK TONDEUX

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«Il était moniteur, il a sciemment choisi un terrain de chasse idéal», des camps de vacances, «pour assouvir ses pulsions sur des proies faciles. Des enfants qui avaient confiance en lui.» Pour la procureure Katerina Figurek Ernst, le prévenu qui est assis face à elle a agi par pur égoïsme. Elle requiert 7 ans de prison ferme, assortis d’une interdiction d’exercer des activités en lien avec des enfants durant 5 ans, ainsi qu’un traitement thérapeutique ambulatoire.

Ce 19 septembre, l’accusé demeure prostré, comme la veille. «La faute est extrêmement lourde», poursuit la représentante du Ministère public. Dans la jurisprudence, «cette affaire n’a pas d’égale». Parce que cet homme de 35 ans a sévi durant près de huit ans (de 2011 à 2018); qu’il a téléchargé «sur la Toile sombre et secrète du darknet» environ 4000 fichiers à caractère pédopornographique. Et il y a le nombre d’actes commis sur ces fillettes (45 au moins), le nombre de victimes (19) et surtout leur très jeune âge (de 5 à 11 ans). Elle va les nommer. Une par une. Une chape de plomb s’abat sur la salle G2 du Palais de Justice…

Première des sept avocats des plaignants à plaider, Me Laura Santonino répète aussi les prénoms «de toutes ces fillettes qu’il a dévastées. Et derrière chacune d’elles, une mère, un père, des familles qui souffrent à cause d’une seule et unique personne», un «abuseur d’enfants en série»!

Les propos sont violents. Ceux de ses confrères le seront aussi. «Il y a un nombre écœurant d’actes à caractère sexuel. Au minimum 45, soit en moyenne tous les deux à trois jours» durant la douzaine de camps de vacances de Caritas Jeunesse où ils ont eu lieu. Elle salue le courage, la dignité des parents. Et les exhorte à ne pas se sentir coupables: «Le seul et unique responsable, c’est le prévenu.»

«C’est le monde à l’envers»

Durant près de quatre heures, les avocats vont démontrer que l’ex-moniteur n’a aucune circonstance atténuante. Me Aurélie Valletta relève la «violence psychologique» dont il a fait preuve sur des enfants «qui n’avaient aucune possibilité de lui échapper. Il a tenté de justifier ses actes par le manque de réactions de ses victimes.»

Me Virginie Jaquiéry décrit le modus operandi: «Il a élaboré une véritable stratégie pour abuser des fillettes. Il construit des liens de dépendance et d’affection, il agit notamment la nuit. Il choisit des fillettes qui ne peuvent s’opposer à lui.»

Me Baptiste Favez enchaîne: «Il y a une évolution, une aggravation» dans les actes de celui qu’il nomme «le moniteur aux airs de nounours», mais aussi «l’ogre de Caritas». «Le prévenu se réfugie derrière ses troubles, ses pulsions comme il les appelle. Pour la prise de conscience, on repassera!»

«Je ne pouvais pas faire autrement, j’ai subi, je souffrais, je prenais de plus en plus de risques pour me faire arrêter…» Me Robert Assaël reprend à dessein ces propos de l’accusé, auxquels il ne croit pas une seule seconde. «J’ai une autre lecture, dit-il. Le prévenu voulait toujours plus d’adrénaline. Il se présente comme une victime, mais il y a de vraies victimes, les parents. Qui, eux, se sentent coupables. C’est le monde à l’envers!» Il parle d’un «broyeur d’innocence» qui n’est pas victime de ses pulsions.

Des pulsions auxquelles Me Lorella Bertani ne croit pas non plus. Elle décrit un «fleuve de douleurs, un torrent de dévastation pour un petit orgasme, un plaisir solitaire, égoïste». Un homme qui, «en plus, fabrique des images de pédopornographie. Il a fait de ces enfants des objets, il les a transformés en poupées vivantes.»

Me Camille La Spada-Odier s’adresse aux trois juges: «L’émotion n’aura pas de place dans votre verdict. Vous devrez juger les actes. Et sous une apparence de moniteur parfait, le prévenu a tissé une toile si parfaite que personne ne se méfie.»

«Mon client est un pédophile»

«Pédophile. Mon client est un pédophile.» C’est par ces mots que Me Guillaume de Candolle, avocat de l’accusé, commence sa plaidoirie. «La décision du tribunal sera juste parce qu’on aura chassé l’instinct et l’émotion.» Il décrit la pédophilie comme «un trouble de préférence sexuelle. Ce n’est pas un choix, le pédophile souffre. Et mon client a la même forme de dégoût de ses actes que vous.» Il demande l’acquittement pour le chef d’accusation de contrainte sexuelle. Et relève que son client a collaboré à l’enquête d’une façon «exemplaire» et que «sa prise de conscience est totale».

La parole est finalement donnée à l’accusé. Sa voix est saccadée: «Certains parents ont manifesté de la culpabilité. J’aimerais leur dire que je suis le seul et unique responsable de ce qui se passe aujourd’hui. Du fond de mon cœur je répète que je suis désolé, je regrette ce qui s’est passé.»

Le verdict sera rendu le mercredi 25 septembre.

Créé: 19.09.2019, 21h30

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