L'OMS face au coronavirus: tout comprendre en cinq points

CoronavirusEn période de crise sanitaire mondiale, l’agence onusienne basée au bout du lac est en première ligne. Comment travaille-t-elle? Plongée en coulisse.

Image: Reuters

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Alerte planétaire. Une trentaine de pays touchés, plus de 40'000 infections confirmées et au moins 910 morts. Le bilan du coronavirus 2019-nCoV a désormais largement dépassé celui du SRAS, qui avait fait 774 victimes dans le monde entre 2002 et 2003. Le 30 janvier, trois semaines après l’identification du virus, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui rassemble 192 États, a décrété l’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Comme à chaque épidémie d’ampleur, l’agence onusienne dont le siège est à Genève, tient un rôle de premier plan. Plongée dans les mécanismes de cette institution, gardienne de la santé mondiale.

Comment ça marche?

En cas de crise sanitaire, comme la pneumonie de Wuhan, du nom de la ville chinoise où le virus est apparu pour la première fois, un comité d’urgence composé d’experts indépendants et bénévoles est constitué par le directeur général de l’agence des Nations Unies, explique Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale de l’OMS de 2011 à 2017 et actuelle directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à Paris. «Le directeur sélectionne les experts les plus compétents, tout en respectant un équilibre géographique et l’urgence spécifique à partir d’une liste de spécialistes établie par les États membres. Le comité est différent pour chaque urgence sanitaire», ajoute la spécialiste en virologie qui a pris en charge tous les aspects recherche et développement durant la flambée épidémique d'Ebola en Afrique de l'Ouest en 2014.

Ce dispositif a été mis en place en 2005, suite à l’épidémie de SRAS qui a sévi entre 2002 et 2003. Le comité actuel, composé de quinze experts et six conseillers, est présidé par le professeur français Didier Houssin, précise Tarik Jašarevic, porte-parole de l’organisation, à Genève.

Qui déclenche l’alerte?

Le comité a un rôle consultatif dans lequel les chercheurs «rendent des avis au directeur général de l’OMS – Tedros Adhanom Ghebreyesus, depuis 2017 – seul habilité à prendre la décision de déclencher ou non une urgence de santé publique de portée internationale», détaille Tarik Jašarevic.

«Je ne connais personnellement pas de cas où le directeur général n'a pas suivi la recommandation du comité», souligne de son côté Marie-Paule Kieny. Le groupe ad hoc se réunit ensuite tous les trois mois jusqu’à la fin de la crise, mais le directeur général peut le convoquer plus souvent s’il le juge nécessaire, note encore la scientifique française.

Pourquoi pas avant?

Le comité s’est réuni une première fois courant janvier, sans pour autant déclencher l’alerte, ce qui a suscité une certaine controverse. «Il s’agit d’une urgence en Chine. Mais ce n’est pas encore devenu une urgence sanitaire mondiale», avait alors déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. «L’USPPI respecte des critères bien précis. Il doit non seulement y avoir une urgence de santé publique dans un État membre, mais il faut aussi avoir la preuve scientifique qu’il existe une transmission stable de l’agent pathogène de personne à personne dans au moins un autre pays, poursuit Marie-Paule Kieny. Les 22 et 23 janvier, les experts étaient divisés sur ce deuxième point.» Effectivement, le premier cas de transmission du mystérieux coronavirus entre humains hors de Chine n’a été détecté que le 28 janvier en Allemagne.

À quoi ça sert?

En cas d’urgence internationale, l’OMS peut imposer certaines recommandations aux États membres concernés «pour protéger les populations des conséquences de l’épidémie». Mais ce ne sont pas des mesures contraignantes, l’OMS n’a pas vocation à jouer les gendarmes. «Les pays signataires du traité sur le règlement sanitaire international (RSI 2005) se sont engagés à les respecter. L’OMS n’a pas de mandat pour appliquer des sanctions. En général, la pression des autres États membres est efficace», souligne Marie-Paule Kieny, qui tient à préciser que dans la plupart des cas, y compris celui-là, «l’OMS ne recommande pas une suspension des vols et échanges internationaux qui pénalisent les États membres atteints sans améliorer la situation».

Au-delà de la mise en place de mesures temporaires, relève Tarik Jašarevic, «une USPPI renforce la coordination, la coopération et la solidarité mondiale. Elle confirme que nous sommes tous dans le même bateau et que la meilleure façon d'avancer est de travailler ensemble.»

Des précédents

Ce type d’urgence sanitaire mondiale a déjà été décrété cinq fois dans l’histoire de l’OMS. Face à la grippe H1N1 en 2009, à la poliomyélite en 2014, au virus Zika en 2016 et à deux reprises pour des épidémies du virus Ebola, en 2014 et en 2018.

Créé: 10.02.2020, 12h19

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l'OMS (Image: Pierre Albouy)

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