Plongée en eau froide pour les futurs pompiers

FormationLes aspirants de l’Ecole latine ont été mis à l’épreuve dans les eaux à 6 °C du lac de Champex (VS). Supplice physique et défi mental.

Vidéo: Pascal Wassmer

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L’eau que le ciel s’est acharné à déverser depuis quelques jours dans le Léman et tous ses affluents ne leur convenait pas. Un peu trop agitée mais surtout beaucoup trop chaude du haut de ses 12 degrés actuels. Un seuil que les flots du lac de Champex (VS) ne risquaient même pas d’effleurer. C’est donc là, en surplomb d’Orsières, que l’Ecole latine des sapeurs-pompiers professionnels avait convié ses aspirants pour les immerger dans un bain à 6 degrés. Un cours d’hypothermie d’une journée qui entre dans le cadre de la formation aquatique reçue par ces prétendants au brevet fédéral.

«Les objectifs de ce module sont multiples, détaille le commandant d’école Bertrand Mesot. Connaître ses propres limites, découvrir les réactions de son corps en situation d’hypothermie et savoir identifier les risques du sauvetage en eau froide.» Ce jour-là, ces risques sont déjà pris très au sérieux et, sur les berges, les encadrants sont presque aussi nombreux que les aspirants. Impossible toutefois de les confondre. Les uns enfilent leurs combinaisons en néoprène quand les autres effectuent quelques mouvements en tee-shirt, comme s’ils hésitaient entre s’échauffer ou déjà se refroidir. Répartis en trois groupes, ils effectueront tous quatre exercices distincts à base de nage, de remorquage et d’apnée.

Des corps à 32 degrés

Les premiers s’immergent. Ceux qui attendent leur tour se chauffent la voix et réchauffent les cœurs de ceux qui nagent. «La grosse difficulté, c’est de maîtriser sa respiration, note le sergent-major instructeur Nicolas Millot. Le rythme s’accélère, vous êtes comme un petit chien qui halète et il faut être capable de rester calme.» Et soudés. A la fin des exercices, les nageurs se regroupent et s’étreignent, comme si les forces restantes devaient obligatoirement être partagées. Les autres sont là aussi, à tendre des gobelets de thé ou de bouillon. Et à se souvenir que leur tour approche.

«On sait qu’il n’y a pas de risques particuliers mais on est forcément un peu anxieux, admet Axel Pistoletti. Moi je redoute un peu l’apnée et cette barre de froid au front.» C’est le symptôme habituel. Forte céphalée pour les ambulanciers, «barre Häagen-Dazs» pour le sergent-major Nicolas Millot ou encore «syndrome Mövenpick» pour certains aspirants. Bref, ce mal de crâne que chacun a déjà expérimenté après une crème glacée dévorée trop vite.

«On a un rêve et on s'accroche»

Les exercices s’enchaînent et, de plus en plus, c’est la tête qui tient les corps. «Le froid nous épuise très vite, on sent qu’il nous faut plus de forces que d’habitude alors qu’on connaît les exercices», analyse l’instructeur Eric Simecek après deux immersions. En réalité, la réflexion et le recul viendront après. Pris dans les griffes du lac, les organismes en sortent éreintés. Les muscles tremblent, se contractent au maximum et certaines jambes oscillent au moment de regagner l’aire de départ. Les mesures effectuées révèlent une température corporelle systématiquement inférieure à 32 degrés. Au regard des litres qui glacent les corps, la pluie qui commence à s’abattre sur Champex a presque le bon goût de passer inaperçue.

Au final, l’ensemble des participants valideront le module et aucun accident ne sera déploré. «On a un rêve et c’est pour lui qu’on s’accroche, résume l’aspirant Christophe Bilat, frigorifié au sortir de la dernière épreuve. A la fin je pensais à ma chérie, comme si c’était sa vie que je devais sauver.» Et le faire en préservant la sienne. Une vie d’amour et d’eau glaciale, en somme. (24 heures)

Créé: 07.05.2015, 16h30

Aspirants policiers bientôt concernés

Créé en 2010, le cours d’hypothermie de l’Ecole latine fait déjà des émules. Après y avoir participé à l’époque où il était dispensé dans le lac Léman, le sergent-major Christophe Neyroud, de l’Académie de police de Savatan, était cette fois présent en spectateur attentif: «Je viens voir les infrastructures et l’organisation dans le but de le transposer chez nous. C’est un niveau plus élevé que nos modules actuels en piscine et en lac. L’objectif et de mettre ça en place pour janvier 2017 et de s’adapter pour faire passer environ 200 aspirants en une année.» Le cours pourrait même s’exporter au-delà des frontières puisqu’un capitaine des sapeurs-pompiers de Paris a pris part aux exercices. Habitué à évoluer dans les eaux de la Seine ou de la Marne, ce dernier admettait quand même une petite appréhension après la découverte du programme. Et souhaitait surtout s’informer avant une éventuelle transposition au regard de la convention qui lie le Service d’incendie et de secours de Genève et les sapeurs-pompiers parisiens.

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