Le PLR mesure son soutien à Pierre Maudet

Politique Pris dans la tourmente de l’affaire Maudet, les membres du PLR ont débattu du sort à réserver à leur ancien «premier de cordée». Ils le soutiennent sans enthousiasme.

À l’issue du vote, Pierre Maudet a déclaré: «Une chose est sûre, je ne serai plus le même.»

À l’issue du vote, Pierre Maudet a déclaré: «Une chose est sûre, je ne serai plus le même.» Image: Pierre Albouy

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Il y a dix mois, Pierre Maudet était élu au premier tour au Conseil d’État. À peine huit mois plus tôt, à Neuchâtel, il prenait d’assaut le ticket PLR au Conseil fédéral. Mardi soir, ébranlé par les suites de son voyage à Abu Dhabi, lâché par le parti suisse et le comité directeur du parti cantonal, qui réclament sa démission, il est venu demander aux membres du PLR genevois de lui accorder «confiance et soutien». Les membres justement sont venus en masse. Plus de 700, là où 600 étaient attendus. Au final, les résultats sont serrés. Pierre Maudet obtient la confiance avec 48% des voix des participants, contre 45%. Le reste s’est abstenu. Alexandre de Senarclens, président d’un parti en crise, confirme qu’il démissionnera «dans les meilleurs délais».

La charge du président

Ce résultat est à l’image de débats où les partisans du conseiller d’État ont fait jeu égal avec leurs adversaires. En début de soirée, Alexandre de Senarclens est le premier à parler. Le ton grave, la voix parfois étranglée, il rappelle que le comité directeur a demandé le départ de son magistrat pour des raisons politiques, car «malheureusement, pour la première fois, un conseiller d’État voit son immunité levée et la procédure est loin d’être terminée». S’adressant directement à Pierre Maudet, il poursuit: «Depuis septembre, des révélations et tes mensonges construits ont miné ta crédibilité. Or, nous sommes le parti de la responsabilité individuelle.» Selon lui, l’élu ne serait plus en capacité de diriger avec efficacité son département. Le Conseil d’État aussi souffrirait de la situation et la réputation de Genève serait atteinte. Il termine: «Pierre, tu as été notre premier de cordée deux fois, le mieux élu, notre président. Ta décision doit être à la hauteur de ce que tu nous as donnés. En démissionnant, tu ne ferais pas des aveux de culpabilité, mais la démonstration que tu es un homme d’État.» Le conseiller national Christian Lüscher enfonce le clou (lire ci-dessous). Lorsqu’il termine, les applaudissements sont nourris.

La réponse du magistrat

Ils sont nourris aussi lorsque le magistrat cantonal prend la parole, «conscient de la faute commise, des erreurs consécutives, qui ont causé déception et tristesse». C’est pourtant, dit-il, «en magistrat, calme, déterminé, mais aussi en homme qui encaisse depuis des semaines» qu’il revient sur l’affaire et admet ses torts, ses dissimulations. Une bonne raison pour s’en aller? Non. «Derrière la faute de forme, il n’y a pas eu de faute de fond, de corruption.» Puis, il détaille ses vérités (lire ci-contre) et assure la salle de sa «détermination intacte». La salle, justement, applaudit à nouveau chaleureusement.

Débat nourri dans la salle

Le débat avec la salle commence. Le conseiller national Hugues Hiltpold demande «à regret» la démission du magistrat. L’ancien président du PLR Alain Dominique Mauris est désolé: «Est-ce pour cela qu’on a fusionné? Peut-on faire autre chose? Je le pense. Ce soir, il faut trouver une issue». Laquelle? Il ne le dit pas. Elle viendra plus tard. Les soutiens de Pierre Maudet donnent de la voix. «À cause d’un petit mensonge, Pierre Maudet s’est pris les pieds dans le tapis», dit Marie-Claire Messerli. «Mais qui a pensé à sa femme? À ses enfants?» Et d’attaquer les «traîtres» à l’interne, la présidence, «qui veut sacrifier le meilleur». Nathalie Fontanet? La responsable des Finances plaide pour l’unité du parti. «S’invectiver ne servira à rien. Notre parti a un rôle à jouer pour Genève, car nous représentons la droite.» Elle rappelle sa situation de représentante des institutions, rôle qui l’empêcherait de prendre position, puis plaide avec force pour un débat civilisé.

Les interventions s’enchaînent: «Le choix est cornélien, épouvantable, son fil rouge est le mensonge, souligne Horace Gautier. Nous avons le choix entre perdre une locomotive remarquable et nos principes. Entre perdre l’honneur et l’amputation, je choisis l’amputation.» L’ex-député Pierre Kunz défend le magistrat: «Quelle que soit la décision, nous aurons beaucoup à perdre et peu à gagner.» Il présente sans succès une résolution d’unité.

L’ancien conseiller national Jacques-Simon Eggly expose ses tourments: «De plus en plus, dans cette crise générale que nous connaissons, le mensonge ne passe plus. Vous avez voulu, dit-il au magistrat, prendre la température de la base, mais la base, c’est le peuple et seule une démission et une candidature immédiate le permettrait. Monsieur le magistrat, vous êtes seul vis-à-vis de votre conscience.» Un intervenant frappe plus bas: «Strauss-Kahn aussi était excellent! Quand on est responsable de la Justice et qu’on incite des gens à témoigner faussement, et qu’on dit que tout le monde ment!»

Démissionner? Pour quoi faire? L’ex-député Michel Ducret réclame une stratégie: «Que se passera-t-il si Pierre démissionne? Faut-il tous sauter dans le vide? Quelle est la stratégie du parti?» Le député PLR Serge Hiltpold évoque la confiance perdue envers Pierre Maudet, qui a menti devant des commissions parlementaires. «Nous avons des dossiers brûlants. Ils sont maintenant mal emmanchés. Cher Pierre, je te le dis sans animosité: dans une cordée en montagne, on part avec des gens en qui on a confiance.» Mais le député Patrick Saudan plaide pour le maintien, avec un retrait à la fin de la législature. «Le mensonge, mais qui n’a pas menti au Conseil d’État?» questionne John Dupraz. Et l’ancienne conseillère d’État Martine Brunschwig Graf de monter aux barricades: «Non, il n’est pas acceptable de mentir quand on est au Conseil d’État.» Difficile en écoutant les uns et les autres de dire qui va l’emporter. Parfois, une note de gaîté se glisse dans les interventions: les coups de patte envers la presse réconcilient les camps.

À l’issue du vote, le PLR se retrouve dans une situation difficile. Son président annonce qu’il démissionnera dans les meilleurs délais. Pierre Maudet observe que le vote est serré. Il assure qu’il prendra en compte les reproches exprimés: «Une chose est sûre, je ne serai plus le même.»

Créé: 15.01.2019, 23h47

«Le plus grave? Le mensonge»

Le comité directeur du PLR avait demandé à Pierre Maudet, le 3 décembre, de démissionner. Mardi, Alexandre de Senarclens, le président, et Christian Lüscher, conseiller national et membre de ce comité, ont défendu et expliqué cette décision.
«Non, Pierre, le comité directeur ne t’a pas trahi, c’est plutôt toi qui l’as trahi», a notamment déclaré Alexandre de Senarclens. Auparavant, il avait précisé que seules les considérations politiques avaient guidé la réflexion. «Pierre ne peut malheureusement plus agir pour Genève, a-t-il poursuivi. Ce feuilleton nuit aussi profondément à la réputation de notre canton.» En clair, pour l’intérêt du parti et de Genève, il doit démissionner. Et d’ajouter: «Cette démission ne sera en aucun cas un aveu de culpabilité!»

Christian Lüscher a ensuite rappelé les épisodes nombreux de l’affaire. Puis il a lâché: «Le comité directeur te reproche fondamentalement de t’être enfoncé dans ton mensonge.»
Le voilà, le vrai motif: «Tu as menti à tous sur ton voyage, à ton président,
au comité directeur, au Conseil d’État, à la commission de contrôle de gestion, aux médias. Aujourd’hui, tu ne prends pas tes responsabilités en refusant de démissionner. Nous sommes la risée de la Suisse.»

Et de conclure: «Tout cela est très triste. Mais la vraie question est celle-ci: est-il dans l’intérêt de Genève et de notre parti que Pierre Maudet reste conseiller d’État?
Le comité directeur a répondu que cela n’était pas le cas.»
Les deux interventions ont été accueillies par une salve d’applaudissements. Mais celle de Pierre Maudet également.
E.BY

«Ma détermination est intacte»

C’est un Pierre Maudet offensif, jouant parfois sur la corde de l’émotion, qui a pris ensuite la parole. «J’ai attendu avec impatience ce moment pour m’expliquer devant vous, a-t-il débuté. Je suis conscient des erreurs que j’ai commises, mais aussi de la déception et de la tristesse qu’elles ont provoquées.»

Il y a certes de la repentance, mais également une limite à celle-ci: «J’ai fait une faute, mais des choses ont été grossies par de fausses informations qui ont circulé.» Le conseiller d’État reconnaît deux erreurs: d’avoir maintenu ce voyage et d’avoir par la suite menti sur la vraie nature de son financement. «J’ai tenté de couvrir cela, et je ne me le pardonne pas, a-t-il ajouté. Je le redis, c’est indigne.»

La plupart des autres accusations seraient sans fondement. «Non, je ne suis jamais intervenu dans l’attribution de marché public, ni à l’aéroport ni ailleurs. Non, je n’ai pas demandé de mettre sur écoute mes collègues
ou d’autres personnes. Je n’ai jamais favorisé un établissement. Et non, je
ne m’accroche pas à mon mandat pour toucher une rente!» Et de préciser:
«Ce sont les attaques venant de l’intérieur du parti qui m’ont fait le plus mal.»

Pierre Maudet l’a dit et l’a redit: il ne veut pas se laisser accuser de tout et de n’importe quoi. Pour le reste, il estime avoir encore beaucoup de choses à donner aux siens et au canton. «Je veux continuer à servir le PLR ainsi que Genève. J’ai de nombreux projets à mener. Ma détermination est intacte, et ce n’est pas de l’arrogance.» Sa défense
a été chaleureusement applaudie, démontrant pour le moins une belle mobilisation de ses partisans.
E.BY

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