Procès pesant d’un moniteur qui a abusé de 19 fillettes

JusticeL’homme profitait de camps de vacances pour s’en prendre à ses très jeunes victimes, âgées de 5 à 11 ans.

Les mains du prévenu (au premier plan) n’ont cessé de trembler durant ce pénible premier jour de procès.

Les mains du prévenu (au premier plan) n’ont cessé de trembler durant ce pénible premier jour de procès. Image: PATRICK TONDEUX

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L’atmosphère est lourde, très lourde, ce mercredi 18 septembre au Palais de justice. Peu avant 9h, il y a foule devant la salle G2. Les mines sont sombres. Comme les faits détaillés dans l’acte d’accusation, que la «Tribune de Genève» avait révélés le 8 janvier dernier. Les victimes? Pas moins de 19 fillettes âgées de 5 à 11 ans. Abusées par un seul homme. Il est prévenu d’actes d’ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle et de pornographie. On devrait dire pédopornographie…

La salle, trop petite, est comble. Le huis clos partiel est demandé et accepté. Parties plaignantes, les parents des fillettes occupent les bancs du fond. Devant eux, leurs avocats, comme une barre d’une dizaine de «robes noires», trop à l’étroit à leur goût. Ils s’en plaignent auprès du président du Tribunal correctionnel. En vain. Il faudra faire avec…

Il «passe à l’acte» en 2011

Devant eux, le prévenu est seul sur son banc. Comme le veut l’usage. Il peine à respirer, son corps penché en avant. Comme écrasé, peut-être, sous le poids de ses actes. Ses mains sont prises de tremblements qui ne les quitteront plus tout au long du procès.

L’homme est aujourd’hui âgé de 35 ans. Célibataire, sans enfants. Il était moniteur dans des camps de vacances Caritas Jeunesse lorsqu’il a sévi pour la première fois. Quand il est «passé à l’acte», déclarera plus tard le président du Tribunal. C’était en août 2011. Le prévenu est interpellé près de sept ans plus tard, le 7 février 2018. Pendant tout ce temps, il va abuser de fillettes souvent très jeunes, toujours dans des camps. À Genève, en Valais, dans le canton de Vaud, en France. Il caresse ses victimes, sur leurs parties intimes. Parfois dans leur sommeil. Dans les dortoirs, les douches, même dans le car ou le réfectoire. Il filme aussi ses agissements, prend des photos…

Cet insupportable manège prend fin à la suite d’une plainte pénale déposée par les parents d’une des fillettes. Une enfant qui a eu un courage immense. Celui de parler, pour dénoncer «ce moniteur qu’elle aimait bien et qu’elle a envoyé en prison», dira plus tard sa maman, en pleurs.

Pédopornographie sur le Net

Le prévenu a admis la quasi-totalité des faits. C’est d’ailleurs lui, relève le président du Tribunal, qui, peu après son arrestation, va «craquer» et indiquer aux enquêteurs les noms des 18 autres victimes et les lieux où les actes se sont déroulés.

Mais comment en est-il arrivé là? Les juges veulent comprendre. Les parents aussi. Car dès 2007, il participe à des camps de vacances où, semble-t-il, tout se passe bien. Alors? La Toile apparaît comme un premier «détonateur». «Cela commence autour de 2010, vous avez 27 ans, lui dit le juge. D’abord des sites pornographiques, puis pédopornographiques. Vous consultez et téléchargez des images près de 500 fois par an, c’est juste?» L’homme acquiesce, «et par la suite, je suis allé sur le darknet», précise-t-il.

Pour autant, il ne comprend pas le fond de son attirance pour ce type de sites, «comme je ne m’explique pas aujourd’hui comment ça a commencé, dit-il. C’est quelque chose d’impulsif…» Pourquoi ne pas avoir demandé de l’aide auprès d’amis, de ses parents, d’un psychologue? «Je n’ai jamais osé faire la démarche. J’avais peur pour moi-même, peur de me révéler ce que je suis.» Il répétera souvent: «Mon problème, c’est que j’ai des pulsions.»

Ses agissements dans les camps de vacances interviennent déjà quelques mois plus tard. Pour son plaisir, cela ressort de l’acte d’accusation, mais il partage aussi des vidéos de ses victimes sur des sites pédopornographiques. «Quand vous regardez ces sites, vous êtes conscients qu’il y a des images de viols, d’actes de contrainte réels?» lui lance l’une des avocates des plaignants, Lorella Bertani. Oui, le prévenu en est conscient. Et s’il partage des vidéos, explique-t-il, c’est aussi pour échanger des images nouvelles. «Vous parlez d’échanges d’images pédopornographiques comme s’il s’agissait de billes!» s’emporte l’avocate. «Mais on n’est pas en train d’échanger des images Panini!»

Il regrette ses actes

Dans la salle, l’atmosphère se fait plus pesante encore. La voix du prévenu est presque inaudible. C’est la honte, souffle-t-il, qui l’empêche de parler plus fort. On va lui donner un micro. L’homme regrette ses actes, assure que ce qu’il vivait était «très douloureux», qu’il pensait régulièrement pouvoir contrôler ses pulsions. Enfin, qu’il avait vraiment l’intention d’arrêter les camps. «Mais vous avez continué jusqu’en 2018», lui fait remarquer l’un des juges. «Il est difficile d’arrêter du jour au lendemain», répond-il. Avocat d’une autre plaignante, Me Robert Assaël, bondit: «Mais ça a duré huit ans, Monsieur!»

Le calvaire des parents

L’audition du prévenu était pénible, celle des parents des victimes va être insoutenable. Huit se sont déplacés, des mamans pour la plupart. Leurs mots, entrecoupés de sanglots et de pleurs, sont terribles. Autant que les maux qu’ils subissent, eux et leurs enfants, depuis qu’ils ont découvert les faits.

Presque tous vont souligner les problèmes de leurs filles. Perte de confiance, envie de mourir, peur des adultes, fort sentiment de culpabilité, problèmes scolaires… Et puis ces vidéos de leurs enfants qui, très certainement, tournent sur le Net. «À l’idée que des mecs vont se branler sur l’image de ma fille, ça me fait vomir», lâche l’une des mamans. Certaines n’hésiteront pas à dire qu’elles aussi, étant enfant, ont été abusées. Elles connaissent trop bien les énormes dégâts qui en découlent pour des familles entières. Dont l’avenir est désormais incertain, chancelant. «J’ai la certitude que ma fille arrivera à sa sexualité avec un handicap», déplore un papa.

Le prévenu aussi a une maman. Elle est venue à la barre des témoins. Mêmes pleurs, mêmes incompréhensions pour les actes commis. Mais aussi même amour maternel pour ce fils qu’elle serre dans ses bras avant de le voir repartir, encadré par des policiers…

Le procès se poursuit ce jeudi avec le réquisitoire du Ministère public et les plaidoiries.

Créé: 18.09.2019, 22h56

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