Des psychologues ont suivi vingt témoins des attentats

CriseDes Genevois et Vaudois ont reçu un soutien d’urgence après des attentats survenus en France et en Belgique.

Après les attentats de Paris en novembre, Bruxelles en mars et Nice en juillet (photo), le groupe psy de la police genevoise s’est mobilisé

Après les attentats de Paris en novembre, Bruxelles en mars et Nice en juillet (photo), le groupe psy de la police genevoise s’est mobilisé Image: Reuters

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Les attentats de masse survenus ces derniers mois dans les pays voisins ont aussi ébranlé des citoyens suisses. Comme en témoigne la cellule psy de la police genevoise (AGPsy-police), mobilisée de façon exceptionnelle après les attentats de Paris le 13 novembre, de Bruxelles le 22 mars et de Nice le 14 juillet. Retour d’expérience avec sa responsable.

D’ordinaire, ces psychologues interviennent à la demande de la police sur le lieu d’un drame afin de «répondre aux besoins des citoyens confrontés à la mort». Ils se rendent en moins de trente minutes sur les lieux d’une mort brutale, suicide, accident ou braquage, et se mettent à disposition des «victimes primaires», témoins directs de la situation et des «victimes secondaires», proches des personnes directement touchées.

Attaque vue ou entendue

Un nouveau cas de figure entre désormais en compte. «Le lendemain des attentats de Paris, j’ai reçu un premier appel d’une personne connaissant un Genevois présent sur les lieux et qui ne voulait plus sortir de chez lui, puis un deuxième dans la foulée. J’ai pensé qu’il fallait actionner le groupe de psychologues d’urgence de la police», se souvient Helena Casazza, responsable de l’AGPsy-police. Cette aide, exceptionnelle, a également été proposée le 22 mars pour l’attentat de Bruxelles, puis le 14 juillet pour celui de Nice. Au total, une vingtaine de ressortissants genevois et vaudois ont appelé le numéro d’urgence, dans les heures qui ont suivi les événements, et ont pu voir rapidement un psychologue. Aucun n’a été blessé physiquement, mais certains ont été choqués d’avoir vu ou entendu une attaque.

Quels besoins ces personnes ont-elles manifesté? «Les victimes primaires vivant dans l’une de ces villes ou étant de passage voulaient parler de ce qu’elles avaient vécu: j’étais sur les lieux de l’attaque; j’étais en chemin pour m’y rendre; depuis, je n’arrive plus à dormir, à m’alimenter; j’ai des pensées intrusives, des difficultés de concentration, ou je ne peux pas retourner sur les lieux», cite en exemple Helena Casazza. Des victimes secondaires se sont aussi adressées à l’AGPsy-police.

Se faire du bien

La réponse passe d’abord par l’écoute, la reformulation du vécu, puis par des conseils. «Confronté à la mort, on a peur de mourir et cela s’apparente à une blessure. Pour la cicatriser, il faut prendre soin de soi, faire ce qui nous fait du bien», précise-t-elle.

Des parents avec leur enfant ont aussi été impliqués. Dans ce cas, il est nécessaire de trouver une personne de référence extérieure à l’événement, «pour empêcher d’une certaine manière la contamination». Que dire à son enfant? «S’il pose des questions, c’est qu’il est prêt à entendre une réponse. Il ne faut pas lui parler en métaphore, car il ne la comprend pas forcément, mais appeler un chat un chat. Il faut le rassurer sur sa sécurité. Et mieux vaut éviter de l’exposer aux images.»

Trois rencontres d’urgence sont possibles. Si besoin, le professionnel oriente ensuite la personne vers un psychothérapeute.

Que retirent la quinzaine de psys d’urgence de leur expérience? «Si cela se reproduit, nous serons de nouveau disponibles, affirme Helena Casazza. Nous allons mettre une liste d’intervenants sur notre site Internet, et chercher une aide financière auprès de l’Etat.» La réflexion va plus loin. «Les événements montrent que nous devons nous préparer ici aussi. Nous avons participé à deux exercices catastrophes en 2015 et un autre aura lieu d’ici à la fin de l’année. Nous nous sommes formés comme chefs d’intervention. Et nous allons recruter pour étoffer l’AGPsy-police.» Des psychologues et personnes formées au soutien psychologique sont recherchés.

Créé: 12.09.2016, 07h18

Améliorer l’action des pompiers de l’âme

Avec les attentats survenus en Europe et l’alerte terroriste en décembre à Genève, les spécialistes de l’urgence cherchent à mieux se préparer. L’Association genevoise des psychologues organise le 29 septembre à UniMail un symposium romand sur le thème: «Intervention et soutien psychosocial en cas d’attentats: agir ensemble dans la crise.» Carole Damiani, chargée de l’espace d’information et d’accompagnement des victimes lors des attentats du 13 novembre, et Christophe Baroche, psychologue-analyste au sein du groupe de négociation du RAID pendant seize ans, partageront leur expérience. Une conférence publique aura lieu dès 18?h?45. «La coordination et la prise en charge psychosociale sont deux axes pointés du doigt lors des attentats de Paris. Ce symposium est l’occasion d’aborder la question avec les professionnels», explique Loïc Deslarzes, président de l’AGPsy. «Le dispositif Osiris est enclenché en cas de catastrophe ou de situation exceptionnelle, relève le docteur Katia Schenkel, responsable de la commission de psychologie d’urgence de l’AGpsy. Il s’articule notamment autour de la police, des sapeurs-pompiers, des services sanitaires et du soutien psychologique, lequel devrait être présent dès le départ au niveau de la coordination générale. Plus nous sommes impliqués, mieux nous pouvons répondre aux besoins.» S.R.

1500 interventions en vingt ans

Pionnière en Suisse à sa création en 1996, la cellule genevoise AGPsy-police vient en aide en moyenne une centaine de fois par année aux personnes exposées à une situation choquante ou menaçant leur vie. En vingt ans, elle est intervenue 1500?fois.

Une quinzaine de psychologues FSP constituent l’AGPsy-police et assurent à tour de rôle une permanence 24?h sur 24. Au besoin, d’autres intervenants peuvent compléter le dispositif: des psychologues, des samaritains et des représentants religieux.

Tous s’engagent à ne pas faire de l’intervention un terrain de thérapie, de clientélisation ou de prosélytisme. S.R.

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