Saint-Jean: «Les peines de 12 et 15 ans sont clémentes»

JusticeLe procureur général a balayé l’éventuelle réduction de peine pour les deux prévenus majeurs devant la Cour d'appel.

Les deux jeunes prévenus

Les deux jeunes prévenus Image: Patrick Tondeux

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En infligeant des peines de 15 et 12 ans de prison à des jeunes âgés de 18 ans au moment de l’agression de Saint-Jean, les juges de première instance ont-ils froidement appliqué le droit? Ou se sont-ils laissé submerger par «l’émotion» et «la vindicte populaire»?

Avant de trancher cette question, les sept magistrats de la Cour d’appel et de révision du canton de Genève ont écouté mardi, une journée durant, les appels à la clémence des avocats des deux jeunes condamnés. Dans cette affaire de l’ultraviolence gratuite, leur tâche s’est révélée d’autant plus ardue qu’il revenait ensuite au procureur général de répliquer.

«Un majeur, mais un gamin»

À quelques mois près, ces deux jeunes ne seraient pas passés devant la justice ordinaire. Leur sort aurait été scellé par un juge des mineurs qui n’aurait pas pu leur infliger une peine supérieure à 4ans. C’est sur ce point notamment que leurs avocats ont demandé une peine revue à la baisse. «Vous jugez un majeur, mais vous jugez aussi un gamin. Vous devez prendre en compte son âge», lance aux juges Me Guerric Canonica, avocat du prévenu qui a porté les coups de batte de baseball.

Me Guillaume de Candolle ne dit pas autre chose au sujet de son client, le Brésilien menacé d’expulsion du territoire. «Il n’avait que 18 ans.»

Pour le premier, condamné pour une double tentative d’assassinat en première instance, il s’agit de revoir les conséquences des coups sur la deuxième victime, l’homme devenu gravement épileptique à la suite de multiples fractures du crâne. Objectif: démontrer qu’il ne l’a pas frappé à la tête avec sa batte. «L’origine des lésions ne peut être déterminée avec précision», souligne Me Simine Sheybani.

Par ailleurs, l’alcool et son immaturité – attestée par les expertises – devraient diminuer sa responsabilité, soutiennent ses avocats.

Les coups de pied et le doute

Pour l’autre, qualifié de «bête suiveur» par ses défenseurs, on plaide le doute quant aux coups de pied dans la tête de la victime laissée pour morte. Il a pourtant fait des aveux: «Il a dit ce qu’on voulait qu’il dise parce qu’il était à bout. Il pensait améliorer sa situation durant la procédure avec ces aveux», affirme Me Serge Milani, son deuxième avocat.

Mais sur ce point, une pièce au dossier se révèle gênante pour la défense: la photo de sa basket tachée de sang qu’il a envoyée à ses amis le lendemain de l’agression.

«Un coup de batte supplémentaire»

Procéder à un rabais de peine pour les deux prévenus? Afin de convaincre les juges qu’il fallait rejeter cette requête, Olivier Jornot a livré un réquisitoire d’une rare intensité. «Deux vies ont été brisées. Deux personnes souffrent le martyre. Ce qu’il faut maintenant, c’est assumer.» Grave, redoutable, il qualifie ce procès en appel de «coup de batte supplémentaire sur les victimes et leurs familles». Le procureur général balaie encore les arguments de ceux qui évoquent l’immaturité ou les parcours difficiles des prévenus. «Rien ne justifie leur geste.»

Les peines de prison de 15 et 12 ans? À entendre Olivier Jornot, il n’y a rien à changer au verdict de première instance, une décision «équilibrée et modérée». Il ira plus loin en guise de conclusion de son réquisitoire: «Je vais vous dire ce que j’en pense: ces peines sont clémentes. Pour le Ministère public, il ne faut pas les réduire d’une seule seconde.»

Les plaidoiries se poursuivent mercredi.

Créé: 10.12.2019, 19h34

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