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Au tribunal, les antispécistes se murent dans le silence

Trois activistes jugés pour des déprédations refusent de répondre à la justice. Le procureur requiert des peines fermes.

Les trois militants sont impliqués à des degrés divers dans les déprédations. À gauche, le principal prévenu.
Les trois militants sont impliqués à des degrés divers dans les déprédations. À gauche, le principal prévenu.
PATRICK TONDEUX

«Je conteste. Je n’ai rien à déclarer.» Au procès des trois antispécistes, ceux qui espéraient de longs échanges sur la cause animale et sur la question du vandalisme contre les boucheries ont vite déchanté. Une large partie de cette audience très attendue a consisté à lister les dégâts et à écouter les trois prévenus faire usage de leur droit au silence. Hormis pour admettre quelques tags, des dégâts chiffrés à quelques dizaines de francs, les militants ont décidé de se taire face au Tribunal de police.

Le silence en riant

Ils ont 28, 22 et 21 ans, sans métier particulier ni autre revenu. Pour l’aîné des prévenus, le quotidien consiste à enchaîner des petits boulots – menuiserie, jardinage, nettoyage. De son appartenance au mouvement, il n’a pas été question. Ou du moins, il a refusé d’en parler, tout comme les autres antispécistes – une jeune femme et un jeune homme – également poursuivis. Ses antécédents judiciaires? Ils sont nombreux, «mais datent pour la plupart d’il y a dix ans», précise-t-il.

C’est en 2018, lorsqu’il est arrêté pour un vol dans un magasin en Valais, que le lien a été établi avec les nombreux caillassages de boucheries à Genève et le saccage d’un abattoir à Perly (ici, le dommage est le plus important: 70 000 francs) avec notamment de la javel aspergée sur sept tonnes de viande. Dans ses affaires, les outils utilisés pour souiller le local dans la campagne genevoise. Son ADN et ses empreintes digitales correspondaient aux traces prélevées sur divers lieux d’attaques. Sa réponse quand il est confronté aux éléments à charge? «Je n’ai rien à déclarer.» Parfois, il ne parvient pas à refréner son envie de rire alors qu’il répète inlassablement la même phrase.

Ce procès n’en demeure pas moins retentissant. Il y a d’abord la longue liste des attaques figurant dans l’acte d’accusation. Dix-huit au total. Parmi les plaignants, des bouchers surtout, mais également un fourreur, un patron de kebab, des restaurateurs, McDonald’s, Burger King et une société d’affichage. Tous frappés dans leur patrimoine. Dans cette salle du Palais de justice, ils forment une corporation unie, un peu ennuyée par la lourdeur du dispositif et certainement agacée par le mutisme de ces prévenus.

Mercredi, la présence en nombre de ces professionnels de la viande au tribunal a permis de saisir ces deux mondes que tout oppose. Entre les bouchers et les antispécistes, la différence se lit dans l’expression physique.

Court interlude politique

À ceux qui ne comprennent pas le vandalisme, seul le troisième prévenu – poursuivi uniquement pour s’être enchaîné dans les locaux de Bell à Soleure – a exposé les motivations politiques des antispécistes, du droit à la reconnaissance des animaux à la dénonciation du spécisme, cette «idéologie arbitraire qui justifie la mise à mort de milliards d’animaux dans des conditions horribles».

Ce sont peu ou prou les seuls mots que le procureur Adrian Holloway a entendus, lui qui se confronte au silence des militants depuis l’ouverture de l’instruction. «C’est la première fois au tribunal que je vois des prévenus faire autant usage de leur droit de se taire, fait-il remarquer à l’heure du réquisitoire. Mais ils ne peuvent faire autrement, au risque de perdre la face.»

Reprenant les dix-huit cas de vandalisme, il énumère les preuves – ADN, signal téléphonique, vidéosurveillance – qui les confondent et demande à la juge du Tribunal de police d’appliquer des peines fermes. Dix-huit mois pour le principal activiste, un an pour sa jeune camarade de 22 ans. Quant au troisième, il ne risque qu’une peine pécuniaire puisque son implication porte sur un seul cas mineur.

Dans son réquisitoire, Adrian Holloway a semblé vouloir donner une leçon à ces jeunes qui refusent de répondre à ses questions: «La défense d’une conviction peut se faire de manière pacifiste et démocratique.»

Le procès se poursuit jeudi.

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