«Nous voulons que nos étudiants réussissent sur le marché du travail»

FormationRectrice de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), Luciana Vaccaro évoque les défis de l'institution.

Physicienne d'origine italienne, Luciana Vaccaro est la toute première rectrice de la HES-SO, qui chapeaute 28 écoles dans sept cantons.

Physicienne d'origine italienne, Luciana Vaccaro est la toute première rectrice de la HES-SO, qui chapeaute 28 écoles dans sept cantons. Image: Florian Cella

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Luciana Vaccaro, rectrice de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) depuis octobre 2013, a tiré hier un bilan positif de l’institution. Avec plus de 20 000 étudiants, dont 5700 à Genève et 7676 dans le canton de Vaud, la HES a connu un fort développement. Elle va consolider les acquis mais souhaite continuer à innover. Elle annonce pour le 22 février le lancement des deux premiers cours en ligne et massifs, plus connus sous leur acronyme anglais MOOC. Le premier est consacré à la gestion des patients victimes d’hypertension artérielle. Le second cours vise à promouvoir l’art oratoire des étudiants.

Vous êtes la première rectrice d’un réseau tentaculaire de 28 Hautes Ecoles réparties dans sept cantons. Quel bilan tirez-vous, deux ans après votre entrée en fonction?
J’ai essayé d’amener une cohérence institutionnelle. Nous intervenons le moins possible dans la gestion au jour le jour des écoles. Notre travail, par exemple, c’est d’aider les responsables de filières à se poser les bonnes questions, selon les pratiques mises en place au niveau européen. Est-ce que telle ou telle formation correspond toujours aux attentes du public et des étudiants?

Qu’en est-il de l’attractivité de la HES-SO?
Nous sommes presque victimes de notre succès. Les prévisions sont toujours à la hausse, car cette voie duale peut amener à un parcours universitaire. Et puis, les tendances démographiques restent positives. A la HES/SO, nous voulons que nos étudiants réussissent, afin de leur maintenir une employabilité élevée. Elle est de 96% actuellement.

Quelles filières affichent la plus grande progression?
L’économie, où les effectifs augmentent de 7% chaque année, sans campagne active de recrutement. Nous concentrons nos investissements dans les domaines à pénurie: en ingénierie, la progression attendue est de 3%. Nous pourrions accueillir davantage de candidats, mais c’est un problème généralisé dans toute l’Europe. Dans le domaine de la santé, nous sommes limités par les places de stage que nous arrivons à trouver dans les institutions. Patrick Aebischer, le président de l’EPFL, se plaignait d’une baisse de niveau des étudiants, en particulier en maths. Et vous?
Non, je n’ai pas remarqué de baisse significative qui amènerait un taux d’échec plus élevé. Il faut dire que notre bassin estudiantin est différent. Nous avons surtout des détenteurs de maturités professionnelles et spécialisées. On sait qu’il faut mieux les «équiper» en maths que des gymnasiens. C’est une autre approche pédagogique, beaucoup plus participative.

La Confédération planche sur un programme d’économie. Les Hautes Ecoles vont devoir se serrer la ceinture. Comment allez-vous faire?
Jusqu’ici, notre budget a augmenté chaque année, pour atteindre 525 millions. Nous allons devoir le stabiliser. Toute la question sera de savoir comment absorber la croissance estudiantine tout en maintenant les prestations. A notre avis, il faut économiser le moins possible dans la formation de base, mais dans des projets spécifiques: le développement des proches aidants, le renforcement de la relève académique en HES ou encore l’information scientifique.

Ce climat va-t-il raviver la guéguerre entre vos filières?
C’est un risque. Mais je m’attends plutôt à ce que cela les fédère. Cela dépendra beaucoup de la capacité du rectorat à trouver le système pour répartir cette enveloppe globale de façon équitable.

L’EPFL envisage de doubler les taxes d’entrée. Et vous?
Etudier à la HES-SO coûte 1000 francs par année. Je ne pense pas qu’un doublement de ce tarif soit d’actualité. On ne peut pas faire payer aux étudiants notre problème de financement. Par contre, il faudrait une politique généralisée pour des taxes équitables dans les Hautes Ecoles. Chacun sait que cela ne va jamais couvrir le coût d’une formation. On n’est pas dans cette logique en Suisse.

Votre institution subit-elle les conséquences des mesures prises par l’Europe après le vote du 9 février 2014?
Oui. Nous comptons environ 400 échanges Erasmus par année. Nous avons réussi à maintenir le nombre d’étudiants qui partent à l’étranger, mais celui des étudiants étrangers qui viennent chez nous a baissé de 10 à 15%. Pour une famille moyenne européenne, le coût d’un semestre en Suisse fait réfléchir…

Et sur la recherche, quel a été l’impact de cette votation?
Le taux de participation suisse aux projets scientifiques européens a baissé de 3,2 à 1,8% (ndlr: pour la période 2014-2020). On ne peut plus coordonner certains projets. A la HES-SO, nous étions bien profilés dans l’ingénierie et l’informatique de gestion. Nous avons signé seulement quatre projets européens. Aujourd’hui, les professeurs qui ont leur réseau établi s’en sortent encore, mais pour les nouveaux arrivants il est très difficile d’entrer dans ce processus. Si la Suisse devient un pays tiers dès 2017, cela nous marginalisera encore plus.

Votre palette de formations s’étoffe régulièrement. Quelles seront les prochaines nouveautés?
Un master en ethnomusicologie devrait voir le jour à la prochaine rentrée, en collaboration avec les Universités de Genève et de Neuchâtel. La Suisse a un parc muséal important. Nos étudiants en musique pourront avoir des débouchés en choisissant cette voie. Un autre projet vise à élaborer de nouveaux masters en santé, avec les facultés de médecine de Lausanne et de Genève. L’objectif est d’offrir une pratique clinique avancée en physiothérapie, ergothérapie ou dans la formation de sage-femme (ndlr: domaines aujourd’hui couverts par des bachelors).

A l’interne, faites-vous un effort particulier pour favoriser la place des femmes?
(Sourire.) J’ai travaillé quinze ans dans la physique, et cette question n’a jamais été posée… Mais depuis mon entrée en fonction, j’ai découvert cet enjeu du leadership féminin. Au début des études, il y a la même proportion d’hommes et de femmes; au moment du diplôme, il y a davantage de femmes, mais ensuite, pour arriver aux fonctions à responsabilités, ça se gâte. Au rectorat, quand on met au concours un poste de dirigeant, c’est systématiquement à 80 ou à 100%. Cela fait déjà tomber des barrières.

Vous encouragez aussi les filles à s’intéresser très jeunes à la technologie…
Oui, nous nous sommes inspirés de ce que propose l’EPFL: cinquante filles de 9 à 12 ans élaborent leur propre site Internet, sur onze samedis. C’est une manière de briser la glace et de leur montrer que ce n’est pas un truc pour mecs. Et cela marche très bien. On l’a fait à Sierre en 2015: je suis allée personnellement leur donner leur certificat en leur disant que c’était leur premier diplôme d’ingénieure. Elles ont pu voir qu’être une femme n’empêche pas de faire une belle carrière. Le cours suivant est déjà complet et nous allons faire pareil à Genève cette année. Sur le même principe, nous réfléchissons à organiser des camps de vacances. (24 heures)

Créé: 10.02.2016, 07h52

Des diplômés qui se révèlent très inventifs

Si la HES-SO n’a pas son propre incubateur d’entreprises, elle a indirectement donné naissance à plusieurs start-up grâce à l’inventivité de ses diplômés. Citons Apelab, un studio de production monté par quatre anciens étudiants de la HEAD Genève. Ils ont créé Sequenced , une série interactive qui se vit avec un casque de réalité virtuelle. Et n’ont pas hésité à aller en faire la démonstration au récent Festival du film de Sundance (Etats-Unis). En espérant lever les fonds nécessaires pour poursuivre l’aventure.

Autre exemple éloquent: deux ingénieurs issus de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du Canton de Vaud ont fondé Lambda Health System, en septembre dernier, à Yverdon-les-Bains. Cette société a conçu un robot destiné à entraîner la mobilité des jambes de patients atteints d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Depuis quelques semaines, le CHUV réalise les essais cliniques de cet appareil prometteur.

Pour favoriser l’émergence de tels projets, la HES-SO a lancé l’an dernier, à Renens, un nouveau master interdisciplinaire baptisé Innokick. L’idée: former des équipes de cinq à huit futurs diplômés (ingénierie, économie, design) pour travailler sur un produit innovant. Les missions leur ont été confiées par cinq entreprises, dont Logitech et les Transports publics lausannois. «Ils n’auront pratiquement pas de cours, précise Luciana Vaccaro. La réussite de leur master, ce sera le projet lui-même!»

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