En Suisse aussi, les stagiaires se font exploiter

EmploiBien connus à l’étranger, les stages non payés se généralisent en Suisse. De jeunes stagiaires racontent leur calvaire.

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Ils s'appellent Camille, Marion, Thomas, Valérie, ont entre 24 et 31 ans. Ils ont en commun des années d'études, des diplômes, plusieurs langues courantes, et des mois de stages non rémunérés.

Ceux qui pensaient que la Suisse faisait figure d'exception tombent de haut. Ici comme ailleurs, le stage non rémunéré de un, deux, voire cinq ans se généralise. Sans ce passage obligé, tous affirment qu'il est de plus en plus dur de décrocher un premier job. La RTS a donné la parole aux jeunes stagiaires suisses victimes des nouvelles règles du jeu du monde du travail.

Des secteurs particulièrement touchés

Après un master de relations internationales, Camille 24 ans, vit à la charge de ses parents. «Presque aucune organisation ne paie les stagiaires. Ils sont non rémunérés et en plus de ça, on n'a pas le droit de postuler dans les six mois qui suivent le stage... On n'a aucune chance d'être engagé après le stage! (...) ça nous donne l'impression qu'on a fait tous ces efforts pour rien», affirme-t-elle, dépitée.

Son champ d'étude est l'un des plus touchés, aux côtés de «la culture, la communication, le marketing, l'environnement». Plus généralement «les organisations internationales et les ONG, ainsi que les start-ups» ont très mauvaise réputation. Les chiffres manquent pour mesurer l'ampleur du problème, mais une chose est sûre: les dénonciations se multiplient.

Des compétences «exigées» ahurissantes

Si le canton peut rémunérer certains stages dans le cadre d'une formation, les stagiaires qui signent ces contrats après l'obtention de leurs diplômes (et qui sont donc paradoxalement plus qualifiés) ne percevront souvent rien. Par ailleurs, les ressources humaines placent la barre de plus en plus haut, même pour un stage: formations complètes, diplômes, langues étrangères, flexibilité, et même «humour» exigés...

Marion, 29 ans et quatre langues étrangères, a travaillé 6 mois gratuitement pour un grand musée du canton de Vaud après 7 ans d'études. Pourquoi avoir accepté? «Pour obtenir cette expérience qu'on me demandait partout. J'avais quelque chose de concret à mettre sur mon CV», répond-elle. De nombreux jeunes estiment ainsi qu'ils n'ont pas le choix.

Inspecteurs du travail et politiques alertés

La généralisation de ces pratiques inquiète certains partis politiques. Pour le Vert genevois François Lefort, interrogé par la RTS, «un emploi déguisé en stage non-payé, c'est du travail au noir officialisé!» Ce dernier a déposé une motion au Grand Conseil, «où un projet de loi socialiste en ce sens est aussi à l'étude». Les jeunes Verts vaudois ont, eux, déposé «une pétition 'Pour une rémunération décente des stages'», précisent nos confrères.

L'inspecteur du travail Roger Piccand explique qu'un salaire décent, entre 3500 et 4500 franc minimum devrait être offert une fois les études terminées, en théorie. Toutefois, les stages non rémunérés sont souvent légaux: «si vous exercez une activité dans un secteur où il n'y a pas de convention collective et que vous acceptez d'aller travailler pour 10 francs contractuellement, vous pouvez tout à fait le faire. (...) Éthiquement, ce n'est pas correct, mais légalement, ce n'est pas totalement problématique».

La RTS souligne que des bureaux d'inspection du travail ont mis en place des commissions d'observation dans tous les cantons. Face à la hausse des plaintes liées aux stages, l'Office cantonal de l’inspection du travail de Genève a décidé d'analyser la situation. Christina Stoll incite ainsi les jeunes à dénoncer les situations qui leur paraissent injustes afin de pouvoir les répertorier. «La problématique nous préoccupe. (...) Ce qui est important, c'est qu'on soit au courant». Si une sous-enchère abusive est constatée sur le canton, celle-ci affirme que des mesures seront prises.

Voir ici le reportage de la RTS

(nxp)

Créé: 27.02.2015, 09h13

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